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HISTOIRE - Naufrage du Tek Sing le « Titanic de l’est »

Par | Publié le 12/09/2017 à 22:10 | Mis à jour le 07/01/2018 à 05:30

Le 6 février 1822 le Tek Sing, littéralement La bonne étoile en chinois, fait naufrage près des îles Bangka au large de Belitung. Ce 3 mâts de 60 mètres de long et 10 mètres de large est parti du port de Xiamen en Chine avec à son bord une cargaison de porcelaine, soie, épices et médicaments. 200 marins, une dizaine de marchands et 1.600 migrants chinois partis chercher une meilleure vie dans les plantations de canne à sucre en Indonésie sont également à bord. Lors du naufrage 1.400 personnes trouveront la mort. En référence au grand nombre de victimes on appellera le Tek Sing « le Titanic de l'Est ». 

Le capitaine Lao Tauko décide de changer de cap 

Le capitaine Lao Tauko qui commande le Tek Sing n'est pas un novice, il a parcouru plusieurs fois le trajet Xiamen - Batavia. Il connaît très bien la route classique utilisée par les jonques chinoises. Cette route a été testée de nombreuses fois depuis des siècles et passe par le détroit de Bangka. Après 3 semaines de mer, le capitaine Lao Tauko décide pourtant de changer le cap et de passer par le détroit de Gaspar au large de Belitung et de la côte est des îles Bangka.

Les chercheurs émettent 3 raisons principales qui ont pu amener le capitaine du bateau à changer de cap et à choisir un trajet certes plus rapide mais plus proche des côtes pour arriver rapidement à Batavia, l'ancienne Jakarta.

On parle d'un acte de piraterie. Le détroit de Gaspar Straits où a lieu le naufrage tout comme le détroit de Malacca sont connus pour être le terrain de jeux des pirates depuis des centaines d'années.

Avec autant de personnes embarquées sur le bateau, on peut aussi envisager qu'une épidémie se soit développée à bord. Les migrants voyagent sur le pont dans des conditions insalubres. Ils y auront déjà passé trois semaines lorsque le bateau fait naufrage.

Autre hypothèse, le manque d'eau et de nourriture nécessaires pour les 1.800 personnes à bord, la peur d'une mutinerie forcent le capitaine à changer de cap pour essayer d'atteindre au plus vite la destination finale.

C'est la saison des pluies, une forte tempête accompagnée de fortes vagues poussent le bateau déjà bien trop prêt des rochers et l'entraine vers le fond à seulement 300 kilomètres de Jakarta. Une jonque chinoise qui voyageait en tandem avec le Tek Sing récupère dix-huit passagers qui se tenaient au grand mâts. Un autre bateau anglais l'Indiana commandé par le capitaine James Pearl qui effectuait le trajet Batavia - Bornéo se trouve également dans la zone du naufrage. Que faisait ce bateau dans cette zone dangereuse ? Au vue  du chargement de sa cargaison on pense que le capitaine transportait un chargement d'opium. Ce qui explique son passage par le détroit de Gaspar. Néanmoins l'équipage de l'Indiana récupèrera 198 naufragés.

Découverte de l'épave du Tek Sing 

Le Tek Sing n'est pas oublié, sa présence dans les eaux indonésiennes est précisée dans de nombreux livres. Mais ce n'est qu'en 1999 que son épave est découverte à 30 mètres de profondeur au large de Belitung.

Dans les années 80, l'apparition de nouveaux sonars et l'amélioration du matériel de plongée permettent aux chercheurs d'épaves de découvrir de nombreux bateaux échoués au fond des mers. De ces épaves les plongeurs remonteront de très belles pièces de porcelaine de valeur inestimable. On peut imaginer alors l'engouement de ces chercheurs pour le Tek Sing qui avait à son bord une cargaison importante.

 

C'est le capitaine  Mickael Hatcher marin Australo-anglais qui retrouvera le Tek Sing. Il s'est fait spécialiste de l'exploration et de la recherche d'épaves. À l'aide de matériel de pointe, l'épave du Tek Sing est localisée. Les plongeurs ont suivi le signal d'un radar et par 27 mètres de fond ont trouvé la cargaison de porcelaine. 350.000 pièces ont été trouvées, un record jamais égalé. Malgré les 200 ans passés sous l'eau dans la vase et la boue des pièces d'une qualité rare sont remontées. Un inventaire précis est alors établi. La plupart des porcelaines bleues et blanches proviennent des fourneaux de Dehua de la région de Fujian.  Ces fourneaux produisaient la majorité de ces porcelaines typiques du XIXème. Dans la cargaison d'autres trésors comme des objets en céladon de la période Ming (1364 -1644) ont également été repêchés. Ils appartenaient très certainement aux riches marchands présents à bord qui se déplaçaient toujours avec leurs objets fétiches. Des sextants, des encriers chinois, des canons en bronze, des pièces de monnaies et des couteaux sont également recensés.

 Le trésor enfin rendu à l'Indonésie en 2001

La grande majorité des porcelaines retrouvées sont exposées à Stuttgart en 2000 avant d'être vendue aux enchères.

Les chercheurs d'épaves appelés aussi chercheurs de trésors naviguaient souvent sur des bateaux affrétés par des compagnies étrangères. pour ce qui est du trésor du Tek Sing plusieurs containers ont été saisis par les douanes australiennes dans le cadre de la protection du patrimoine culturel, conformément aux lois en vigueur en Indonésie. Malheureusement le gouvernement indonésien a confirmé un peu tard le fait que ces objets étaient exportés illégalement et le bateau a ainsi pu continuer son chemin jusqu'en Australie. Néanmoins ces quelques 70 000 pièces ont été remises au gouvernement indonésien en 2001. Depuis de nouvelles lois sont entrées en vigueur et les épaves de bateaux sont un peu mieux protégées. La chasse aux trésors est donc passée de mode.

Valérie Pivon (www.lepetitjournal.com/Jakarta) mercredi 13 septembre 2017

Vous pourrez admirer certaines pièces du Tek Sing au Musée National de Jakarta où une galerie de la nouvelle aile du musée au 3ème étage est dédiée à l'histoire de ce naufrage.

 

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