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L'architecture française fait rêver, mais peine encore à s'exporter

Par Adèle Hourdin | Publié le 29/08/2021 à 17:45 | Mis à jour le 29/08/2021 à 17:45
Photo : Le théâtre de Barhein par Architecturestudio
Le théâtre de Barhein par Architecturestudio

La France occupe la seconde place des exportations européennes en architecture. Mais la réalité du paysage des entreprises d’architecture françaises rend l’exportation impossible pour le plus grand nombre d’entre elles.

 

Bénéficiant d’une bonne image de marque, d’un savoir-faire avancé dans la réalisation de bâtiments culturels et d’espaces publics, les architectes français séduisent. En témoignent les oeuvres magistrales réalisées à travers le monde : Le Louvre Abu Dhabi réalisé par Jean Nouvel, le Musée Yves Saint Laurent à Marrakech de Studio KO ou le Théâtre National de Bahreïn à Manama d’Architecturestudio.

De nombreux architectes rêvent de la perspective de s’exporter à l’international. Pourtant, la situation des entreprises d’architecture françaises rend très compliqué leur passage au delà des frontières.

Dans un rapport commandé par le ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, l’association Architectes Français à l’Export, l’AFEX, a réalisé une étude faisant état de l’exportation de l’architecture française dans le monde.

 

Immeubles de bureau à Buenos Aires par Architecturestudio
Immeubles Summers à Buenos Aires par Architecturestudio, gagnant du prix AFEX 2020

 

La France, deuxième pays européen en exportations d’architecture

Avec 4,2 % de leur chiffre d’affaires réalisé à l’étranger, les architectes français sont les deuxièmes plus grands importateurs européens derrière le Royaume-Uni et ses 14,1%.

Malgré une augmentation constante depuis plusieurs années, cette part ne bénéficie qu’à un petit groupe. Les architectes « stars » sont cette poignées d’architectes français connus à travers le monde sont des acteurs déjà bien identifiés sur la scène internationale, les grandes agences généralistes sont capables de se risquer à l’export mais ne sont que 35 en France, et les quelques agences moyennes spécialisées s’exportent bien grâce à leur savoir-faire en construction d’hôpitaux, de stades, …

Seules 2,6 % des entreprises d’architecture françaises ont déjà travaillé pour l’international. Pourtant, 65% des architectes interrogés par l’AFEX, travaillant exclusivement en France, souhaiteraient exporter et profiter des avantages inhérents à une pratique à l’international : plus de notoriété, accès à des projets de taille plus importante, ouverture à de nouvelles cultures, accès à un marché plus grand…

 

Le Louvre d'Abu Dhabi par Jean Nouvel
Le Louvre d'Abu Dhabi par Jean Nouvel

 

Les entreprises françaises trop petites pour l’export

L’AFEX a identifié un seuil au dessous duquel il est très difficile de s’exporter et l’a estimé à environ 5 ou 10 salariés. Cela pose problème en France où la moyenne par entreprise du secteur de l’architecture est de 1,8 personne, contre 4 en Allemagne ou 5,6 au Royaume-Uni.

La petite taille des entreprises rend difficile une insertion sur le marché international. Il est quasi impossible pour elles de rivaliser lors de concours ou d’appels d’offres avec des méga-structures américaines ou britanniques.

Peu d’agences ont les moyens de consacrer du temps à la veille et à la prospection sur les appels d’offres, à contacter les partenaires locaux ou à se renseigner sur les différentes fiscalités. 80% des architectes français ont répondu que le manque d’informations était ce qui mettait un frein à leur exportation.

 

Des aides inadaptées pour les architectes français

Les architectes souhaitant s’exporter peuvent bénéficier de plusieurs aides. Le Trésor public propose des fonds d’études et d’aides au secteur privé, BPI France propose des assurances, des financements et des garanties de caution et Business France permet de soutenir l’export par les VIE et l’organisation de salons et de colloques. Pourtant, ces aides ne sont pas adaptées à la petite taille des structures pourtant ultra-majoritaires avec 63% des agences exportatrices qui ne touchent aucunes de ces aides.

Plusieurs problèmes expliquent ce phénomène : ces aides sont pour la plupart conçues pour des PME (entreprises de moins de 500 employés) alors que la plupart des entreprises sont des TPE (entreprises de moins de 10 salariés) et la lourdeur des dossiers et le manque de souplesse rendent ces dispositifs inadaptés pour les entreprises de petite taille. L’AFEX recommande que ces aides soient adaptées pour répondre aux spécificités de ces petites structures et améliorer la communication sur les dispositifs de soutien mis à disposition.

 

Le musée Yves Saint Laurent à Marrakech par Studio KO
Le musée Yves Saint Laurent à Marrakech par Studio KO

 

Où peuvent s’exporter les entreprises d'architecture françaises ?

Alors que les pays d’Amérique sont globalement fermés aux projets d'architectes français et que la concurrence est rude en Europe, certains pays présentent néanmoins de bonnes opportunités pour nos architectes.

Les marchés comme l’Asie du Sud-Est et l’Inde sont les plus propices à l’exportation en ce moment avec de nombreux projets confiés à des architectes français. En Chine, les projets se sont raréfiés alors que le pays accueillait auparavant de nombreux projets français.

L’Afrique et le Moyen Orient sont des destinations privilégiées, même si les conditions d’exercice y sont particulières.

Du côté du Maghreb, le Maroc présente un fort potentiel, tout comme l’Algérie même si les projets y sont peu nombreux.

 

adele hourdin

Adèle Hourdin

Adèle a rejoint l’équipe de la rédaction internationale en janvier. Elle est diplômée d'un master de journalisme et a vécu deux ans au Sénégal pendant son enfance.
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