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Double culture : au cœur du joyeux bazar d’Alexia Sena

Par Némo Empis | Publié le 10/09/2020 à 18:00 | Mis à jour le 11/09/2020 à 16:06
Photo : Crédits : Annie Gozard
Double culture joyeux bazar

La deuxième saison du podcast « Le joyeux bazar » sapprête à démarrer. À lorigine du projet, Alexia Sena, journaliste franco-camerounaise, y aborde le sujet de la double-culture.

 

Son parcours est semblable à celui de millions dautres citoyens du monde. Comme eux, Alexia Sena est le fruit de la multi-culturalité. Semblable donc, mais pourtant si singulier. Elle naît à Paris dune union 100% camerounaise et hérite un peu plus tard de la nationalité française. De sa cinquième à sa quinzième année, elle grandit dans le pays de ses parents, puis revient dans lHexagone pour continuer ses études.

 

Javais envie de savoir comment les autres géraient leur ''bazar'' 

 

Dans la finance pendant une dizaine d'années, elle retourne vivre une année en terre camerounaise, en 2017. Une ''ré-expatriation'' remplie d’émotions. « Beaucoup de choses se sont bousculées dans ma tête, javais envie de creuser ces choses, de les partager » confie Alexia. Entre temps, elle se reconvertit en rédactrice. Au Cameroun - et alors quelle est bien plus proche de la plume que du micro -, elle se prête au jeu de la chronique radio. « Cest ce qui a ouvert la voie à cette idée de projet sonore, sinon jaurais plutôt écrit sur un blog ! » lance-t-elle. Au pays des lions indomptables, Alexia Sena se questionne. Beaucoup. Sur sa double-identité, sur le chemin quelle a emprunté, sur celui des autres. « Personnellement mon parcours a été très riche, mais aussi très compliqué par moments. Javais envie et besoin de savoir comment les autres géraient leur ''bazar'' sourit-elle. Ainsi a vu le jour Le joyeux bazar dAlexia, podcast consacré à la double-culture.

 

 Je me demandais ce que jallais pouvoir transmettre 

 

Mais les questionnements d’Alexia ne s’arrêtent pas là. Quatre ans avant son installation au Cameroun, elle donne la vie à une petite fille. Sest alors posée la question de la transmission. « Jai été ''très française'', ''un peu camerounaise"  lance la mère de famille, un peu camerounaise parce que cela sexprimait de façon théorique, plus sous forme de souvenirs et aussi de par la couleur de ma peau bien sur, mais cela restait quelque chose de très abstrait, mes amis disaient dailleurs que j’étais camerounaise de façade, cela nous faisait beaucoup rire. » Des rires qui se sont peu à peu effacés au moment de devenir maman, « je me demandais ce que jallais pouvoir transmettre, au-delà de la mélanine » ironise-t-elle. En emmenant sa fille dans le pays de ses grands-parents, Alexia a – inconsciemment dit-elle – lidée de limmerger dans ce quotidien camerounais de manière à lui donner quelques clés de compréhension du monde – ou de ce bazar - qui lentoure.

            

Double culture joyeux bazar
Crédits : Annie Gozard

Le fameux ''bazar''

Elle sest imposée le terme dès le départ. Mais ny voyez surtout rien de péjoratif, « cela correspondait assez bien à ce que je vivais, à ce que je ressentais, assure-t-elle, jai en moi cette espèce de schizophrénie qui fait que je ne sais jamais vraiment quelle partie de moi va répondre, en fonction de la question posée, du contexte dans lequel je me trouve. » Le mot ''bazar'' en tête, il ne restait à Alexia qu’à broder autour pour trouver un titre à son projet. Elle en parle alors dans son entourage et notamment à une amie qui finit par joliment lui dire qu’ « en fait, cest un joyeux bazar ! » Il nen faudra pas plus à la Franco-Camerounaise pour se décider.

 

Vers une évolution cosmopolite

Plus quaccomplie, la première saison se targue de pas moins de 12 épisodes, sans compter les deux hors-série de l’été. Parmi les témoignages, on découvre les parcours atypiques de Fanny, de Calvin ou de Stéphanie. Tous les invités dAlexia partagent une particularité : leur lien avec la France. Pour ce deuxième volet, elle a envie dailleurs. « Explorer dautres univers, changer de décors, cest vraiment ce dont jai envie pour cette nouvelle année, pour cela, jaimerais faire intervenir dautres profils que des ''franco-quelque chose'' » Une évolution géographique donc, mais également technique. « Je pense rester sur de la conversation assez classique pour ce qui est du format, en revanche je compte enrichir mon travail avec dautres matériaux sonores. »

 

 Je vois dans la double-culture une façon un peu plus large dappréhender le monde 

 

Au fur-et-à-mesure quelle voit défiler ses invités, Alexia Sena parvient à mettre des mots sur ce que peuvent apporter les racines culturelles. « Jai rencontré des gens traversés par pleins de courants différents et qui étaient eux-mêmes un concentré de complexité. Forcément, je pense que ces gens bénéficient dun peu plus de facilités face à la difficulté à comprendre le monde » explique-t-elle. Lhôte du podcast insiste sur le mot ''facilité'' et refuse toute idée de vérité générale à propos de la double-culture. « Une facilité certes, mais cest avant tout une question de volonté : certaines personnes choisissent une seule identité et senferment dedans, bien souvent parce que cest plus facile à gérer ou que cela permet de soulager une souffrance » nuance-t-elle.

 

Toutefois et sans en faire une généralité, une grande tendance est ressortie de cette première saison : la capacité à comprendre plusieurs mondes et à créer des ponts entre ceux-ci. « Certains me disaient quils arrivaient à faire dialoguer ces ponts, à traduire pour lun ce que dit lautre senthousiasme Alexia, cest pour ça que je vois dans la double-culture une façon un peu plus large dappréhender le monde ! »

 

Se différencier des autres médias

Dans lHexagone, le sujet de la multi-culturalité est souvent abordé de manière binaire. Soit on en évoque les avantages, soit les inconvénients. Rarement les deux en même temps. Une optique à éviter à tout prix pour Alexia. « Je voulais prendre le contre-pied dautres médias ou podcasts qui souvent, évoquent la question mais en prenant le seul angle de la victimisation ou de la discrimination. Attention, il faut absolument en parler, cest primordial ! Mais c’était important pour moi de parler des deux » affirme-t-elle. Une manière également de souligner limportance du terme ''joyeux'', indispensable à la bonne lecture de l’œuvre.

 

La large cible du Joyeux Bazar

La journaliste en est consciente, la majorité des personnes qui écoute son travail est issue de la double-culture. Alexia identifie une autre catégorie dauditeurs qui sont ''comme elle'' : cest-à-dire qui ont deux parents qui viennent du même endroit mais qui sont fortement imprégnés dune différente culture. Pour autant, elle invite toutes les catégories de gens à écouter ses podcasts. « Je pars du principe quaujourdhui, quon soit biculturels ou pas, on est tous entourés de parcours métissés et cela, de plus en plus. » Cest dailleurs à des personnes issues dune seule culture quAlexia conseillerait l’écoute. « Même sils peuvent ne pas sembler faire partie de la cible, au contraire, je pense quon a tous à gagner à se sensibiliser en souvrant à ce sujet et à essayer de comprendre le vécu des autres. »

 

Si comme Alexia vous souhaitez dépasser les frontières et explorer dautres horizons, rendez-vous sur joyeuxbazarpodcast.com.

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Némo Empis

Némo Empis

Diplômé d'un master de journalisme, il a rejoint la rédaction parisienne de lepetitjournal.com. Némo est passé par Casablanca pour un stage de deux mois chez RadioMars.
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