Quatre questions pour comprendre la Journée mondiale des réfugiés

Par Natacha Marbot | Publié le 19/06/2022 à 17:45 | Mis à jour le 19/06/2022 à 21:17
famille ukrainienne réfugiée

Les Nations Unies, quelques jours avant la Journée mondiale des réfugiés, le 20 juin, ont révélé cette triste nouvelle : la barre des 100 millions de personnes obligées de fuir leur pays pour cause de conflits ou persécutions a été franchie. Ce chiffre n’arrête jamais de monter, à cause de crises politiques, de guerres et du changement climatique. Nous revenons pour vous sur les quatre grandes questions autour des réfugiés dans le monde.

 

À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés qui aura lieu le 20 juin, Vision du Monde, association de solidarité internationale qui vient en aide aux enfants les plus vulnérables, alerte sur la violence inacceptable à laquelle sont exposés les citoyens pris au piège dans leur propre pays et met en garde contre les effets catastrophiques du changement climatique sur les déplacements de populations.

 

Qu’est-ce qu’un réfugié ?

En droit international, le terme de « réfugié » est utilisé pour désigner une personne qui, en cas de retour dans son pays, craint « avec raison d’être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe ou de ses opinions politiques ». Ce sont des personnes qui demandent une protection internationale. Ce statut leur est accordé précisément parce qu’il est trop dangereux pour elles de regagner leur pays et qu’elles ont donc besoin de trouver refuge ailleurs. Le refus de l’asile aurait pour elles des conséquences potentiellement mortelles. L’acte juridique principal concernant les réfugiés est la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Être reconnu comme réfugié passe souvent par le dépôt d’une demande d’asile individuelle auprès d’un État.

 

Emma Chaignon pour Vision du Monde
Emma Chaignon pour Vision du Monde

Qui sont les réfugiés climatiques ?

Le statut de « réfugié climatique » n’existe pas encore au niveau juridique, bien qu’il décrive une réalité. Selon l’UNHCR, au cours de la dernière décennie, les événements météorologiques ont déclenché en moyenne 21,5 millions de nouveaux déplacements chaque année – plus de deux fois plus que les déplacements causés par les conflits et la violence. Toute la difficulté de la tâche est que la plupart des déplacements causés par le changement climatique ont lieu à l’intérieur des pays, et impactent tous les aspects de la vie quotidienne, notamment le levier économique, ce qui rend le cadre juridique complexe à établir. C’est d’ailleurs la thèse défendue par François Gemenne, membre du GIEC, une référence sur le sujet. Il défend l’idée d’incorporer le critère climatique dans les différents types de mobilité, plutôt que créer un statut ad hoc, qui ne correspond pas réellement à la réalité sur le terrain.

 

illustration Emma Chaignon pour Vision du Monde
Emma Chaignon pour Vision du Monde

D’où viennent et où vont les réfugiés ?

Avant la guerre en Ukraine, les réfugiés venaient principalement de trois pays : la Syrie, l’Afghanistan et le Soudan du Sud. Depuis le 24 février 2022, viennent s’ajouter plus de 6,6 millions d’Ukrainiens. Néanmoins, l’UNHCR note que 2,1 millions d’entre eux sont déjà rentrés en Ukraine, fin mai 2022.

Contrairement aux idées reçues, les réfugiés n’affluent pas en majorité vers le continent européen. Selon les chiffres d’Amnesty International, 85% des réfugiés ont été accueillis par des pays en voie de développement. Proportionnellement à son nombre d’habitant, le Liban est le pays qui accueille le plus de réfugiés. Les pays qui reçoivent le plus de réfugiés sont les pays voisins et frontaliers des pays en crise et en guerre : la Turquie, le Liban, le Pakistan, l’Ouganda et désormais la Pologne.

 

Emma Chaignon pour Vision du Monde
Emma Chaignon pour Vision du Monde

Combien de personnes sont aujourd’hui réfugiées ?

Le UNHCR compte, en 2021, 26,4 millions de réfugiés dont plus de la moitié a moins de 18 ans. 100 millions de personnes étaient déracinées à travers le monde à la fin mai 2022, en raison de la persécution, des conflits, des violences, des violations des droits humains ou d’événements troublant gravement l'ordre public. Parmi ces 100 millions, 48 sont des déplacés internes, c’est-à-dire des personnes qui ont du fuir et quitter leur résidence principale, mais qui sont restés dans les frontières de leur pays.

L’unicef déclare : « Près de 50 millions d’enfants sont en déplacement – 28 millions ont été chassés de chez eux par un conflit et des millions d’autres migrent dans l’espoir d’une vie meilleure et plus sûre ». 55 % seulement des enfants réfugiés ont accès à l’école primaire, contre 90% des enfants dans le monde.

 

Pour compléter cette réflexion, l’ONG internationale Visions du monde a répondu à deux questions sur leur action.

Comment aider à notre échelle de citoyen français ?

Faire un don est l’action la plus concrète et la plus efficace pour soutenir les personnes réfugiées.

Alors que les besoins des réfugiés dans les contextes fragiles ne cessent d’augmenter, beaucoup de fonds prévus pour soutenir ces personnes déplacées de force à travers le monde sont désormais redirigés pour soutenir la crise ukrainienne. C’est notamment le cas des fonds dédiés pour répondre aux crises sévissant au Mali, en  Syrie ou encore au Bangladesh. Le Royaume-Uni a jusqu'à présent redirigé plus de 262 millions d’euros d'aide pour répondre aux besoins humanitaires immédiats en Ukraine. L’augmentation des dons plutôt que la réaffectation de ces derniers est indispensable afin que tous les réfugiés, d'où qu'ils viennent, reçoivent le soutien dont ils ont besoin et qu'ils méritent.

Si le fonds d’urgence de Vision du Monde pour l’Ukraine vient en aide à des milliers de réfugiés grâce à la générosité des Français, nous avons également ouvert un fonds d’urgence pour lutter contre la famine. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est font actuellement face à des crises alimentaires sans précédent qui poussent des millions de personnes à quitter leurs terres pour survivre. Les conflits entrainent une instabilité économique qui impacte les populations : lorsque les revenus baissent, les familles économisent sur les repas. Plus de la moitié des réfugiés sont actuellement dans des pays confrontés à une crise alimentaire.

 

Quelles ont été les dernières actions marquantes de votre ONG concernant les réfugiés ?

Grâce au réseau World Vision International, notre ONG Vision du Monde est présente dans près de 100 pays. Cela nous permet d’être positionnés pour répondre aux besoins des personnes réfugiées ou déplacées dans leur propre pays, le plus rapidement possible. Nous pouvons ainsi déployer une aide d’urgence en moins de 24h lorsqu’un conflit éclate ou qu’une catastrophe naturelle surgit. Notre mission est d’accueillir les réfugiés dans les meilleures conditions.

Récemment, nous avons pu aider plus de 6,5 millions d'enfants en Turquie, en Jordanie, au Liban en Irak et en Syrie. Nous avons déployé des opérations d’urgence et des programmes de développement dans 14 des 26 provinces de la République Démocratique du Congo ou encore nous continuons d’apporter un soutien à près de 500 000 réfugiés Rohingyas dans 34 camps au Bangladesh. Nous intervenons dans différents domaines pour répondre aux besoins quotidiens des réfugiés, comme la nourriture, l’accès à l’eau, l’éducation, les soins de santé ou encore la formation pour parvenir à une auto-suffisance alimentaire... Depuis le 24 février, nous sommes venus en aide à près de 300 000 personnes en Ukraine, en Roumanie, en Moldavie et en Géorgie. Nous continuons également de fournir une assistance sur le long terme aux Sud-Soudanais réfugiés en Ouganda.

natacha marbot

Natacha Marbot

Natacha Marbot, étudiante rennaise diplômée d’un master de Relations internationale à l’Inalco en 2022, russophone et spécialisée sur l’espace post-soviétique. Elle a rejoint l’équipe de rédaction internationale pour un stage d’avril à juillet 2022
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