Lundi 21 septembre 2020
Édition Internationale
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Val Reiyel - « Les enfants expatriés se retrouveront dans Irineï »

Par Sandra Camey | Publié le 28/05/2020 à 18:00 | Mis à jour le 18/07/2020 à 23:50
Irineï esprit mammouth

Irineï et le Grand Esprit du Mammouth est un roman jeunesse qui nous fait voyager de la toundra sibérienne au désert d’Arizona. Son auteure Val Reiyel sensibilise petits et grands à l’environnement, la protection animale et les problèmes d’adaptation de l’expatriation, à travers les yeux d’un enfant sibérien.
 

Tout le début de mon roman est basé sur des faits réels 

Comment vous est venue l’idée de votre roman ?

En 1997, j’ai travaillé pendant quelques mois dans une société de production de documentaires pour laquelle j’écrivais des sujets. À cette époque, elle tournait un documentaire de trois fois 52 minutes sur l’extraction d’un mammouth en Sibérie par le célèbre paléontologue français Bernard Buigues. A cette époque, nous étions aux débuts d’internet, donc les images n’arrivaient pas aussi facilement qu’aujourd’hui. Nous recevions tout de même quelques photos et séquences filmées de ce mammouth qui était extrait du permafrost.

Tout le début du roman est inspiré de cette expédition chez les Dolgans avec l’extraction du cube de terre gelé, soulevé par un hélicoptère géant. Je me disais que si le mammouth était encore vivant, ce serait une aventure fabuleuse. Mais je ne voulais pas refaire Jurassic Park et des histoires similaires de reconstitution d’ADN. J’ai donc inventé cet enfant chaman qui, grâce à ses pouvoirs magiques, fait redescendre l’esprit du mammouth de l’aurore boréale, dans le corps de chair du mammouth, déterré et emporté aux États-Unis par les paléontologues américains.

En 1997, j’en avais fait un traitement cinéma d’une trentaine de pages que j’avais envoyé à des producteurs. Mais ce projet était très compliqué à l’époque, car nous n’avions pas les effets spéciaux que nous avons aujourd’hui. A cette époque surtout, nous ne parlions pas encore d’écologie, ce n’était pas un sujet « dans l’air du temps ». Comme je n’ai pas réussi à vendre le projet cinématographique, j’ai laissé dormir ce mammouth pendant des années
 

Qu’est-ce qui vous a décidé il y a quelques années de ressortir l’idée du mammouth, pour en faire un roman ?

J’ai ressorti Irineï, il y a quatre ans. C’était le moment pour cette histoire car, aujourd’hui, l’écologie, la disparition des espèces et la destruction de la planète sont malheureusement le coeur de notre actualité. Je me disais que le personnage d’Irineï, qui par sa culture, vit en harmonie avec la nature et les animaux, aurait aujourd’hui toute sa place et serait totalement pertinent. Les éditions Slalom m'ont suivis dans cette idée et nous avons sortis deux tomes de l'histoire d'Irineï et le Grand Esprit du Mammouth

 

Je souhaite transmettre ce message de tolérance et d’ouverture à l’égard des peuples ancestraux

Que souhaitez-vous transmettre à travers l’histoire que vous avez écrite ?

Un message de respect de la Terre et de tous ses habitants, humains et non-humains. Aussi un message de tolérance et d’ouverture à l’égard des autres cultures, notamment celles des peuples ancestraux qui ont gardé le lien avec la nature, les éléments et les animaux. Ces gens essaient de survivre tandis que le monde moderne envahit et détruit leurs territoires. Par exemple, lorsque je vois les ravages de la déforestation en Amazonie ou en Indonésie, je suis révoltée. Tous ces peuples vivaient dans des paradis de forêts où tout était bien équilibré et où toutes les espèces vivaient en harmonie. Les bulldozers arrivent et détruisent leur environnement, leur savoir ancestral, leur connaissance des plantes médicinales et donc eux-mêmes. Sans même parler des réserves d’oxygène pour tous les habitants de la planète… ni du fait que dans dix ans, les orang-outans, les lions, les girafes ou les éléphants pourraient avoir disparu… Tout cela me rend dingue.

 

Irineï et le grand esprit du mammouth

 

Irineï a un regard sur le monde

Pensez-vous que les enfants qui s’expatrient à l’étranger peuvent s’identifier au personnage d’Irineï ?

Oui tout à fait, car pendant quelques temps, Irineï va lui aussi être expatrié aux Etats-Unis. Vous imaginez le choc pour un enfant qui quitte un désert de neige et une tribu nomade d’éleveurs de rennes pour arriver à Los Angeles ? Irineï va porter un regard étonné sur cette civilisation radicalement opposée à la sienne. Il va parfois être amusé, choqué et il va poser beaucoup de questions très embarrassantes. J’imagine qu’un enfant français qui arrive à l’étranger dans un pays culturellement très différent de la France aura le même genre de réaction.

Un point important : le roman n’est pas du tout une critique de la société américaine, mais plutôt une réflexion sur la société de consommation occidentale en générale, à travers le regard sans filtre d’un enfant.

En France nous sommes très différents des Dolgans de Sibérie ou des Navajos d’Arizona qui apparaissent dans l’histoire. Et pourtant les enfants français se passionnent pour le roman, justement parce qu’il les fait voyager, découvrir d’autres cultures et réfléchir à différents thèmes, tout en vivant une grande aventure pleine de suspense. Il y a donc une résonnance universelle entre Irineï et tous les enfants du monde.

D’ailleurs, depuis quelques semaines, Irineï voyage beaucoup ! Plusieurs pays en ont parlé sur les réseaux sociaux à travers l’Institut Français et l’Alliance Française, par exemple en : Russie, Italie, Etats-Unis, Australie, Royaume-Uni, Mexique, Pays Bas, Belgique J’ai répondu à diverses interviews pour ces instituts et je vais bientôt faire des visioconférences avec des élèves qui étudient le roman à l’étranger dans les Alliances Françaises : Colombie (Cali), Brésil (Brasilia), Indonésie (Yogyakarta), Etats-Unis (Boston). Et je reçois des mails d’autres pays qui sont intéressés.

 

Cet enfant chaman touche tout le monde

Votre livre a été conseillé comme lecture aux enfants durant le confinement et vous avez communiqué avec eux via la plateforme Youtube. Quels ont été leurs retours ?

J’ai reçu un prix l’année dernière au salon de Saint-Maur en Poche, attribué par des élèves de cinquième. Leur professeure de collège, qui travaille cette année avec des élèves de quatrième, m’a demandé si je voulais bien, pendant le confinement, lire les témoignages des élèves de sa classe et leur répondre. Cela m’a paru une très bonne idée ! J’ai donc reçu beaucoup de chroniques très intéressantes et enthousiastes de ces élèves.

En général les jeunes lecteurs disent que c’est un roman original, qu’ils n’ont pas l’habitude de lire des histoires comme celle-ci. En plus de les amuser, de les intriguer et de leur faire découvrir d’autres cultures, Irineï les fait réfléchir à l’écologie, à la manière dont nous traitons la nature et les autres espèces dans le monde moderne. Ce sont les retours qui me reviennent constamment.

L’année dernière, j’ai fait environ 37 dédicaces en 52 semaines, dans les librairies et les salons du livre. J’ai passé une semaine au Maroc dans les écoles françaises de Casablanca après avoir gagné un prix là-bas, attribué par des élèves de CM2 et sixième. J’ai beaucoup parlé avec les jeunes lecteurs et je reçois beaucoup de messages, y compris de parents et de grands-parents. Cet enfant chaman touche tout le monde. Le but ultime serait d’arriver à en faire un film ou une série, car nous pourrions toucher beaucoup plus de personnes dans le monde.

 

Irineï pourrait être vu dans le monde entier

Parlez-nous du projet d’adaptation de votre roman en film

J’ai travaillé sur l’adaptation avec mon co-auteur Sébastien Drouin qui est réalisateur, scénariste et superviseur d’effets spéciaux. Il saurait très bien faire un mammouth en 3D, même si c’est assez compliqué à cause de la texture des longs poils. Au niveau de l’écriture, la difficulté a été d’arriver à faire rentrer cette histoire de deux tomes de 300 pages dans 120 pages de scénario. Le scénario est beaucoup plus aéré car il est constitué de dialogues et d’indications de scènes et d’actions. Nous avons été obligés de condenser au maximum et de faire des choix, de couper des passages et de détailler beaucoup moins. C’est tout le problème des adaptations à l’écran : souvent, les gens qui ont aimé des livres sont déçus par les films, qui vont moins en profondeur. Nous avons aussi pensé à proposer une série, qui permettrait de détailler davantage. Mais pour le moment, nous attendons avant tout les réponses des producteurs sur ce gros projet international.

Si notre adaptation arrive sur les écrans, Irineï pourrait être vu dans le monde entier. Je souhaite que son histoire touche un maximum de personnes pour répandre ce message de compassion, d’amour de la terre et de tous les êtres vivants, qui me tient très à cœur depuis toujours.



Site internet : www.valreiyel.com
 

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Sandra Camey

De formation scientifique et journalistique, elle s'expatrie à Berlin où elle étudie la photographie et les sciences politiques du Moyen-Orient. Aujourd’hui en écriture de mémoire sur les politiques environnementales au Moyen-Orient
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