

Des dessins, des sculptures, des photos, des installations. Au total 50 ?uvres contemporaines de 46 grands artistes internationaux, enquêtent sur notre futur au travers d'une exposition inspirée de l'essai de Jacques Attali Une brève histoire de l'avenir. Une exposition proposée jusqu'au 29 mai au Palazzo Reale de Milan, dans le cadre de la nouvelle saison culturelle de la capitale lombarde Ritorni al futuro, inaugurée ce 21 mars par la plus grande rétrospective jamais réalisée du futuriste Umberto Boccioni.
Pas moins de 50 ?uvres contemporaines de 46 grands artistes internationaux enquêtent sur notre futur à horizon 2050. Une exposition inspirée de l'essai "Une brève histoire de l'avenir" de l'économiste, journaliste et conseiller d'État Jacques Attali, publié en 2006, et réédité en Italie en 2016 chez Fazi Editore, actualisé de nouveaux scenarii.
Jacques Attali devant l'installation de Wolfgang Staehle, 2001 (credit photo : Sophie Her)
Pourtant, en ce 22 mars 2016, jour de l'inauguration à Milan de l'exposition 2050. Breve storia del futuro personne n'aurait prédit qu'après les attentats de Paris en novembre 2015, ce serait autour de Bruxelles d'être touchée. Paris, Bruxelles. Le même itinéraire de l'exposition conçue par Pierre-Yves Desaive des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, malheureusement absent ce jour là à cause des événements, et qui aurait commenté les faits par un « Tout doit continuer ». Tout doit en effet continuer pour les générations futures car « 2050, c'est demain. C'est dans 34 ans. Autant d'années qui nous séparent de 1981 » observe l'ancien conseiller spécial de François Mitterrand, élu président justement en?1981.
Dans son essai, Jacques Attali balaie l'histoire de l'humanité en mettant en perspective les trois ordres qui ont gouverné le monde, de l'antiquité à l'apparition des technologies : l'ordre rituel ou religieux, l'ordre impérial ou militaire et l'ordre mercantile ou marchand. Depuis le XIIIème siècle, progrès faisant, l'ordre marchand a peu à peu substitué les deux autres ordres jusqu'à arriver aux années 70/80, marquées par l'invention du microprocesseur. Dès lors, l'histoire est entrée dans le capitalisme libéral. Et depuis, elle change et dans les 50 prochaines années elle suivra selon l'auteur cinq vagues, les cinq vagues du futur : le déclin de l'empire américain, le monde polycentriste, l'hyper empire, l'hyper conflit, l'hyper démocratie. « Cinq phases qui arrivent malheureusement de façon accélérée » a commenté l'essayiste lors de la conférence de presse de l'exposition, faisant probablement référence aux attentats du matin même.

Une analyse qui ne se veut pas pessimiste, mais réaliste et courageuse. Pour Attali, fondateur du mouvement de l'Économie Positive et à l'origine de nombreuses associations qui ?uvrent dans ce sens, - dont Positive Planet : « Il est de notre responsabilité d'ouvrir la voie pour les enfants qui naissent aujourd'hui. » car pour que commence à se préfigurer un monde meilleur pour nos arrières petits-enfants, il faudra attendre la vague de l'hyper démocratie.
Le futur. Après Riflessi al futuro retenu comme thème par l'Italie pour la Biennale de Venise, la ville de Milan a choisi Ritorni al futuro, comme fil rouge de sa saison culturelle du printemps 2016. Le but ? Placer l'idée de futur au centre du débat public et de la réflexion politique. Un véritable effort de configurer le futur de la part de la giunta qui, en inaugurant le jour du printemps l'exposition Boccioni à l'occasion du 100ème anniversaire du décès de l'artiste futuriste, et dès le lendemain celle autour de l'essai de Attali, souhaite confronter le débat avec ceux qui ont occupé la scène dans le passé. « L'art nous aide à interpréter le présent pour mieux dessiner le futur. » a déclaré Filippo Del Corno, l'adjoint à la culture, tout en gratifiant le travail de Jacques Attali.
« Cette expo est une photo de 2050, prise en 2016 »
Les conflits internationaux, les mutations génétiques, les inégalités sociales et économiques, l'exploitation des ressources naturelles. Voilà ce qui dessine le panorama complexe des prochaines décennies. Des thématiques complexes que 46 artistes internationaux interprètent dans 2050. breve storia del futuro. Au travers de leurs ?uvres, ils invitent ainsi à repenser le temps qui adviendra, avec des visions constructives, mais aussi parfois ironiques.
« Cette expo est une photo de 2050 prise en 2016 » synthétise en quelques mots Attali qui justifie l'exposition ainsi : « Il y a plus fou que l'essayiste, c'est le romancier. Et plus fou que le romancier, il y a l'artiste. ». Ce qu'ont voulu montré les commissaires de l'exposition, Pierre-Yves Desaive et Jennifer Beauloye, c'est que les artistes ont franchi les murs du temps pour mener une réflexion sur le futur comme s'il se déroulait sous nos yeux. « Ce n'est pas une exposition optimiste ni pessimiste parce que l'optimisme ou le pessimisme sont des attitudes de spectateur. Mais si vous êtes sur le terrain, vous devez gagner. Cette expo participe du désir d'être acteur et non spectateur de quelque chose qui nous est étranger ou que l'on a refusé.» poursuit-il.
Le parcours de l'exposition est divisé en huit sections qui interprètent librement les principales thématiques développées dans l'essai de Attali. Tout commence dans les années 80 là où a été inventé le microprocesseur, Los Angeles (évoqué par les ?uvres de Chris Burden, Edward Burtynsky, Edward Ruscha, Tracey Snelling) et qui a artistiquement inspiré les expérimentations de Charles Csuri et de Masao Kohmura.

C-print on dibond, 137 x 222 x 6,5 cm. Courtesy Jablonka Maruani Mercier Gallery
© David LaChapelle Studio, courtesy Jablonka Maruani Mercier Gallery
A la naissance de la modernité de la Silicon Valley, à la consommation et au capitalisme suit le déclin de l'empire américain représenté dans l'exposition par les attentats du 11 septembre 2001 dans les images de Wolfgang Staehle où l'on peut voir une fiction de reprises vidéos des Twins Towers trois jours avant le drame. Jaques Attali décrit dans cette phase de l'histoire, l'avènement de l'hyper empire dans lequel les injustices économiques deviennent la norme. Une thématique exprimée par les ?uvres de AES+F, Andres Serrano, Aaron Koblin et Gavin Turk. L'hyper empire dans lequel même le temps devient une marchandise comme dénoncé au travers des ?uvres de Gustavo Romano, Roman Opalka et On Kawara, où le corps humain se transforme au point de devenir une machine (Stelarc, Hans Op de Beeck), et où il faut se battre avec de multiples calamités : la surconsommation (John Isaacs), la surpopulation (Michael Wolf, Yang Yongliang) et la surexploitation des ressources naturelles ainsi que la pollution (Olga Kisseleva, Robert Mundt). Quand les tensions naissent de pareils déséquilibres, elles deviennent insupportables jusqu'à atteindre l'hyper conflit, qui, toujours selon Attali est encouragé par un accès toujours plus grand aux armes de destruction massive (Gregory Green) et soutenu par des idéologies religieuses erronées.

Video of the Little Sun project by Olafur Eliasson and Frederik Ottesen © Little Sun
Mais à côté de ces visions catastrophiques, l'exposition propose également des ?uvres qui font écho à la dernière vague des 50 prochaines années, l'hyper démographie définie par Jacques Attali comme la 5ème vague du futur qui pourrait bien s'achever vers un monde meilleur comme l'évoquent les travaux de Bodys Isek Kingelez, Mark Titchner, Gonçalo Mabunda, Jean Katembayi Mukendi ou bien encore le projet Little Sun.
«Dans cette exposition se rencontrent beaucoup de directions qui contribuent à définir l'identité culturelle d'une communauté, d'une période historique, d'un espace social homogène. La pensée critique, l'écriture, la réflexion sur le présent, les nombreuses expressions visuelles, les préoccupations pour le futur, l'analyse sociale, la proposition politique au sens propre, la créativité comme instrument de dépassement ou simplement de confrontation » partage Del Corno.
Mais l'intérêt d'une exposition sur l'avenir n'est-elle pas d'interroger des parties de nous mêmes ? Espérons que l'effet escompté soit atteint !
Jacques Attali : économiste, journaliste, conseiller d'État, Jacques Attali a été le premier président de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement, en plus d'être directeur et cofondateur d'ONG en faveur de pays du tiers monde. Intellectuel de renommée internationale, il est l'auteur de nombreux livres et essais (sur une variété de sujets qui vont des mathématiques à l'économie en passant par la musique), de biographies mais aussi de livres pour enfants.
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Sophie Her (www.lepetitjournal.com de Milan) ? Jeudi 31 mars 2016
Palazzo Reale
Piazza del Duomo, 12
du 23 mars au 29 mai 2016
Tarifs : entier 13 euros / Réduit 11 euros
Horaires : lundi de 14h30 à 19h30 ; mardi, mercredi, vendredi, dimanche de 9h30 à 19h30 ; jeudi et samedi de 9h30 à 22h30 ; jours de fêtes de 9h30 à 19h30.?















































