Au Cambodge, trois associations réunissent familles, organisations spécialisées et entreprises afin d’identifier les obstacles à l’emploi des personnes en situation de handicap intellectuel et de formuler des recommandations en faveur d’une insertion professionnelle durable.


Depuis plusieurs mois, l’association Kampuchea Sëla Handicap Organization (KSH) mène, avec Rabbit School Organization (RSO) et Damnok Toek Organization (DTO), une série d’ateliers consacrés à l’accompagnement des jeunes en situation de handicap intellectuel dans le monde professionnel.
Ces échanges réunissent des bénéficiaires, leurs familles, des organisations spécialisées et des entreprises afin de mieux comprendre les obstacles à l’emploi et d’identifier les conditions nécessaires à une intégration professionnelle durable.
Une réflexion inspirée d’une expérience à Pondichéry, en Inde
Pour nourrir leur réflexion, les membres des associations partenaires se sont d’abord rendus à Pondichéry, en Inde, pour observer un dispositif consacré à la formation professionnelle des personnes en situation de handicap intellectuel, grâce à une subvention obtenue de l’ambassade de France (FEF-R : Fonds Équipe France). Cette visite leur a permis de découvrir des organisations ayant expérimenté différents modèles et de réfléchir aux éléments susceptibles d’être adaptés au contexte cambodgien.

De retour au pays, trois ateliers ont été organisés avec les familles des bénéficiaires, des organisations spécialisées et 13 entreprises cambodgiennes et étrangères. Ces rencontres ont permis de présenter les résultats de l’enquête menée auprès des personnes en situation de handicap intellectuel, de leurs familles, des ONG du secteur et de 42 entreprises. Elles ont également été l’occasion de partager les expériences de chacun et d’évoquer les difficultés rencontrées au quotidien.
Une politique nationale d’emploi inclusif au Cambodge
Les deux premiers ateliers ont mis en évidence les difficultés rencontrées par les employeurs, ainsi que les besoins des bénéficiaires. Les entreprises ont notamment évoqué la nécessité de former leurs salariés, d’avoir un accompagnement spécialisé et de mieux connaître leurs obligations légales.
Au Cambodge, la loi prévoit un quota de 1 % de travailleurs handicapés dans le secteur privé et de 2 % dans le secteur public. Soung Sephan constate toutefois que ces dispositions bénéficient encore rarement aux personnes présentant un handicap intellectuel.
« Il faut travailler avec le gouvernement sur le cadre réglementaire et avec les entreprises pour leur donner confiance », explique-t-elle.
Le troisième atelier, prévu en fin septembre octobre, permettra de présenter les résultats du projet aux participants et plus particulièrement aux autorités cambodgiennes compétentes. Il pourrait également ouvrir une discussion sur les prochaines actions à mener auprès des familles, des organisations spécialisées et des employeurs.
KSH prépare les bénéficiaires au monde professionnel au Cambodge
Kampuchea Sëla Handicap Organization accompagne des adultes présentant un handicap intellectuel afin de les aider à gagner en autonomie et à trouver leur place dans la société cambodgienne.
Trente et un bénéficiaires sont actuellement suivis par l’association. Chacun progresse à son propre rythme, selon ses capacités et ses besoins. L’accompagnement ne se limite pas à la recherche d’un emploi. Il concerne également les gestes du quotidien, la communication et les déplacements.
KSH propose des activités permettant aux bénéficiaires de découvrir progressivement le monde professionnel. La confiturerie « L’Irresistible Jams & Syrups » et le restaurant d’application Pikartist servent ainsi de lieux d’apprentissage.
Les bénéficiaires y développent des habitudes de travail, apprennent à respecter des horaires et découvrent les responsabilités liées à un poste. Ces expériences peuvent ensuite les aider à intégrer une entreprise.

Les actions de KSH ont déjà permis à 12 jeunes d’accéder à un emploi. Pour certains, cette étape représente un changement important, pour eux comme pour leur famille.
L’insertion professionnelle ne peut toutefois pas être envisagée de la même manière pour chacun. Certaines personnes ont besoin d’un accompagnement quotidien et durable.
Pour KSH, l’objectif n’est donc pas de placer systématiquement chaque bénéficiaire dans un milieu de travail ordinaire. Il consiste plutôt à trouver une solution réaliste, permettant à chacun de participer pleinement à la vie professionnelle et sociale.
Les familles au cœur du parcours au Cambodge
Le projet accorde également une place importante aux familles. Les parents sont souvent les premiers à accompagner leur enfant et doivent continuer à jouer un rôle tout au long de son parcours.
KSH souhaite créer des guides pour les aider à mieux comprendre les capacités de leur enfant et les différentes étapes de son accompagnement.
« Les parents doivent être associés dès le début du parcours. Leur connaissance des habitudes, des difficultés et des capacités de leur enfant peut faciliter la mise en place d’un accompagnement adapté », explique Soung Sephan.
Un regard qui évolue dans les villes cambodgiennes
KSH observe depuis peu une évolution du regard porté sur le handicap dans les grandes villes cambodgiennes. Les jeunes générations semblent davantage informées et plus ouvertes à la différence.
Le projet vise ainsi à mieux faire connaître les capacités des personnes en situation de handicap intellectuel auprès des familles, des employeurs et du grand public.
Pour KSH, leur accès au travail dépendra de l’évolution des mentalités, de la formation des équipes et de la mise en place d’un accompagnement durable.
Ecrit par Ludivine Nicolas
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