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Soft power français : une influence culturelle qui doit passer par le dialogue

Par Damien Bouhours | Publié le 16/06/2021 à 18:00 | Mis à jour le 16/06/2021 à 21:19
Photo : Une spectatrice au Centre Pompidou à Bruxelles
Une spectatrice au Centre Pompidou à Bruxelles

 

Expositions, résidences d’artistes, expertise, quelle est l’influence de la culture française à l’international ? Est-ce que notre « soft power » est assez performant pour convaincre les autres nations ? Le dialogue est ouvert suite à un débat du Club France Initiative.

 

Le Club France Initiative a organisé un débat lundi 14 juin autour de la thématique « la culture française au fondement du soft power hegaxonal ». Animée par Céline Danion, experte en accompagnement de projets culturels et numériques, la conférence en ligne a été l’occasion de redéfinir ce qu’est l’influence culturelle française et ses enjeux. Autour d’Anne Genetet, députée des Français de l’étranger, co-fondatrice et présidente du Club France Initiative, se sont exprimés des intervenants de renom, comme Pierre Buhler, ancien Ambassadeur de France et ancien président de l’Institut Français, Agnès Saal, cheffe de la mission « Expertise culturelle internationale » et haute fonctionnaire égalité-diversité au ministère de la Culture; Paul Alezraa, Directeur du groupe Avesta, cabinet de conseil international; Paul Frèches, Chargé de mission à la direction générale du Centre Pompidou et Juliette Donadieu, directrice de la Villa San Francisco.

 

 

Qu’est-ce que l’influence culturelle de la France à l’étranger ?

Avant d’aborder un sujet, il est toujours préférable de le définir. Pierre Buhler a ainsi commencé par rappeler la définition du terme « soft power » créé par l’universitaire américain Joseph Nye : « Le soft power permet d’obtenir d’autres Etats, sans recourir au bâton ni à la carotte, mais par la séduction et le pouvoir d’attraction des idéaux et des valeurs ». En ce sens, la culture reste l’un des fers de lance du « pouvoir de convaincre » tricolore. Mais pour Agnès Saal, la question n’est pas « d’imposer un modèle, mais de transmettre des notions, des compétences, de les partager et de construire ensemble quelque chose de différent ». « L’influence doit jouer dans les deux sens », rappelle-t-elle. Juliette Donadieu acquiesce : « On ne peut plus se permettre d’être dans un système à sens unique. Il faut partager, confronter et enrichir nos visions du monde ». Comme l’a expliqué Paul Frèches : « l’influence c’est avant tout une démonstration par l’exemple ». Et rien que dans l’expérience cumulée par ce panel, les exemples de dialogues culturels sont nombreux.

 

Pierre Buhler, alors ambassadeur à Varsovie, en compagnie de l'actrice polonaise Beata Tyszkiewicz (16 juin 2015)
Pierre Buhler, alors ambassadeur à Varsovie, en compagnie de l'actrice polonaise Beata Tyszkiewicz (16 juin 2015)


Pierre Buhler, ancien président de l’Institut Français : « Nous avons changé de méthode en faisant place au dialogue »

Pierre Buhler a partagé ses différentes actions en tant qu’ambassadeur mais surtout qu’ancien président de l’Institut Français de 2017 à 2020. Que ce soit par le biais des saisons culturelles ou à la nouvelle stratégie de la langue française et du plurilinguisme, l’Institut français a participé au rayonnement de la culture française à travers le monde. L’ancien ambassadeur a mis en avant quelques exemples précis comme la création de la Biennale de Bamako ou encore la Fabrique du Cinéma permettant de repérer les meilleurs talents dans les pays du Sud. L’un de ses plus grands succès reste certainement La nuit des idées, qui met en avant « le débat à la française » et a permis « un dialogue entre les intellectuels français et leurs homologues dans les différents pays ».  « Nous ne sommes plus dans une démarche surplombante ou unilatérale. Nous avons changé de méthode en faisant place au dialogue, à la coopération », souligne le diplomate.

 

Mais est-ce que ces efforts sont aujourd’hui vains ? Bien au contraire, Pierre Buhler trouve que « la pandémie a été une crise salutaire en forçant le réseau culturel à se réinventer ». Cette « plongée forcée dans le monde numérique » permet d’atteindre ces publics jeunes que la France doit aujourd’hui viser.  Selon lui, il faut maintenant « sortir du confort des lieux existants pour offrir des offres hors les murs où se trouvent des publics autres ».

 

Juliette Donadieu, directrice de la Villa San Francisco

Juliette Donadieu de la Villa San Francisco : « Allier la puissance du service public avec l’agilité du privé »

Juliette Donadieu partage la vision de Pierre Buhler : « Il faut changer nos postures, passer le pont et travailler sur les territoires périphériques ». La directrice de la Villa San Francisco souligne : « Ce qui fait notre valeur ajoutée est notre présence sur le terrain ». La Villa a été lancée en septembre dernier avec en particulier des programmes de résidence pour aider les artistes dans leur mobilité internationale et des évènements à destination des publics locaux. Juliette Donadieu ajoute : « Nous ne faisons aucun projet sans les Américains. Nous les associons dès le début ». Et il est essentiel pour elle, de « ne pas avoir peur d’allier la puissance du service public avec l’agilité du privé ». « Il faut expérimenter, faire des choses », insiste-t-elle.

 

Paul Alezraa, directeur d'Avesta

 

Paul Alezraa d’Avesta Group : « Nous travaillons toujours dans la langue du pays »

Paul Alezraa apporte justement sa vision de chef d’entreprise dans le privé. Avesta Group soutient l’innovation culturelle et a travaillé sur plus de 200 projets dans 27 pays. La clé du succès ? « Nous travaillons toujours dans la langue du pays, même si cela est compliqué. Nous nous mettons ainsi toujours au service du local », explique Paul Alezraa. L’équipe d’Avesta reflète aussi ce multi-culturalisme assumé : « nous avons 12 nationalités dans nos équipes ». Le chef d’entreprise regrette cependant que les institutionnels français, contrairement aux Britanniques, n’aident pas les petits prestataires de l’ingénierie culturelle. Paul Alezraa souligne également le « manque de sens commercial » des sociétés françaises et leur niveau d’anglais à l’écrit encore trop juste pour séduire les marchés internationaux.

 

Agnès Saal, mission expertise culturelle internationale

 

Agnès Saal de la mission expertise culturelle internationale : « Il faut trouver des experts qui savent co-construire »

A la tête de la mission expertise culturelle internationale, Agnès Saal insiste sur l’importance de bien vendre l’expertise culturelle française à l’étranger. L’ancienne directrice de l’INA a ainsi présenté comme exemples parmi d’autres : la construction du musée béninois d’Abomey, qui accueillera les 26 oeuvres restituées par la France, ou encore la transformation du palais national d’Addis-Abeba en lieu qui « aura vocation à raconter l’Ethiopie et un outil moderne de transmission d’une histoire et d’un vécu culturel ». Grâce à l’ensemble des acteurs français présents à l’étranger mais aussi dans l’Hexagone, l’expertise française au niveau culturel doit pouvoir prospecter le plus tôt possible, identifier le besoin et pouvoir assembler l’expertise parmi la « palette du ministère de la Culture et de tout son réseau d’opérateurs culturels publics ou privés ». « Il faut trouver des experts qui savent co-construire », insiste Agnès Saal. Il faut également se défaire d’ « un cloisonnement dans la manière de concevoir et de valoriser notre offre culturelle. Cette façon de tronçonner l’expertise dessert la manière dont la France pourrait être plus visible ».

 

Paul Frèches, Centre Pompidou

 

Paul Frèches du Centre Pompidou  : « Dépasser le milieu des initiés »

Paul Frèches a, quant à lui, raconté la folle histoire de l’implantation du Centre Pompidou à Shanghai en 2019, qui comme à Malaga, Bruxelles, ou en 2024 à Jersey City, s’exporte sur la base d’un contrat de 5 ans renouvelable. Mais l’histoire d’amour entre le musée d’art moderne et contemporain et la Chine date de la fin des années 80, le musée ayant été le premier à exposer des artistes chinois dans un contexte muséal.

En arrivant dans l’Empire du milieu, le Centre Pompidou avait pour objectif d’ « aller à la rencontre d’une classe moyenne éduquée, très nombreuse, en demande d’une offre qui va avoir une quête éducative pour ses enfants » et de « dépasser le milieu des initiés ». Le but du West Bund Museum x Centre Pompidou est également de former les équipes chinoises du musée aux savoir-faire français, comme la scénographie. Paul Frèches souligne également l’importance des nouvelles technologies : « Les réseaux sociaux, notamment WeChat, et les influenceurs sont essentiels en Chine. Cela nous permet d’avoir une chambre d’écho très importante à l’échelle du pays ».

 

Réseaux sociaux, programmes hors les murs, expertise unifiée ou encore vente décomplexée de notre savoir-faire, telles seront peut-être les clés d’un soft power culturel devenu de plus en plus concurrentiel et où la France ne doit pas se reposer sur sa place privilégiée. Son importance est même décuplée dans ce contexte de préparation post-pandémique. Comme l’explique justement Juliette Donadieu : « Les arts et les idées ont un rôle à jouer dans la mutation de nos sociétés ».

 

 

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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