Pharmacien et entrepreneur, Pascal Catry vient d’être élu président de la Chambre de commerce et d’industrie France-Cambodge (CCIFC). Installé dans le royaume depuis près de dix ans, il dirige également le réseau Ucare Pharmacy, l’une des principales chaînes de pharmacies du pays. À la tête de la chambre, il souhaite renforcer le rôle du réseau d’entreprises françaises au Cambodge et préparer les échéances économiques importantes de l’année 2026, notamment à l’occasion du Sommet de la Francophonie.


« Je suis administrateur de la Chambre de commerce depuis neuf ans. J’y ai occupé différents postes, notamment secrétaire général puis vice-président. Quand Cyril Giraud a annoncé qu’il quittait la présidence, cela semblait assez naturel que je me présente pour prendre la suite. »
Pour lui, cette nomination s’inscrit dans une continuité. L’objectif est désormais de mettre à profit l’expérience accumulée ces dernières années pour accompagner les entreprises françaises installées dans le pays.
Mais le nouveau président insiste enfin sur le fonctionnement collectif de la Chambre de commerce.
« Il est important de dire que nous formons une équipe très soudée au sein du bureau de la CCI. Je suis en avant par mon titre de président, mais le travail se fait vraiment ensemble avec notre directeur et les membres du bureau. »
« Je peux vraiment compter sur eux. Ce n’est pas le travail d’une seule personne, c’est un travail d’équipe. »
Un parcours entre Cambodge et France
Pascal Catry est né à… Phnom Penh, il y a soixante ans, dans une famille française installée de longue date au Cambodge. Son grand-père travaillait comme pilote de ligne pour Royal Air Cambodge, assurant les liaisons régionales entre Phnom Penh, le Vietnam et le Laos. Son père était quant à lui professeur de physique au lycée Sisowath avant de rejoindre une entreprise commerciale.
Il passa les premières années de sa vie dans la capitale cambodgienne avant que sa famille ne quitte le pays en 1973, alors que la situation politique se détériore.
« À sept ans, on ne comprend pas vraiment ce qui se passe, mais c’était une vraie déchirure de partir. »
Pascal Catry obtint un doctorat en pharmacie à l’université de Grenoble et, pendant plus de vingt ans, il exerça en France comme pharmacien dans le sud-est du pays, d’abord salarié puis titulaire de sa propre officine. Il élargit ensuite son expérience professionnelle en rejoignant la grande distribution au sein du groupe Intermarché.
Toutefois, en 2016, il décida finalement de revenir au Cambodge avec sa famille.
« La pharmacie en France commençait à être saturée et je voyais moins de perspectives d’avenir. (....) C’était un peu le défi de la cinquantaine. L’idée était de construire un projet familial et de revenir dans le pays où je suis né. »
Développer Ucare Pharmacy
Lorsqu’il arrive au Cambodge, la chaîne Ucare Pharmacy existait déjà depuis plusieurs années. Le réseau compte alors une dizaine de pharmacies, principalement à Phnom Penh et à Siem Reap.
Sous sa direction, l’entreprise se développa progressivement.
« Aujourd’hui, nous avons 28 points de vente et nous prévoyons d’en ouvrir trois de plus cette année. »
Parallèlement, Pascal Catry s’est également lancé dans le commerce de détail avec le réseau de supérettes Kiwi Mart, finalement revendu après la crise sanitaire au groupe thaïlandais Big C.
Aujourd’hui, il se consacre principalement à Ucare Pharmacy et à l’importation de produits alimentaires liés à son expérience passée dans la distribution.
Sur le plan personnel, il vient d’accueillir sa fille qui exerce le métier de professeur des écoles à Phnom Penh et qui constitue donc ainsi la quatrième génération de Catry à s’installer dans le Royaume.
Une Chambre de commerce en pleine croissance
Cet engagement dans le monde des affaires l’a naturellement conduit à s’impliquer davantage dans la vie économique franco-cambodgienne. Administrateur de la Chambre de commerce depuis près d’une décennie, Pascal Catry a ainsi observé de l’intérieur l’évolution de l’organisation et la transformation du tissu entrepreneurial français au Cambodge.
Pour lui, la Chambre de commerce et d’industrie France-Cambodge joue aujourd’hui un rôle de plateforme de mise en relation entre plusieurs univers : les grandes entreprises françaises implantées dans le pays, les entrepreneurs français installés localement, et les partenaires économiques cambodgiens.
Au cours des dernières années, le nombre de membres a fortement augmenté.
« Quand je suis arrivé, nous étions environ 150 membres. Aujourd’hui, nous sommes 265. »
Si les grands groupes français restent présents — banques, entreprises d’énergie ou grands groupes industriels — la dynamique vient désormais surtout des petites et moyennes entreprises créées par des Français installés au Cambodge.
La chambre organise également plusieurs événements destinés à structurer ce réseau. Parmi les plus visibles figurent le Grand Prix des Affaires, qui met en lumière des initiatives entrepreneuriales françaises au Cambodge, ou encore le Marché français, devenu un rendez-vous important pour la communauté économique.
« Aujourd’hui, le Marché français rassemble plus de 70 exposants. C’est un événement devenu incontournable. »
Au-delà de l’événementiel, la chambre joue aussi un rôle plus discret mais essentiel : partage d’informations économiques, mise en relation entre entreprises, accompagnement des nouveaux entrepreneurs ou encore dialogue avec les autorités.
2026, une année stratégique
Selon lui, l’année 2026 s’annonce particulièrement importante pour les relations économiques entre la France et le Cambodge. Le royaume doit accueillir le Sommet de la Francophonie, auquel devrait notamment participer le président de la République française.
Pour la Chambre de commerce, cette échéance représente une opportunité importante.
« L’idée est de profiter de cette visibilité pour organiser un forum d’affaires France-Cambodge. L’objectif est de permettre aux entreprises françaises de rencontrer des partenaires cambodgiens et de mieux comprendre le marché. »
Ce forum économique devrait se tenir en parallèle d’autres événements liés au sommet, notamment les rencontres d’entreprises francophones et plusieurs initiatives tournées vers l’innovation et les start-up.
L’objectif est clair : transformer cet événement diplomatique en opportunité économique concrète.
S’adapter dans un monde économique incertain
Comme beaucoup de chefs d’entreprise, Pascal Catry observe que les entreprises doivent aujourd’hui évoluer dans un environnement international plus instable.
« Nous vivons dans un monde qui change très vite. Il y a des tensions géopolitiques, des problèmes logistiques, des évolutions économiques permanentes. Il faut s’adapter en permanence. »
Dans ce contexte, la Chambre de commerce doit selon lui jouer un rôle d’information pour les entreprises françaises présentes dans le pays, notamment en partageant des données pratiques ou des analyses sur les évolutions économiques.
« Notre rôle est aussi de diffuser des informations utiles pour que les entreprises puissent anticiper et s’adapter. »
Les conseils de Pascal Catry aux entrepreneurs
Pour les entrepreneurs français qui envisagent de s’installer au Cambodge, Pascal Catry estime que le pays offre encore de nombreuses opportunités — à condition d’arriver avec un projet solide.
« Quand on a un vrai savoir-faire et une idée claire, il y a encore beaucoup de choses à construire ici. »
Mais il met également en garde contre certaines illusions. « Si on arrive sur un marché où il existe déjà une forte concurrence locale, ce sera forcément plus difficile. Il faut venir avec quelque chose de différent. »
Selon lui, la clé du succès réside souvent dans la capacité d’adaptation. « Il faut être spécialiste dans son domaine et savoir s’adapter à un environnement qui n’est pas celui auquel on est habitué. »
L’année qui s’ouvre s’annonce donc particulièrement dense pour la Chambre de commerce France-Cambodge. Entre la préparation des événements liés au Sommet de la Francophonie, la visite prévue du président de la République, l’organisation du forum d’affaires et l’accompagnement des entreprises françaises présentes dans le royaume, les dossiers ne manqueront pas.
Pour Pascal Catry et l’équipe du bureau de la CCIFC, le chantier est vaste. Gageons que cette année chargée permettra de renforcer encore la dynamique du réseau d’affaires français au Cambodge — et souhaitons au nouveau président plein succès dans ce mandat qui s’annonce aussi exigeant que passionnant.
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