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L’affaire Philby, un scandale d’Etat de plus de 40 ans

Par Colin Porhel | Publié le 11/02/2021 à 15:24 | Mis à jour le 11/02/2021 à 15:35
Photo : Killian Cartignies - Unsplash
Scandale famille royale affaire philby

La vie de Sa Majesté émerveille, fascine et intrigue les citoyens du monde entier. Entre prestige, pouvoir, mais aussi drames politiques et sentimentaux, la rédaction vous entraîne dans l’univers tumultueux de la Couronne britannique. Les scandales de la famille royale, chapitre trois.

 

« Je ne peux pas imaginer ce que ce serait d’être James Bond pendant 24h. Cela doit être épuisant ». Si Javier Bardem, interprète de l’agent 007 dans le film Skyfall, estime ne pas pouvoir passer plus d’une journée dans le corps du célèbre espion, un homme l’a pourtant fait pendant plus de vingt ans. Et de quelle manière ! Considéré comme le meilleur agent double du XXè siècle, Kim Philby forme, avec quatre de ses amis, les « Cinq de Cambridge », un collectif à la fois proche de Sa Majesté et membre des services de renseignements britanniques et soviétiques.

 

Des communistes convaincus

Après la révolution d’octobre en URSS, le Parti communiste émerge un peu partout en Europe. Le Royaume-Uni n’échappe pas à la règle et, en 1920, le Parti communiste de Grande-Bretagne est créé. Si la formation n’accède pas au pouvoir à l’issue des élections de 1924, elle parvient à attirer de nombreux jeunes Britanniques déçus par le capitalisme. Parmi eux figure notamment Kim Philby, étudiant en histoire et fils du diplomate John Philby, reconnu dans tout le royaume.

Cinq ans plus tard, toujours à l’université de Cambridge, il fait la rencontre d’une autre personnalité acquise à la cause communiste, en la personne d’Anthony Blunt. Les deux hommes ne vont plus jamais se quitter. Vite repéré par les services secrets soviétiques, Kim Philby doit alors se charger de dénicher d’autres espions. La seconde recrue est Donald Mac Lean, vite suivi par Guy Burgess. Anthony Blunt, enrôlé quelques semaines plus tôt, attire ensuite John Cairncross, un modeste Ecossais. Le collectif des « Cinq de Cambridge » est né.

 

Un double rôle joué à la perfection

Etudiants brillants, les cinq membres du « Magnificent Five » occupent des postes de haut rang au sein de l’administration britannique. Donald Mac Lean devient diplomate, tout comme John Cairncross, qui rejoint ensuite le Trésor. Guy Burgess intègre les services secrets britanniques, tandis qu’Anthony Blunt se fait engager au sein du MI5, le service de renseignements intérieurs du Royaume-Uni. Pour éloigner tout soupçon, Kim Philby se rapproche quant à lui d’un journal conservateur. Une décision qui s’avère payante, puisque quelques mois plus tard, les services des renseignements extérieurs de Grande-Bretagne proposent de le recruter.

Un jeu de chat et de la souris s’installe alors entre les « Cinq de Cambridge » et les autorités britanniques. Pendant près de vingt ans, et sans attirer les regards, les agents secrets livrent des informations confidentielles à Joseph Staline et son équipe.

Proche des cercles de pouvoirs britanniques et apprécié de la reine Elizabeth, Anthony Blunt se fait même anoblir par Sa Majesté en 1945. Mais le fait le plus épique demeure celui de Kim Philby à la fin de la guerre. Sentant que le vent commence à tourner en sa défaveur, il réussit un coup de maître en proposant lui-même à ses supérieurs de créer une section spéciale du contre-espionnage pour lutter contre les activités communistes. Une requête acceptée, qui lui permet ainsi de protéger son identité.

 

1951, vient le temps des soupçons

Au lendemain de la guerre, les Etats-Unis et l’URSS s’affichent comme les deux grands vainqueurs du conflit. Le Royaume-Uni s’allie à l’Oncle Sam, bien décidé à ne pas laisser le communisme se propager en Europe. Le « Groupe de Cambridge » prend alors des chemins différents. Anthony Blunt n’accepte plus sa double vie, et quitte le MI5, tandis que les quatre autres restent en contact avec les Soviétiques jusqu’en 1951.

Une année décisive pour le groupe d’espions, qui doit faire face à une méfiance grandissante de la part des autorités britanniques. Rapidement identifiés, Donald Mac Lean et Guy Burgess s'enfuient vers Moscou avec l’aide de Kim Philby. Ce dernier est également soupçonné par les services secrets, qui l'interrogent pendant plusieurs jours. Sans succès, puisque les preuves récoltées ne sont pas suffisantes pour l’accuser de trahison. Comble de l’histoire, le plus célèbre des agents secrets réussit à se faire passer pour une victime. Mais sa parole progressivement remise en question, il avoue finalement avoir travaillé pour le compte de l’URSS entre 1936 et 1946. Les chefs du MI5 ne s’imaginent alors pas qu’il continue de communiquer avec les Soviétiques. John Cairncross et Anthony Blunt sont également démasqués quelques années plus tard.

Le dossier reste toutefois caché aux Britanniques pendant plus de vingt ans. La faute à Anthony Blunt, qui menace de divulguer des informations confidentielles si le scandale est révélé au grand jour. Prise de panique, les autorités ne le dénoncent pas et l’ancien professeur d’histoire de l’art continue à s’occuper de la collection privée de la Reine.

Il faudra finalement attendre 1979 et un livre de Gorowny Rees, journaliste atteint d’un cancer incurable et qui connaissait tout des activités des « Cinq de Cambridge », pour que l’affaire éclate au grand jour. Désormais considérés comme des traîtres par le pays tout entier, les anciens espions se réfugient en Russie jusqu’à leur décès. La Reine ne s’est, à ce jour, jamais exprimée sur ces agissements.

 

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