TEST: 2248

LY Pisith, un designer cambodgien qui parle avec ses mains

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 30/01/2021 à 02:00 | Mis à jour le 30/01/2021 à 02:00
Ly Pisith_ workshop with artisan

Artiste dans l'âme, designer de son métier, ce khmer-Barang atteint le Jardin des désirs après celui des souffrances. Il sera présent à la toute proche "Made in Siem Reap Fair" sur le quai Sisowath. Sa renommée a déjà atteint Phnom Penh, car il parvient allègrement à dépasser les frontières de la création cambodgienne.

Ly Pysith travaille l'argent et agrémente ses créations de pierres semi-précieuses. Sa boutique créée il y a dix ans à deux pas des temples d’ANGKOR, cache une histoire qui aurait pu être romanesque si elle n'avait pas eu la couleur des victimes khmères.

Tout jeune orphelin à quatorze dans la Capitale, il cherche à fuir vers le Viêtnam, est hébergé par une famille inconnue jusqu'à ce qu'il se sente assez fort pour traverser le pays à pied pendant des semaines pour franchir la frontière thaïe. Là, dans un camp de réfugiés, en 1979, il se construit une idée de la vie et de la folie des hommes, contre les affres de la peur et de la solitude. Il reprend foi en la vie et rêve d'en faire quelque chose.

La France l'accueille. À force de travailler avec ses mains (il fabrique alors des maquettes pour des architectes) et avec son intelligence silencieuse, Piseth devenu Pisith se découvre l'envie de dessiner et de créer. À Paris, il est repéré par des professionnels du design. Dix ans après les Accords de Paris, revenu en voyage au Cambodge, la peur de la folie est encore trop présente dans son cœur pour lui permettre de s'y réinstaller. Néanmoins, il s'était rapproché géographiquement en obtenant un emploi technique à Singapour. Près du pays natal, prêt à revenir.


Jusqu'au jour où il se sent capable d'accepter une offre essentielle au sein des "Artisans d'Angkor". C'est là que son propre projet de création d'entreprise prend forme. Il choisit de l'installer à Siem Reap qui l'inspire. "Self made man", il sourit à nouveau à la vie et sa personnalité discrète interpelle lorsque les Cambodgiens regardent les bijoux qu'il présente dans sa boutique " Garden of Desire".

 

Collier Ly pisith Garden of desire


Ses créations traduisent les douleurs passées. Au fil des ans, une clientèle qui comprend le sens de ses dessins apparaît et l'encourage à persévérer. Il dessine ses meubles, sa nouvelle boutique et peaufine son concept. Tous les six mois le créateur se renouvelle et à chaque collection les clients sentent que la forge fait parler les lignes et le métal. L'argent est chauffé à blanc. Il exprime quelque chose. Le mal s'est transformé en bien. En beauté. Et il transmet cette beauté aux femmes d'aujourd'hui.

Depuis dix ans, l'esprit du créateur façonne sans cesse sur papier, souvent la nuit. Puis l'atelier transforme le dessin avec le précieux métal. Pisith ne veut plus voir que le beau dans ce pays qui manque encore de réconciliation et qui le désarçonne parfois. Il recherche continuellement dans son travail la paix intérieure qu'il voudrait partager autour de lui et surtout avec ceux qui ont peur. Il voudrait que les Cambodgiens brillent. Comme ses œuvres.

 

Ly Pisith garden of desire


Cependant, son design franchit les frontières et ses bijoux continuent un voyage sidérant. Cette fois, l'entrepreneur participera à présenter fin janvier 2021 ses créations à Phnom Penh dans le "Made in Siem Reap Fair". Une étape qui en annonce d'autres. Une fierté cachée. Un pouvoir l’habite qui mérite plus d’un détour…

"Pas artiste, affirme-t-il les pieds sur terre au Jardin des désirs, mais designer" !

Jean Morel

0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Cambodge !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

Raphael Ferry

Rédacteur en chef de l'éditon Cambodge.

À lire sur votre édition locale