Mercredi 30 septembre 2020
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Baromètre de l’expatriation : se préparer pour réussir

Par Sandra Camey | Publié le 20/07/2020 à 18:05 | Mis à jour le 21/07/2020 à 11:37
baromètre expatriation

Le dernier baromètre de l’expatriation Expat Lab réalisé par Expat Communication mesure tous les deux ans l’impact de la mobilité internationale sur la carrière et la vie des expatriés. Si 69% des expatriés de retour dans leur pays d’origine veulent repartir, nous pouvons nous demander quelles sont les caractéristiques d’une bonne expatriation et quelles sont les attentes des expatriés à leur départ et à leur retour.


Les motivations de départ et de retour d’expatriation sont propres à chacun mais certaines lignes directives se dessinent dans le baromètre d’Expat Lab, réalisé par Expat Communication, qui cherche à « mieux comprendre les tendances et les enjeux de l’expatriation réussie ». Cette étude de 320 questions a pu être réalisée grâce aux 7600 réponses récoltées et 24000 verbatims d’expatriés de 124 différentes nationalités, avec une majorité de femmes et de Français vivant ou ayant vécu dans 154 pays d’expatriation.
 

Pourquoi est-ce qu’on s’expatrie ?

Pour 6 expatriés sur 10, l’aventure humaine et culturelle est la principale raison de leur départ dans un pays étranger. Même si la progression de carrière pour soi et/ou pour le conjoint reste en seconde position avec 54% contre 59%. Mais ces raisons là ne sont pas les seules, selon l’étude, « l’expatriation provient de diverses raisons aussi variées qu’il y a d’expatriations », comme la soif d’apprendre, un enrichissement pour soi et ses enfants voire un meilleur confort de vie. Notons tout de même que malgré cela, 27% des personnes ayant répondu à l’enquête ont déjà refusé une offre de mobilité. Dans la majorité des cas, cela n’était pas dû à un non désir d’expatriation mais parce que la destination ne convenait pas (47%), pour des raisons d'ordres personnel et familial (31%) ou encore car les conditions ne convenaient pas (26%). Cela démontre que « rares sont ceux qui partent sur un coup de tête » précise l’étude et que les conséquences et l’impact de cette expatriation sont mesurés.

Durant l’expatriation, les priorités restent les mêmes que dans le pays d’origine, à savoir le travail et la recherche d’une bonne carrière (68%) et la vie de couple et de famille (64%). Mais l’étude souligne que « les priorités évoluent au fil des expatriations, tout comme elles évoluent au fil de la vie. A chaque expatriation, ses priorités en fonction du pays, de l’âge, de la situation professionnelle, familiale et personnelle de chacun. »
 

Les bénéfices de l’expatriation

Les attentes des futurs expatriés lors de leur départ sont retrouvées dans les bénéfices de cette expatriation, comme la connaissance d’une nouvelle culture, d’une nouvelle région ou d’un nouveau pays (63%) ainsi qu’un enrichissement et un développement personnel (62%). Selon les observations des parents, les enfant bénéficieraient également d’un développement personnel grâce à l’expatriation (81%). Ils ont pu découvrir et connaitre une nouvelle culture (78%) et apprendre des langues étrangères (71%). Les avantages de l’expatriation pour la carrière, deuxième raison principale de départ, ne sont cités qu’à 39% des principaux bénéfices et se retrouvent en troisième position. Nous pouvons donc souligner que l’enrichissement de l’expatriation est avant tout personnel pour près de deux tiers des expatriés. « Dans leur grande majorité, les expatriés considèrent avoir réussi leur expatriation et repartiraient facilement. » précise le baromètre.
 

baromètre expatriation évaluation


Les difficultés de l’expatriation

Le rapport du baromètre précise que les difficultés de l’expatriation « peuvent être d’intensité fluctuante, très inégales, et aussi variées qu’il y a de pays et d’expériences individuelles (…) mais les commentaires précisent qu’en général, l’adaptation se fait avec le temps ». L’enquête a montré qu’à peine un expatrié sur deux est satisfait de l’intégration dans les communautés locales, par l’administration et par les services de santé proposés par le pays.

Vivre entre les systèmes administratifs de deux pays peut s’avérer un vrai casse tête comme par exemple tout ce qui concerne la taxation, le système légal, la retraite ou même la protection sociale ou la gestion de son épargne. 25% des expatriés paient des impôts dans plus de deux pays et 12% d’anciens expatriés continuent de payer des impôts dans plus de deux pays. Plus de la moitié des expatriés dans le pays d’accueil ou dans leur pays d’origine ne connaissent pas leurs droits ni l’impact de leur expatriation sur leur retraite.

« Le mal du pays » reste la plus grande difficulté de l’expatriation avec la nostalgie du pays, de la famille et/ou des amis (42%). Au retour d’expatriation, 31% ressentent une nostalgie vis-à-vis du pays d’accueil. Ces sentiments sont dûs à un déracinement que les expatriés peuvent ressentir au départ et au retour d’expatriation. L’exclusion peut également être ressentie lors d’événements familiaux heureux et moins heureux auxquels ils ne peuvent pas participer.
 

Revenir d’expatriation, des difficultés encore trop prises à la légère

Même si le retour dans son pays d’origine se fait à 58% par choix, 69% souhaitent repartir une fois rentrés. La majorité (53%) des expatriés pensent qu’il est plus facile de partir que de revenir contre 24% qui estiment qu’il est plus facile de revenir. Les chiffres ont également montré la relation entre le temps en expatriation et le retour difficile. L’enquête souligne que « les commentaires confirment ce souhait de repartir pour certains, dans le simple but de revivre l’expatriation et ce qu’elle leur apporte et pour d’autres, parce qu’ils ne trouvent plus leur place « chez eux » dans leur pays d’origine ». Quelques exemples de verbatim reçus : « Etonnamment, il est plus facile de se faire à l’inconnu que de revenir dans le connu » ; « Après 20 mois, je ne suis pas encore réadaptée » ; «  Je me suis adapté mais l’envie de repartir reste indemne ».

Notons que les difficultés rencontrées lors de l’expatriation sont similaires aux problématiques du retour d’expatriation, à savoir les démarches administratives (44%) et la nostalgie du pays, de la famille et/ou des amis (31%). Il est facile d’expliquer le déracinement en expatriation, mais pas lors du retour dans le pays d’origine. Selon l’enquête, l’incompréhension de l’entourage face à ce sentiment, n'accroît que l'incompréhension vécue par l’expatrié de retour. Ces troubles ne sont pas à prendre à la légère puisque 11% du panel ont vécu une dépression une fois rentrés « chez eux ».
 

baromètre de l'expatriation retour


Comment réussir son expatriation ?

« A la lecture des verbatims et au vu des résultats aux questions sur les difficultés et les aides en expatriation, la préparation et l’accompagnement de l’expatriation semblent bien être les premières clés d’une expatriation réussie » selon le baromètre de l’expatriation. Cela va permettre de limiter les surprises sur place comme au retour. Alix Carnot, Directrice associée d’Expat Communication, précise que cette préparation doit être faite peu importe le pays d’expatriation. Selon elle, « Il y a plus d’échec lors d’expatriation à Londres qu’à Moscou » dû à un déficit de préparation pour les pays considérés comme faciles. Ensuite la mobilisation des qualités personnelles comme la capacité à s’adapter et à s’ouvrir à la culture du pays est la deuxième clé pour réussir son expatriation. Enfin, la famille est prépondérante, en ce sens l’expatriation doit également être choisie, voulue ou au moins acceptée par tous les membres de la famille. Le conjoint accompagnateur est encore à majorité féminin (90%) et 41% d’entre eux ne travaillent pas et pour 41% d’entre eux, l’expatriation est vécue comme un sacrifice. « Dans certains pays comme aux Etats-Unis, le visa du conjoint de l’expatrié ne lui donne même pas le droit de travailler » confie Alix Carnot.

L’enquête souligne qu’une expatriation réussie se caractérise par trois grands traits : l’équilibre de vie et l’épanouissement de chaque membre de la famille, l’intégration dans le pays d’accueil et enfin, l’enrichissement à différents niveaux (social, culturel, professionnel et personnel).
 

Le visage de l’expatriation post-covid

Alix Carnot a expliqué lors du webinair dédié à l’expatriation post-Covid que les effets du confinement ont été encore plus durs à traverser pour les expatriés : « sentiment d’isolement, barrière de la langue, re-confinement dû aux mesures gouvernementales des différents pays qui ont obligé certains expatriés à effectuer plusieurs quatorzaines ». Ils ont dû faire face à deux cultures, par exemple « à Taïwan ils portent un masque et pas en France », mettant à rude épreuve la compréhension des expatriés. Certains ont dû faire face à la xénophobie comme en Afrique où ils étaient considérés comme porteurs du virus et accapareurs de médecins. Le travel-ban a séparé des centaines de couples sans savoir quand ils pourraient se retrouver, entrainant plus de célibat géographique. Selon Alix Carnot : « avec le virus le visage de l’expatriation a changé, pour nous ramener à la réalité ».


« De nouveaux casse-têtes sont apparus comme être expatrié mais vivre dans son pays d’origine » a soutenu Alix Carnot. Selon elle, il y aura un renforcement du télétravail et un nombre plus important de retours en France, rendant problématique le statut des expatriés. « Nous avons eu des cas d’expatriés français en Italie venus faire leur confinement et/ou leur télétravail en France qui aujourd’hui n’ont pas pu avoir le chômage partiel. Avec leur contrat italien, ils ne peuvent pas demander de l’aide en France et ils ne peuvent pas demander de l’aide en Italie car ils n’ont pas effectué leur travail en Italie », a-t-elle précisé.
 

La crise du Covid a engendré beaucoup d’incertitudes mais également de nouveaux challenges comme la compétitivité des talents mondiaux avec le développement du télétravail. Les peurs liées à l’expatriation qui s’étaient peu à peu effacées, sont revenues à grandes enjambées, comme celle d’être bloqué dans un pays loin des siens ou d’être isolé dû à la barrière de la langue. Alix Carnot conclut : « la préparation et l’aide à l’expatriation restent primordiaux, encore plus durant ces temps troublés ».





Le Baromètre de l'expatriation est à retrouver ici ! 
 

 

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Sandra Camey

De formation scientifique et journalistique, elle s'expatrie à Berlin où elle étudie la photographie et les sciences politiques du Moyen-Orient. Aujourd’hui en écriture de mémoire sur les politiques environnementales au Moyen-Orient
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