Les responsables cambodgiens et thaïlandais ont conclu mercredi leur première réunion dans le cadre d’un processus soutenu par les Nations unies visant à résoudre un différend maritime, après l’ouverture de la séance mardi par le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, qui a vivement critiqué l’attitude du Cambodge.


Mercredi soir, aucune des deux parties n’avait encore publié de communiqué sur le contenu des discussions.
Le différend porte sur des revendications territoriales qui se chevauchent dans le golfe de Thaïlande, une zone qui abriterait d’importantes réserves exploitables de gaz naturel et d’autres hydrocarbures.
En juin, le Cambodge a lancé une procédure obligatoire de conciliation fondée sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, ou CNUDM. Cette décision est intervenue après le retrait unilatéral de la Thaïlande d’un accord conclu en 2001, qui constituait un cadre pour les discussions sur les revendications concurrentes.
Cet accord autorisait des discussions sur l’exploration conjointe, mais celles-ci étaient largement au point mort depuis la mise en place du dispositif. La question est revenue dans le débat politique thaïlandais après la détérioration des relations avec le Cambodge, à la suite de deux épisodes d’affrontements meurtriers à la frontière l’année dernière.
Une commission de conciliation composée de cinq experts
Le mécanisme prévu par la CNUDM permet à un groupe d’experts indépendants — une Commission de conciliation composée de cinq membres, à la sélection desquels le Cambodge et la Thaïlande ont participé — d’examiner le différend et de formuler des recommandations.
La commission est présidée par la diplomate australienne Katrina Cooper. Ses conclusions ne sont toutefois pas juridiquement contraignantes.
La réunion de cette semaine, à laquelle ont participé les ministres des Affaires étrangères des deux pays ainsi que leurs équipes juridiques, s’est tenue dans les bureaux asiatiques de la Cour permanente d’arbitrage, à Singapour.
Le processus devrait durer environ un an. La Commission de conciliation remettra alors un rapport comprenant ses conclusions et ses recommandations.
Aucune date n’a été fixée pour un deuxième cycle de discussions. Il reste également incertain que d’autres réunions se tiennent avant la remise du rapport de la commission.
Bangkok veut donner la priorité à la délimitation maritime
Dans son discours d’ouverture mardi, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a déclaré que la Thaïlande avait engagé la procédure de conciliation avec un objectif clair :
« rechercher une solution à la délimitation maritime qui protège nos droits ».
Il a également accusé le Cambodge de « jouer le rôle de victime », en faisant preuve de « suffisance morale » et d’« hypocrisie » sur les questions liées au droit international.
Sihasak Phuangketkeow a déclaré que la Thaïlande souhaitait « donner un nouveau départ aux négociations ». Il a affirmé que Bangkok avait proposé à Phnom Penh d’organiser des discussions directes, une offre que le Cambodge aurait ignorée avant de lancer la procédure de conciliation fondée sur la CNUDM.
« La Thaïlande est prête à participer de manière constructive à ce processus, avec pour objectif de parvenir, avec l’aide de la Commission, à une solution négociée et équitable », a déclaré Sihasak Phuangketkeow.
Phnom Penh défend une solution pacifique et un partage des ressources
Son homologue cambodgien, Prak Sokhonn, a déclaré que le Cambodge recherchait une résolution pacifique qui « serve les peuples des deux nations ».
Prak Sokhonn a également indiqué que le Cambodge était favorable à un accord de développement conjoint permettant de partager les ressources. Sihasak Phuangketkeow a toutefois déclaré que la procédure portait uniquement sur la délimitation de la frontière maritime.
L’ambassade de Thaïlande à Phnom Penh n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire.
Un désaccord sur l’ordre des négociations
Les positions divergentes des deux pays reflètent un désaccord plus profond sur l’ordre à donner aux discussions, selon Seng Vanly, analyste politique cambodgien indépendant et ancien enseignant à la Techo Sen School of Government and International Relations de l’Université du Cambodge.
Le Cambodge a déclaré vouloir parvenir à un accord définitif sur la frontière maritime. Toutefois, si cet objectif ne pouvait pas être atteint rapidement, Phnom Penh se disait également disposé à envisager un développement conjoint ainsi qu’un partage équitable des ressources pendant la poursuite des négociations.
La Thaïlande, en revanche, a insisté sur la nécessité de régler d’abord la question de la délimitation maritime, selon Seng Vanly.
« À mon avis, un compromis réaliste consisterait à permettre aux deux volets d’avancer simultanément », a-t-il déclaré. « Le principal risque serait de laisser le différend sans solution pendant une nouvelle décennie […], ce qui pourrait également renforcer les liens du différend maritime avec les tensions politiques et frontalières plus larges qui opposent le Cambodge et la Thaïlande. »
Khuon Narim
Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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