Une ONG pour aider les handicapés mentaux au Cambodge

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 12/06/2022 à 02:00 | Mis à jour le 13/06/2022 à 12:19
Kampuchea Sëla Handicap 5_0

Kampuchea Sëla Handicap est une petite ONG cambodgienne qui s’occupe de jeunes adultes en situation d’handicap mental. La structure encadrée par 5 éducateurs Cambodgiens et deux volontaires européens, accueille à ce jour 18 jeunes adultes (5 hommes et 13 femmes) dans un foyer de vie basé dans le sud de Phnom Penh, dans le district de Stueng Meanchey, comprenant un atelier protégé de préparation l’emploi et à l’intégration au sein de la société Cambodgienne.

 

Qu’ils soient porteurs d’une trisomie 21, d’un autisme sévère ou qu’ils souffrent d’un retard mental, ces jeunes ont du mal à trouver une place au sein de la société cambodgienne.

 

Souvent livrées à eux-mêmes, les familles se retrouvent désemparées.

Marquées par une fatalité bouddhiste, ces dernières ont parfois tendance à voir à travers le handicap une manifestation du Karma. Le sujet avait déjà été évoqué dans notre sujet sur le travail mené par l’association «Enfants  sourds du Cambodge ».

 

Si quelques ONG peuvent prendre en charge ce public porteur d’un handicap mental lorsqu’ils sont enfants, les choses changent quand ils entrent dans l’âge adulte. En effet il n’existe que très peu de structures pouvant accueillir des jeunes adultes et leur offrir un programme d’autonomisation et d’intégration au sein de la société.

 

C’est ici qu’intervient Kampuchea Sëla Handicap (KSH). Son objectif principal est de les accompagner vers l’intégration & l’indépendance au sein de la société Cambodgienne tout en pouvant prétendre à l’autonomie financière de son organisation grâce au travail de leur communauté.

A travers ses actions, KSH souhaite aussi, former une nouvelle génération d'éducateurs spécialisés sur les questions du handicap mental chez l’adulte, sensibiliser la société cambodgienne au handicap mental et promouvoir un nouveau modèle durable, facilement reproductible, pour la prise en charge et l'intégration des adultes en situation de handicap mental au Cambodge.

 

Lors de notre visite à KSH nous avons pu rencontrer un Français, Valentin Dubé, en mission de volontariat de solidarité internationale en tant que directeur adjoint de la structure.


Bonjour Valentin, quelle été la genèse de Kampuchea Sëla Handicap

 

Kampuchea Sëla Handicap est né d’un constat fait par plusieurs ONG au Cambodge, notamment Pour un sourire d’enfant (PSE), à savoir développer une continuité pour la prise en charge de leurs bénéficiaires porteurs d’un handicap mental atteignant 18 ans.

 

En effet, la plupart des ONG proposent un programme allant jusqu’à l’obtention d’un diplôme permettant une employabilité et l’intégration dans le monde du travail. Cependant pour leurs bénéficiaires en situation de handicap mental, cette employabilité reste presque impossible, compte tenu d’un manque de formation pour éducateurs liées aux questions du handicap mental chez l’adulte, d’une vision encore trop archaïque d’une partie de la société Cambodgienne et d’une quasi inexistence d’un cadre de travail adapté à ce public auprès des entreprises du Royaume. 

 

PSE a donc proposé à un couple de français, éducateurs spécialisés de venir soutenir le développement d’une structure au Cambodge visant à accueillir, former et intégrer ces jeunes adultes. L’objectif principal, reste la durabilité de la structure sur le long terme ce qui induit d’avoir une équipe la plus locale possible. Les volontaires étrangers, sont là pour soutenir et impulser, le reste se doit d’être pris en main par les Cambodgiens. 

 

Quels sont les profils de vos bénéficiaires ?

 

 Nos bénéficiaires arrivent à 18 ans au sein de nos programmes, nous n’accueillons pas de mineurs.

La plupart ont été pris en charge par des ONG durant leur enfance/adolescence et sont transférés chez KSH à leur majorité. Néanmoins certaines familles, pour la plupart provenant d’un milieu social très défavorisé nous demandent également un soutien pour leur(s) enfant(s) et nous les accueillons de la même manière.

A ce jour nos jeunes ont entre 18 ans et 35 ans avec différents types de handicap mental. Nous avons une diversité dans les types de handicap pris en charge et avec différents niveaux de sévérité (autisme, trisomie 21, retard mental, épilepsie).

 

Kampuchea Sëla Handicap

 

Cette diversité, c’est l’une des bases de notre programme et nous pouvons observer une formidable cohabitation entre les jeunes ainsi qu’une véritable entraide : nos jeunes avec un handicap plus léger prennent sous leurs ailes les autres bénéficiaires avec un handicap plus lourd. C’est ce type de valeurs, telles que la solidarité et la vie en communauté que nous voulons inculquer à nos jeunes. 

 

Les cœurs de la formation que vous dispensez réside ce que vous appelez les « Programmes Individuels de développement » que vous établissez pour chaque bénéficiaire. Comment sont-ils conçus ?

 

Le programme individuel de développement ou « IDP » est un outil éducatif très présent dans les pays occidentaux visant à développer l’autonomie du public pris en charge. Nous pouvons comparer cela à la notion de développement personnel et professionnel.

Un savoir a été transmis à notre équipe éducative locale, par plusieurs volontaires spécialisés sur les questions du handicap mental chez l’adulte.

Nos IDP se composent par exemple d’images explicites affichées au sein de notre structure décrivant la routine que nous avons établie pour chacun de nos jeunes et adaptés aux axes sur lesquels nous estimons qu’il doit s’améliorer (hygiène, communiquer, missions du quotidien…). À cela s’ajoute une réunion hebdomadaire ou chaque jeune peut s’exprimer sur son ressenti ce qui va et ne va pas. Nos éducateurs sont aussi là pour insister sur les points à améliorer et comment procéder. Nous avons également plusieurs outils d’évaluation mensuelle (motricité, capacité à communiquer, s’adapter, à traiter une information etc…)

Nous observons des progrès considérables chez la plupart de nos jeunes.

 

Comment s’articule la vie quotidienne dans votre foyer ?

 

L’une des bases sur laquelle nous insistons auprès de notre équipe éducative est l’autonomisation de nos bénéficiaires. Pour cela, chaque jeune est responsable d’une ou plusieurs tâches au foyer (ménage, entretien, cuisine, atelier de préparation à l’emploi). Notre équipe, elle, est là pour superviser et conseiller pour que le jeune s’améliore. Pourquoi s’y prendre de cette manière ? Car c’est seulement de cette façon que notre jeune se responsabilisera et pourra un jour prétendre à vivre de manière autonome, la vie est faite de contrepartie.

 

Kampuchea Sëla Handicap
Certains jeunes préparent à manger pendant que les autres s'emploient à d'autres tâches.

 

Nous observons aussi que de cette manière, le jeune se sent considéré, il développe également un sentiment d’appartenance et un sens des responsabilités.

Nous avons également mis en place un système de leader de groupe. Nos jeunes les plus aptes sont responsables d’une équipe de jeunes dans les tâches du quotidien, une manière de développer des valeurs et pour nos bénéficiaires les plus fragiles de se sentir entourés, en plus de nos encadrants.

 

Ces jeunes les plus autonomes peuvent prétendre à travailler un milieu conventionnel un jour, c’est pourquoi nous ouvert un programme « HORS LES MURS ». Nous avons dans cette optique, créé des partenariats avec des entreprises (café, restaurant, entreprises sociales), où nos jeunes les plus autonomes vont être formé et employé. Ils reviennent néanmoins tous les soirs au foyer de vie. En contrepartie ils reçoivent une rémunération allant de 60 dollars à 200 dollars en fonction de leur niveau. Pendant ce programme, notre équipe éducative les évaluent sur plusieurs points (capacité à communiquer, se déplacer, avoir la notion de l’argent etc…)

 

La suite de ce programme et sa finalité, est le programme d’indépendance, où notre jeune a signé un contrat de travail avec l’employeur et débute sa vie en autonomie en retournant vivre avec sa famille ou son/sa compagne. Nous continuons néanmoins à le suivre durant 2 années supplémentaires afin de l’accompagner et limiter le risque d’échec.

 

Vous avez mis en place un atelier de préparation à l’emploi sous la forme d’une confiturerie. Pouvez-vous nous en parler ?

 

Tout à fait, la confiturerie L’IRRESISTIBLE JAMS & SYRUPS.

Lors de la construction du projet, notre équipe a tenté de trouver une solution pour inculquer des notions de travail à nos bénéficiaires. À la base il s’agissait d’une dimension plus occupationnelle que formative.

L’idée de cuisiner des confitures vient du fait, que le procédé reste assez simple et permet à la plupart de nos jeunes d’avoir un poste de travail adapté (nettoyage des fruits, épluchage, découpage, cuisson, mis en pot, pose d’une étiquette sur le pot etc…)

Au fil du temps, nous nous sommes rendu compte que cet atelier permettait de reproduire la plupart des éléments de contexte du monde du travail : arriver à une heure précise au poste de travail, avoir des responsabilités, recevoir un salaire (symbolique) etc…

C’est la raison pour laquelle, ces derniers mois, nous avons décidé de professionnaliser notre confiturerie, d’obtenir des standards de qualité et d’hygiène.

 

Kampuchea Sëla Handicap

Nous avons eu la chance de bénéficier de l’aide de ALAIN DARC de la société THALIAS HOSPITALITY. Il a revu, bénévolement, l’ensemble de notre chaine de production, l’hygiène, revisité et créé de nouvelles recettes, et tout cela en gardant un produit 100% naturel (fruit, sucre, pectine de pomme) et à base de fruits locaux (mangue, tomate verte, ananas, passion, banane, fruit du dragon…) et pour les sirops (citron et gingembre).

 

Nos produits sont disponibles sur Phnom Penh et Siem Reap dans la plupart des boutiques vendant des produits européens (Maison Kayser, Angkor market, One & One, Green Of Farm, Natural Garden, Khmer Organic etc…)

Nous sommes actuellement à la recherche de nouveaux partenaires financeurs pour nous soutenir dans la professionnalisation de notre atelier confiturerie mais aussi de boutiques, hôtels, restaurants pouvant distribuer nos produits.

Le point important à noter est que cet atelier est là avant tout pour préparer nos jeunes à l’autonomie et autofinancer ce programme éducatif par la vente de confitures et de sirops et en aucun cas pour générer des profits.

 

Merci Valentin de nous avoir fait découvrir votre association,

Ceux qui veulent en savoir un peu plus ou qui veulent vous aider, peuvent se diriger vers le site internet et visionner une vidéo de présentation :

 

 

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Raphael Ferry

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