Vendredi 24 septembre 2021
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Julien Cornette : « Être jeune artiste à Milan est plus accessible »

Par Johanna Cappellacci | Publié le 02/09/2021 à 21:48 | Mis à jour le 03/09/2021 à 11:06
Photo : Inculte rejeton devant sa dernière œuvre @Julien Cornette
Julien Cornette de dos devant son dessin

L’artiste français Julien Cornette, alias Inculte rejeton, a choisi Milan où il vient tout juste de s’expatrier pour présenter sa première exposition à l’occasion de REA ! Art Fair ce week-end.

 

L’occasion ne pouvait pas être plus parfaite. Quelques mois après avoir quitté Paris où il a vécu pendant près de 35 ans, Julien Cornette alias Inculte rejeton présente pour la première fois ses dessins dans le cadre de la manifestation d'art contemporain REA ! Art Fair (du 4 au 6 septembre à la Fabbrica del Vapore). Une aubaine pour cet ancien styliste et directeur de concept store qui a mis sa carrière dans la mode entre parenthèses depuis quatre ans pour se concentrer sur son art. Curieux, féru de sciences fiction, il met à profit sa passion pour appréhender de nouvelles théories métaphysiques. Rencontre avec un homme timide qui dessine pour parler.

 

Pourquoi ce nom d’artiste « Inculte rejeton » ? D’où vient-il ?

Julien Cornette : C’est l’anagramme de mon nom, Julien Cornette. Je l’ai découvert par hasard. Ça n’a pas de rapport avec le fait d’être rebelle parce que je ne le suis pas du tout. Je trouvais cela intéressant que mon nom d’artiste soit le contraire de ce que je suis. Finalement, c’est un anti-moi.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à Milan ?

Mon mari a récemment été embauché dans une société à Milan, alors je l’ai suivi. On m’a dit que Milan est une ville de culture, je pense que je vais m’y plaire. Pour l’instant je n’y trouve que des avantages : je suis free-lance dans la mode donc je peux travailler à ma convenance. J’ai récemment loué un atelier que je partage avec une jeune italienne alors que je n’en possédais pas à Paris.

 

Vous adoptez une technique un peu particulière pour dessiner, le stylo Bic bleu. Mais ce n’est que la dernière étape. Quelles sont les autres techniques que vous utilisez et pourquoi ?

Au début je dessinais au crayon. J’ai découvert la technique du stylo Bic grâce à un ami. Il y avait une profondeur dans ses dessins – beaucoup plus réaliste - qu’on ne peut pas créer avec un crayon. Depuis, le stylo Bic bleu est devenu ma signature. Mais son utilisation est assez chronophage, je mets entre 16 et 25 heures pour aboutir à un dessin. Je prends mon inspiration dans les livres de sciences et de philosophie. Au cours de mes lectures, il se peut que je tombe sur une phrase qui me donne une idée et en une fraction de seconde, le dessin se forme dans mon esprit. Mes créations sont un mélange de photos-collages retouchés et de dessins créés à l’aide d’un logiciel 3D. J’utilise le photo-collage comme base de ma création, ce qui donne un aspect réaliste. Le logiciel 3D me sert à créer des objets qui n’existent pas et de jouer sur les ombres. Enfin, j’imprime le montage sur un papier A4 puis je dessine le tout à la main, avec mon stylo Bic bleu sur une feuille Bristol.

 

des dessins au stylo bic bleu
« Horizon intérieur » et « Nos fantasmes à la dérive » @Julien Cornette

 

Que souhaitez-vous transmettre à travers vos dessins ?

Dans la mesure où je dessine des objets qui n’existent pas, mon objectif est d’être le plus réaliste possible. A défaut, je perdrais en crédibilité. J’ai besoin que les spectateurs s’immergent dans mes dessins. Je ressens un réel besoin de rendre poétiques la science et la philosophie grâce à l’image car elles sont, a priori, un peu difficiles d’approche. J’aime vulgariser leurs concepts parce que c’est un travail que je fais d’abord pour moi en lisant des d’ouvrages. Par exemple, pour l’une de mes œuvres, je me suis inspirée du livre « L’esprit, cet inconnu » du physicien Jean-Emile Charon. Pourtant son ouvrage est un essai philosophique qui traite de réalités comme le temps et la conscience, qui sont également des concepts scientifiques. La conscience n’est pas représentable telle quelle mais grâce aux métaphores utilisées par Jean-Emile Charon, elle devient plus concrète, et donc dessinable. Je me plais à dire que j’illustre l’invisible du domaine scientifique comme les particules, les protons ou les neutrons et tout ce qui n’est pas représentable dans le champ philosophique comme les concepts. Il faut un peu deviner et beaucoup réfléchir lorsqu’on regarde mes dessins [rire].

 

REA ! Art Fair est votre première exposition. Pourquoi avoir choisi celle-ci pour débuter ?

Je n’ai jamais exposé en France car ne me considérais pas encore prêt. Je n’avais pas assez de matériel, pas suffisamment d’œuvres qui reflètent une identité assez forte pour pouvoir les exposer. Or au moment de ma décision de déménager à Milan, j’ai pris connaissance, par hasard, de l’annonce de REA ! C’était un signe selon moi ! Être artiste dans une ville comme Milan me semble plus accessible. À Paris, l’art est davantage réservé à une élite, il est plus difficile de se faire une place.

 

dessins stylo bic de l'artiste inculte rejeton
« Le faux authentique » et « Le phare de la connaissance » @Julien Cornette

 

Si vous exposez ce week-end, cela signifie que vous avez trouvé votre identité. Comment la définissez-vous ?

Je me décris souvent comme un métaphysicien. J’aime relier la philosophie et la science dure dans mes œuvres. Ce n’est pas évident à voir ni à déceler à travers mes titres qui peuvent porter le nom de « Phare de la connaissance » ou bien « Le faux authentique ». À leur lecture, on ne peut pas imaginer qu’un concept scientifique se cache derrière... Pourtant, c’est bien le point de départ de mon processus de création, jusqu’à trouver un écho dans des concepts philosophiques ou inversement. Si on prend l’exemple de la conscience, elle est une théorie philosophique avancée dans l’Antiquité. Aujourd’hui, grâce à la recherche, on sait que la conscience est un fait scientifique lié à la neurobiologie. C’est en pensant à la conscience que je vais avoir l’idée d’un objet et donc d’une œuvre. Je n’aime pas être trop évident !

 

Qu’allez-vous présenter à l’occasion de la foire ReA ! à la Fabbrica del Vapore ?

J’ai créé vingt-cinq œuvres au total, mais deux ont été choisies pour cette occasion. L’une s’appelle « Nos fantasmes à la dérive ». Elle représente une sorte de bateau surmonté d’un palmier qui inspire la béatitude d’une quête achevée. Quand on la regarde, j’ai envie qu’on s’interroge sur soi-même : Où va-t-on après avoir atteint son objectif ? Cet accomplissement est-il réel, un fantasme ou le tour d’un mirage ?
La deuxième œuvre s’intitule « Horizon intérieur ». Pour la créer, je me suis inspiré de théories stoïciennes qui avancent que le monde est traversé par un seul souffle, le pneuma. Cette notion de pneuma m’a donné l’idée du poisson car ses poumons respirent des atomes d’oxygène tandis que le vent souffle dans ses bronches. Ce sont tous deux des dessins en format raisin, en 50 sur 65 cm réalisés au stylo Bic bleu. Le choix de ces deux œuvres a été fait par la curatrice Laura. Je lui fais entièrement confiance. C’est ma première exposition, il était difficile pour moi de choisir. C’est comme si on me demandait de choisir lequel de mes enfants je préfère.

 

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