Si les revenus générés par les visiteurs internationaux affichent une légère progression, le Royaume a dû composer avec une baisse de la fréquentation globale en 2025. Entre l’essor du trafic aérien et les tensions aux frontières, le visage du tourisme khmer est en pleine mutation.


L’année 2025 laisse un sentiment contrasté pour l’industrie touristique cambodgienne. Selon les dernières données de la Banque nationale du Cambodge, le secteur a réussi à capter 3,7 milliards de dollars de recettes, soit une progression de 3 % sur un an. Cette performance financière masque pourtant une réalité plus complexe : le pays a accueilli 5,6 millions de visiteurs, un chiffre en recul de 16,9 % par rapport à l’année précédente. Ce paradoxe s'explique notamment par une modification profonde du profil des voyageurs et de leurs habitudes de consommation.
Le retour marqué des voyageurs chinois et vietnamiens
La géographie du tourisme au Cambodge reste essentiellement régionale, mais les équilibres se déplacent. Le Vietnam confirme sa place de premier marché émetteur, représentant désormais 21,9 % du total des arrivées. Parallèlement, le retour des visiteurs en provenance de Chine s’accélère de façon notable : ils comptent pour 21,6 % des entrées, contre seulement 12,7 % en 2024.
Cette transition s'accompagne d’un basculement logistique majeur. Pour la première fois depuis la reprise post-pandémique, la voie aérienne s’impose comme le principal point d'entrée dans le Royaume. Avec près de 2,9 millions de passagers, le transport aérien progresse de 19,2 %, dépassant les arrivées par les routes et les fleuves. Ces dernières ont chuté de 37 %, un recul directement lié à la désertion d'une partie de la clientèle frontalière.
Un second semestre assombri par les tensions régionales
Le dynamisme observé dans les aéroports n'a pas suffi à compenser l'érosion du tourisme terrestre, lourdement impacté par le contexte géopolitique. Les relations avec la Thaïlande, autrefois premier réservoir de visiteurs, se sont considérablement tendues au second semestre 2025. Des incidents frontaliers, incluant des frappes aériennes thaïlandaises à proximité des provinces de Siem Reap et de Battambang, ont porté un coup d’arrêt brutal aux flux de voyageurs.
En décembre, mois traditionnellement faste pour la saison haute, les arrivées ont ainsi plongé de 43 %. À ces tensions diplomatiques s’est ajoutée l’ombre persistante des problématiques de cybersécurité et des arnaques en ligne, qui continuent de peser sur la réputation de la région et de freiner certains voyageurs internationaux.
L'enjeu de la montée en gamme face au recul d'Angkor
Même le site emblématique d'Angkor, joyau du patrimoine khmer, n'est pas épargné par cette conjoncture morose. Les recettes de la billetterie du parc archéologique ont reculé de 6,5 %, s'établissant à 44,7 millions de dollars. Ce chiffre rappelle que la fréquentation du site reste encore en deçà des niveaux historiques observés avant la crise sanitaire.
Face à ces vents contraires, le Cambodge mise sur la modernisation de ses infrastructures, à l'image du nouvel aéroport international de Phnom Penh. L'ambition des autorités semble désormais se porter vers une montée en gamme de l'offre touristique. Dans un marché de plus en plus concurrentiel, l'objectif est d'attirer des visiteurs séjournant plus longtemps et contribuant davantage à l'économie locale, afin de sécuriser durablement la croissance du secteur.
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