Numérique, poids politique, recul du français,… les vrais défis de la Francophonie premium

Par Damien Bouhours | Publié le 25/03/2022 à 10:45 | Mis à jour le 25/03/2022 à 13:06
Les défis de la Francophonie

Selon les projections, dans 30 ans, 8% de la population mondiale sera francophone. La Francophonie est donc plus que jamais vivante et en pleine expansion. La langue de Molière n’a pourtant pas tous les voyants au vert. A l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie, nous revenons sur les défis auxquels fait face la langue française.

 

 

« Faire reculer le recul du français », c’est en ces quelques mots que Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) résumait son combat pour la Francophonie, lors du lancement de l’ouvrage La langue française dans le monde. Avec 321 millions de francophones estimés à travers le monde en 2022, le français est en pleine progression et reste la 5e langue la plus parlée au monde (après l’anglais, le chinois, l’hindi et l’espagnol). La Francophonie n’est pourtant pas un fleuve tranquille et doit naviguer sur certains sujets plus troubles.

 

L’apprentissage du français en régression en Europe

Le français est la 2e langue étrangère enseignée au monde. Alors que notre langue est en progression sur tous les autres continents, son apprentissage recule en Europe (-9,8% entre 2018 et 2022). Le vieux continent reste pourtant un bastion de l’apprentissage du français notamment en Italie, en Roumanie, en Allemagne ou encore en Espagne. Pourtant, dans les pays non-anglophones, lorsqu’une seule langue étrangère est obligatoire, l’anglais reste la langue privilégiée. Le Royaume-Uni a également vu ses effectifs FLE diminuer suite à la possibilité d’abandonner rapidement sa langue étrangère lors de sa scolarité.

 

L’OIF plaide donc pour un développement du plurilinguisme au niveau européen et pour des politiques éducatives privilégiant l’apprentissage de plusieurs langues. L'apprentissage du français professionnel est également un des axes de développement pour consolider l'attractivité des programmes FLE. 

 

 

Le français dans le paysage numérique

Le français est la 4e langue sur internet. Elle représente 3,50% du contenu sur le web, bien loin derrière l’anglais (25%), le chinois (15%) et l’espagnol (7%). La fracture numérique des pays francophones africains, qui représentent le plus important nombre de locuteurs, empêche la progression du français dans la sphère numérique. Il perd d’ailleurs du terrain face à l’hindi, au portugais, à l’arabe ou encore au japonais. Les locuteurs francophones ne sont que 65,5 % à être connectés contre 92,62% des Japonais ou 97,87% des Norvégiens. La langue française affiche cependant le 2e degré de cyber-mondialisation après l’anglais, un indicateur qui synthétise les atouts des langues pour la mondialisation dans le monde numérique.

 

Les contenus culturels francophones ont pourtant un problème de découvrabilité sur la toile. La plateformisation de la diffusion et de la distribution des contenus culturels (par Netflix, YouTube ou encore Spotify) restreint la visibilité des contenus en langue française. L’OIF a donc mis en place une stratégie numérique jusqu’en 2026 pour améliorer la connectivité et la découvrabilité de l’espace francophone. Le lancement de TV5MONDEplus, une plateforme numérique francophone avec 5000 heures de programmes en accès libre, s’intègre parfaitement dans cet objectif. TV5Monde est d’ailleurs l’un des cinq réseaux audiovisuels les plus grands au monde avec plus de 80 millions de téléspectateurs par semaine.

 

Le monolinguisme des institutions internationales

Le multilinguisme est une des conditions essentielles au multilatéralisme. Bien que le français soit officiellement la deuxième langue des organisations internationales, seuls 4 à 12% des textes produits le sont en français (contre plus de 30% il y a 20 ans). L’anglais reste ainsi la langue de prédilection à l’ONU mais aussi dans les institutions européennes. Pourtant, depuis le Brexit, seul 1% de la population de l’UE a l’anglais pour langue maternelle.

 

Louise Mushikiwabo a reçu l’appui de 88 Etats et gouvernements membres de l’OIF et des groupes d’ambassadeurs francophones pour mettre en place un « dispositif de veille, d’alerte et d’action en faveur de la langue française et du multilinguisme dans les organisations internationales ». Une action de plaidoyer mais également une aide à la formation en français sont proposées par l’OIF et ses soutiens, afin de permettre une représentation plus juste et proche du nombre de locuteurs francophones.

 

La 40e Conférence ministérielle de la Francophonie
La 40e Conférence ministérielle de la Francophonie

 

La responsabilité politique et sociétale de la Francophonie

La langue française doit retrouver son statut de langue de la diplomatie mais l’Organisation Internationale de la Francophonie a également son rôle à jouer dans l’échiquier mondial. Comme le rappelle la secrétaire générale, « nous sommes unis autour d’une langue mais aussi de liens et de valeurs ». L’OIF de par ses représentations à l’étranger et ses Etats et gouvernements membres peut faire valoir sa position sur les grands bouleversements de ce monde. La Conférence ministérielle de la Francophonie, réunie en session extraordinaire le 16 mars 2022 à Paris, a ainsi adopté, avec fermeté et dans un esprit d’unité, une résolution sur l’Ukraine. Elle s’est également alertée des dangers croissants de la désinformation, en appelant à une action collective contre ce fléau. L’OIF s’est d’ailleurs déjà engagée à la formation des jeunes à la vérification des faits.

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Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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