Portraits de France : redonner à l'histoire de France toute sa diversité

Par Capucine Taconet | Publié le 01/12/2021 à 17:45 | Mis à jour le 02/12/2021 à 14:08
Portraits de France expo

Le musée de l’Homme inaugure le 1er décembre une nouvelle exposition intitulée « Portraits de France ». Elle y met à l’honneur 58 portraits de Français oubliés ou méconnus de notre histoire, afin de témoigner de sa diversité.

À l’origine de l’exposition « Portraits de France », un rapport du même nom présenté le 21 mars 2021 à la ministre de la Ville Nadia Hai par une commission scientifique dirigée par l’historien Pascal Blanchard. Le but : proposer de nouveaux noms aux maires pour l’espace public, à partir des biographies de Français immigrés, issus de l’histoire coloniale et des outre-mer.

 

Pascal Blanchard
L'historien Pascal Blanchard, un des trois commissaires de l'exposition présente le mur de visages à l'entrée de l'exposition.

Un espace public aux noms redondants et peu représentatifs

Qui ne connaît pas une rue Victor Hugo, Louis Pasteur, ou encore Jean Moulin dans sa ville ? Il s’agit en effet des noms les plus donnés à des rues en France, comme le révèle l’enquête menée par Slate.fr, à partir des données de plus d’1,5 million de noms de voies (rue, avenue, boulevard, place). Sans surprise, ces trois noms apparaissent également dans le top 10 des noms de collèges et lycées les plus donnés dans notre pays.

 

Des noms d’écrivains, de militaires ou de médecins qui ne laissent pas beaucoup de place à la diversité. « Les rares personnalités noires dans l’espace public sont Martin Luther King et Nelson Mandela. Des hommes exemplaires, certes, mais qui n’ont aucun lien direct avec l’histoire de notre pays », souligne Pascal Blanchard, directeur du rapport et co-commissaire de l’exposition.

D’où l’intérêt de cette liste de 518 noms présentés en mars 2021 à la ministre de la Ville Nadia Hai, qui permet de montrer de nouvelles facettes de notre histoire, en racontant l’histoire de Français parfois négligés ou oubliés, du fait de leur différence.

 

 

exposition Portraits de France salle 1914-1918

Une exposition qui dessine « un récit du commun »

L’enjeu de Portraits de France est de rassembler le grand public autour des 58 portraits aux parcours exemplaires finalement retenus pour l’exposition. « À un moment où les Français s’interrogent sur leur identité, cette exposition souhaite montrer un récit commun de notre histoire. Les portraits racontés ici ne remplacent pas une autre histoire, plus traditionnelle, mais ils la complètent et en déploient toute la diversité », explique Yvan Gastant, l’un des trois commissaires de l’exposition.

 

À travers douze périodes chronologiques, le visiteur découvre ces visages, certains familiers, d’autres inconnus, de personnes qui ont marqué l’histoire de France de leur époque. De 1789 à 2019, 28 portraits de femmes et d’hommes se livrent et éclairent notre histoire de façon nouvelle.

 

L’exposition se veut accessible et incarnée : des objets d’époque attestent de la notoriété de ces Français dans leur temps. « Ils racontent comment ces personnes ont fait la France dans notre quotidien, qu’il s’agisse de photos, d’un maillot de sport, ou encore de couvertures de magazines », éclaire Aurélie Clémente-Ruiz, commissaire de l’exposition et responsable des collections du musée de l’Homme. On y trouve ainsi un tableau de Jean-Baptiste Belley, le maillot du marathonien Ahmed Boughera El Ouafi, un objet de la marque Baker lancée par Joséphine Baker, ou encore une affiche d'album du chanteur Taha Rachid de Carte de séjour.  Un aspect ludique et vivant qui séduira sans peine le public scolaire.

 

À la rencontre d’hommes et de femmes aux destins exceptionnels

Les personnalités atypiques et remarquables ne manquent pas dans cette exposition. Nous n’en présenterons que deux, qui vous donneront envie de poursuivre la visite au Musée de l’Homme, nous l’espérons !

 

Raphaël Élizé
Raphaël Élizé, premier maire noir de l'histoire de France

Raphaël Elizé, naît en Martinique en 1891. Fait exceptionnel, il s’agit du premier maire noir de France, élu en 1929, et réélu en 1935. Il entreprend des projets sociaux innovants pour l’époque tels que la construction d’une cantine scolaire, d’une maison du peuple ou encore d’une piscine. Au cours de l’occupation, il est forcé de quitter son mandat sous la pression des Allemands et entre dans un réseau de résistance. Il meurt en 1944 à Buchenwald, suite au bombardement de l’usine dans laquelle il avait été déporté pour y travailler.

 

Portrait d'Isabelle Eberhardt en noir et blanc
Portrait d'Isabelle Eberhardt 

Une autre figure force l’admiration : celle d’Isabelle Eberhardt. Née en Suisse en 1877 dans un mix de cultures russe, germanique et arménienne, Isabelle se forme aux langues et maîtrise bientôt le turc, l’allemand, le russe, le français, l’italien et l’arabe. Elle quitte Genève pour l’Algérie en 1897, se convertit à l’islam et se travestit. À Bône, elle s’appelle désormais Mahmoud Saadi et fréquente les lieux réservés aux hommes, ce qui lui permet d’écrire des articles journalistiques sur l’Algérie de cette époque. Des œuvres précieuses qui ont été rassemblées très longtemps après sa mort, en 1980. L’occasion d’enrichir notre histoire de sa vie singulière.

 

Informations pratiques

Exposition gratuite du 1er décembre au 22 janvier 2022.

Musée de l'Homme

17 Place du Trocadéro    
75016  Paris

 

Capucine Taconet

Capucine Taconet

Étudiante nantaise expatriée à Paris pour ses études de journalisme. Elle a connu lepetitjournal.com lors d’un échange universitaire à Bogota et rejoint la rédaction internationale en septembre 2021.
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