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Election présidentielle en Italie, pourquoi l’issue du scrutin est-elle imprévisible

Par Marie-Astrid Roy | Publié le 18/01/2022 à 20:36 | Mis à jour le 19/01/2022 à 12:08
Photo : Le Président Sergio Mattarella à l’occasion de son discours de fin d’année @Palazzo del Quirinale
Le Président italien Sergio Mattarella

La bataille pour l’élection présidentielle est lancée pour trouver un successeur au président de la République, Sergio Mattarella. Le début du scrutin si particulier, prévu le 24 janvier, a une issue plus qu’incertaine. Et malgré la démocratie parlementaire, l’enjeu est loin d’être anodin.

 

Le mandat du président de la République italien, Sergio Mattarella, arrive à son terme le 3 février 2022. Le collège de grands électeurs, - composé de 630 députés, 321 sénateurs et 58 délégués des régions - soit environ un millier de personnes, est appelé à lui désigner un successeur. La première convocation du Parlement est fixée le 24 janvier pour le premier tour du scrutin de cette élection complexe, parfois longue et à l’issue imprévisible. Aux trois premiers tours du scrutin, une majorité des deux tiers est requise. En pratique, elle est presque impossible à atteindre, sauf en cas d’accord préalable des partis. A partir du quatrième tour, la majorité absolue suffit. Mais elle peut être longue à atteindre. En 1971, le président Giovanni Leone a été élu au 23ème tour du scrutin.

Comme l’élection du Pape nommé par le conclave, la désignation du président de la République a lieu à bulletins secrets, ce qui a pu réserver des surprises. Les votants pouvant s’affranchir de la discipline partisane, les personnalités élues ne sont pas toujours celles pressenties au départ. Par exemple, en 1992, le président Oscar Luigi Scalfaro a été élu au bout de 16 tours alors qu’il avait reçu moins de 25 voix aux 15 premiers tours.
Cette année, mise à l’épreuve de la crise sanitaire, l’élection sera organisée sur la base d’un scrutin par jour.

Une démocratie parlementaire présidentialisée

On pourrait croire l’enjeu anodin dans une démocratie parlementaire qu’est l’Italie, où l’exécutif est entre les mains du président du Conseil et de son gouvernement, et le premier personnage de l’Etat est avant tout investi d’un rôle de représentation, de garant des institutions.

Mais depuis quelques années, au rythme des crises politiques et dans le contexte d’un gouvernement instable d’unité nationale, le rôle du chef de l’Etat s’est clairement renforcé, selon les observateurs. Le président Sergio Mattarella a notamment dû faire face à trois crises de gouvernement pendant son mandat : la naissance du premier gouvernement Conte avec cette majorité populiste entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles ; le changement d’alliance entre les Cinq étoiles et le parti Démocrate ; la naissance du gouvernement d’unité nationale mené par Mario Draghi, que Sergio Mattarella a directement sollicité. Et dans le cadre des consultations qu’il a menées avec les partis politiques, le président de la République a joué, à chaque fois, un rôle majeur dans le choix de ces majorités et dans la composition du gouvernement.
Le chef de l’Etat dispose en outre d’un droit non négligeable de dissolution de la chambre des députés et du Sénat, qui peut parfois suffire à être brandi comme une menace pour débloquer une situation.

Du Palais Chigi au Quirinal, l’enjeu majeur du sauveur Mario Draghi

L’enjeu de ce scrutin est encore moins anodin qu’il en dépend la stabilité du pays. A moins d’une semaine du premier tour, les tractations politiques s’intensifient, à mots couverts. Parmi la vingtaine de noms évoqués par la presse transalpine, deux se distinguent particulièrement. Il s’agit d’abord de l’actuel premier ministre Mario Draghi, dont le départ au Quirinal (palais de la présidence de la République) pourrait ébranler la stabilité du gouvernement. Il devrait en effet mettre fin à son mandat, ce qui poserait le problème épineux de lui trouver un successeur capable de maintenir la cohésion jusqu’à la fin de la législature au printemps 2023. Nombreux aussi sont ceux qui préféreraient le voir conserver son poste au Palazzo Chigi afin de mener à bien le programme de réformes ambitieuses établi dans le cadre du plan de relance financé par l'Union européenne, dont l’Italie est le premier pays bénéficiaire avec 191,5 milliards d'euros, dont 69 milliards d'euros de subventions. Depuis son arrivée à la tête du gouvernement en février 2021, Mario Draghi est considéré comme un gage de garantie pour Bruxelles autant qu’il rassure les marchés financiers. Désigné comme « l’homme de l’année » par The Economist, Mario Draghi a été encensé pour sa politique ayant permis à l’Italie de connaître une forte reprise économique en 2021, plus rapide que celle de la France ou de l’Allemagne.

Or Silvio Berlusconi a d’ores et déjà annoncé, comme une menace, que son parti Forza Italia ne soutiendrait plus le gouvernement en cas de déménagement de Mario Draghi du Palais Chigi au Quirinal.

Âgé de 85 ans, le Cavaliere cherche un nième retour sur la scène politique, cette fois à la tête de l’Etat.

Silvio Berlusconi peut-il vraiment devenir président de la République ?

Les partis de droite - la Ligue de Matteo Salvini, Frères d'Italie (mené par Giorgia Melloni) et Forza Italia – ont officiellement déclaré dans un communiqué ce week-end leur soutien au candidat Silvio Berlusconi. Mais depuis, le chef de la Ligue est déjà en train de poser ses distances. En théorie, les deux seules conditions d’éligibilité au Quirinal sont d’avoir la citoyenneté italienne et 50 ans minimum. Le chef de l’Etat, garant de l’unité nationale, doit aussi être reconnu pour ses qualités d’impartialité. Or Silvio Berlusconi est aujourd’hui chef de parti (Forza Italia) et « l’homme politique le plus clivant », souligne Enrico Letta, président du Parti Démocrate (centre gauche). Il a par ailleurs eu de nombreux démêlés avec la justice, dont l’affaire en cours pour ses soirées « Bunga Bunga », alors que le président de la République préside également le conseil de la Magistrature.
Les membres du parti démocrate de centre gauche et du Mouvement 5 étoiles s’opposent clairement à son élection. Pour illustrer la situation en quelques chiffres : sur les 1.009 grands électeurs, on compte 438 députés et sénateurs de centre gauche (s’opposant à l’élection de Silvio Berlusconi) et 419 parlementaires de centre droit pouvant théoriquement voter pour le Cavaliere.

« Le moment est arrivé d’élire une femme »

La presse transalpine se fait l’écho d’autres noms cités, à l’instar de Pier Ferdinando Casini, ancien président démocrate-chrétien de la Chambre des députés, les anciens chefs de gouvernement Paolo Gentiloni, actuel commissaire européen à l’Économie, et Giuliano Amato (82 ans) qui a notamment participé à la rédaction de la Constitution européenne. L’Italie est-elle prête à élire une présidente de la République, alors que 40% des Parlementaires sont des femmes ?  Dans une tribune publiée ce week-end, des personnalités du monde de la culture appellent à ce scénario inédit : « Le moment est venu d’élire une femme », clament-elles. Dans ce scénario inédit, le 13ème président de la République italienne pourrait être Paola Severino (73 ans), juriste renommée et ancienne ministre de la Justice (2011-2013), ou Maria Cartabia (58 ans), actuelle ministre de la Justice et première femme à avoir été présidente de la Cour Constitutionnelle.

L’option Mattarella bis, une réélection à son insu

Le président sortant Sergio Mattarella, a affirmé son refus de poursuive sa fonction avec un second mandat de 7 ans. S’il était réélu, ce serait uniquement à son insu donc. Cela avait été le cas de son prédécesseur Giorgio Napolitano, qui s’était résigné à accepter sa réélection sans cacher qu’il mettrait fin à son mandat de manière anticipée. Il avait démissionné de ses fonctions deux après, en 2015, à l’âge de 90 ans.

 

 

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Marie-Astrid Roy

Rédactrice en chef et Directrice des éditions Lepetitjournal.com Milan et Rome
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