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La formation professionnelle, une seconde chance des jeunes ruraux cambodgiens

L’abandon scolaire et l’absence de perspectives d’avenir étaient devenus la norme dans une communauté rurale du district de Samaki Meanchey, dans la province de Kampong Chhnang. Depuis, la situation a changé. Les habitants ont désormais la possibilité d’apprendre, d’acquérir des compétences et d’améliorer leurs conditions de vie.

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Cours de menuiserie à l'atelier de Smiling Gecko Cambodia, le 24 juillet 2026. (CamboJA/Pring Samrang)
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 26 août 2026

Som Prak, 38 ans, fait partie de ceux qui ont bénéficié de cette évolution. Après avoir étudié jusqu’en classe de troisième année, il a intégré en 2020 le programme d’enseignement et de formation techniques et professionnels, ou TVET, proposé par Smiling Gecko Cambodia (SGC). Une opportunité qu’il n’aurait jamais imaginé pouvoir saisir.

« J’ai commencé sans rien savoir », raconte Som Prak. « Smiling Gecko m’a aidé, ainsi que ma famille, à augmenter nos revenus. »

Fondée en 2014 dans la région rurale de Kampong Chhnang, l’organisation SGC aide les familles vulnérables à construire des moyens de subsistance durables grâce au développement des compétences et à la formation professionnelle. Elle propose des formations pratiques dans son écoresort et sur son campus agricole, ainsi qu’un enseignement général destiné à certains stagiaires issus de familles défavorisées de la communauté.

Som Prak a consacré deux années à l’étude de l’aquaculture, parallèlement à un enseignement général. Avant d’intégrer le programme, il n’avait aucune expérience dans ce domaine et éprouvait des difficultés avec les notions élémentaires de lecture et d’écriture. Aujourd’hui, il sait lire et écrire et a acquis des compétences pratiques qui lui permettent de gagner sa vie.

Après avoir achevé le programme de deux ans, Som Prak a poursuivi sa formation pour perfectionner ses compétences. Il a ensuite été sélectionné pour travailler à Farm House, un établissement faisant partie de l’écoresort de SGC. Ce travail permet aux membres de la communauté d’appliquer directement leurs compétences professionnelles dans un véritable environnement de travail, tout en acquérant une expérience pratique supplémentaire.

« Je suis très heureux. En étudiant ici, j’ai acquis les compétences et les connaissances nécessaires pour aller de l’avant. Cela a contribué à améliorer les moyens de subsistance de ma famille », dit-il.

Pour Som Prak, cette formation lui a également donné la confiance nécessaire pour gagner sa vie après son départ de SGC. Fort de ses compétences et de son expérience pratique, il estime pouvoir obtenir des revenus plus élevés à l’avenir.

En 2025, SGC comptait 155 stagiaires inscrits à son programme de perfectionnement dans huit domaines de compétences.

À Farm House, la formation culinaire comme alternative à l’exode

 

Yan Sreymey, 21 ans, fait partie des stagiaires qui ont suivi deux années de formation en arts culinaires avant d’intégrer le programme de perfectionnement. Elle travaille désormais à Farm House.

 

la formation professionelles

Des assistants de cuisine préparent des plats pour les clients du restaurant Farm House, le 24 juillet 2026. (CamboJA/Pring Samrang)

 

Yan Sreymey a quitté l’école après la classe de neuvième année en raison de difficultés financières. En 2021, elle a été sélectionnée pour rejoindre SGC dans le cadre de son programme d’apprentissage fondé sur le travail.

« Ce programme est très utile, car nous sommes dans une zone isolée, mais les élèves et les habitants peuvent y accéder à une formation professionnelle », explique Yan Sreymey.

Le programme lui a offert la possibilité de développer des compétences pratiques sans devoir migrer pour trouver un emploi. Elle y a appris les techniques de cuisine et espère ouvrir un jour sa propre activité dans le secteur alimentaire.

Smiling Gecko Cambodia veut devenir une école TVET

Dans la campagne paisible de Kampong Chhnang, SGC ouvre un nouveau chapitre après avoir consacré plus d’une décennie à aider les familles vulnérables à améliorer leurs moyens de subsistance grâce au développement des compétences.

L’initiative, lancée pour soutenir les familles défavorisées, s’est transformée en un programme plus large de développement rural associant agriculture durable, hôtellerie, artisanat, éducation et formation professionnelle. Son approche pratique permet aux stagiaires d’acquérir des compétences et de les appliquer immédiatement dans de véritables environnements de travail.

SGC devrait devenir une école TVET officielle, ce qui pourrait élargir l’accès à l’enseignement professionnel formel pour les habitants des communautés rurales voisines.

Pour Phoeun Pheou, 27 ans, la perspective de voir SGC devenir une école TVET revêt une importance particulière.

Avant de rejoindre SGC, Phoeun Pheou travaillait dans le service alimentaire après avoir achevé sa classe de terminale à Phnom Penh. Il a intégré le programme de formation en menuiserie de l’organisation, où il a acquis des compétences qui ont changé ses perspectives de carrière.

Selon Phoeun Pheou, le fait de pouvoir étudier et travailler simultanément présente de nombreux avantages, car cela lui permet de comprendre et d’appliquer ses compétences. Il explique qu’il avait auparavant des difficultés à trouver un emploi convenable, faute de compétences professionnelles et de certification.

 

Formation Professionelle

Un employé du service alimentaire apporte les plats aux clients du restaurant Farm House, le 24 juillet 2026. (CamboJA/Pring Samrang)

Grâce à ses compétences pratiques en menuiserie et au certificat délivré par SGC, Phoeun Pheou affirme disposer de davantage de possibilités d’emploi. Il envisage toutefois aussi de créer un jour une petite entreprise dans son village.

« SGC n’est pas seulement un lieu où l’on apprend la théorie, c’est aussi un endroit où l’on se forme par l’apprentissage fondé sur le travail », explique Ngon Sokleap, directeur général de Smiling Gecko Cambodia. Selon lui, ce modèle pratique garantit la qualité des diplômés.

Ngon Sokleap indique que SGC a créé son programme d’apprentissage fondé sur le travail en 2016, après avoir constaté que de nombreux jeunes, notamment ceux âgés de 16 à 20 ans environ, quittaient l’école sans possibilité de poursuivre leurs études ou de trouver un emploi décent dans les zones rurales.

Le programme, qui constitue également un modèle dans le domaine de la formation TVET, a été conçu pour offrir une seconde chance à ces jeunes grâce à une combinaison de travail et d’apprentissage. SGC travaille actuellement à sa transformation en école TVET.

« Que les participants sachent lire et écrire ou non, nous les intégrons au programme », affirme Ngon Sokleap. « Nous leur enseignons le khmer et l’anglais, et ils progressent. Certains acquièrent également des compétences en informatique, ce qui leur permet d’améliorer leurs connaissances et leurs capacités. »

« L’école TVET devrait ouvrir en septembre et s’adresser aux personnes vulnérables âgées de 16 à 35 ans », ajoute Ngon Sokleap.

Le programme initial proposerait une formation d’un an combinant enseignement théorique en classe et formation pratique. Il permettrait aussi à des élèves venant de l’extérieur de la communauté d’acquérir une expérience pratique à Farm House.

« Nous sommes bien placés pour assurer la mise en œuvre, car nous possédons notre propre écoresort, produisons notre alimentation et accueillons des clients. Nos enseignants sont également compétents », affirme Ngon Sokleap. Selon lui, ces atouts permettent aux élèves d’acquérir de véritables compétences afin de se préparer à leur futur emploi, plutôt que de se limiter à l’apprentissage théorique.

Il ajoute que la formation TVET est devenue une priorité pour le gouvernement, le secteur privé et les partenaires du développement, alors que le Cambodge cherche à renforcer sa main-d’œuvre.

 

Formation Professionelle

La ferme piscicole de Smiling Gecko Cambodia fournit des aliments à l’écoresort et au restaurant Farm House, le 23 juillet 2026. (CamboJA/Pring Samrang)

Faire coïncider les formations avec les besoins du marché du travail

Ngon Sokleap insiste toutefois sur le fait que l’augmentation du nombre d’inscrits ne doit pas se faire au détriment de la qualité.

« La formation TVET joue un rôle important », dit-il. « C’est une voie pour ceux qui quittent l’école, perdent leur emploi ou ont besoin d’une seconde chance. Mais nous devons veiller à un point essentiel : la qualité. »

Selon Ngon Sokleap, les formations d’un an peuvent s’avérer insuffisantes pour certains métiers. Elles devraient être suivies de formations plus longues et de possibilités de perfectionnement.

En juin, le Premier ministre Hun Manet a demandé au ministère du Travail et de la Formation professionnelle d’accorder la priorité à la qualité de l’enseignement technique et professionnel, plutôt que de se concentrer sur le nombre d’inscrits. Il a également souligné les écarts existant entre les programmes de formation et les besoins du marché du travail.

L’un des principaux défis consiste à faire coïncider les formations professionnelles avec les besoins réels des employeurs, souligne Ngon Sokleap.

« Disposons-nous de données précises ? De quoi l’industrie a-t-elle besoin ? » demande-t-il. « Parfois, nous n’avons que des chiffres. Nous ne savons pas ce qu’ils signifient. Du côté de l’offre, combien d’élèves ont été diplômés et combien de professionnels sont disponibles ? »

 

Formation Professionelle

Ngon Sokleap, directeur général de Smiling Gecko Cambodia, parle à CamboJA News de la formation pratique acquise par les élèves de son programme, le 24 juillet 2026. (CamboJA/Pring Samrang)

Un décalage entre les formations et la demande peut laisser certains secteurs en manque de travailleurs, tout en produisant davantage de diplômés que d’autres secteurs ne peuvent en absorber, explique-t-il. De meilleures données sur le marché du travail et des évaluations plus précises sont donc nécessaires avant de décider combien d’élèves doivent être formés dans chaque domaine.

Selon le ministère, environ 270 000 jeunes ont suivi une formation technique et professionnelle de 2024 à mai 2026. Plus de 85 % des diplômés ont ensuite trouvé un emploi ou créé leur propre activité.

Sun Mesa, porte-parole du ministère, a déclaré à CamboJA News que les autorités accueillent favorablement les entreprises privées, les organisations nationales et les organisations internationales déterminées à développer les ressources humaines du Cambodge et à renforcer la main-d’œuvre technique.

« Nous actualisons régulièrement nos données sur le marché du travail chaque semaine par l’intermédiaire de l’Agence nationale pour l’emploi. Ces données comprennent des informations sur les métiers et la demande de main-d’œuvre », affirme Sun Mesa, tout en reconnaissant les difficultés. Il indique toutefois que des mesures ont été introduites afin de renforcer l’emploi et la formation professionnelle.

Il souligne aussi l’évolution de l’attitude du public vis-à-vis de l’enseignement professionnel. Alors que la formation TVET était autrefois considérée comme un second choix, de plus en plus de jeunes Cambodgiens perçoivent désormais les compétences professionnelles comme une voie concrète vers l’emploi et des revenus stables.

Le ministère considère également le secteur privé et les partenaires du développement comme indispensables à l’amélioration de la qualité de la formation TVET. Leur participation comprend l’aide à l’élaboration des programmes, la mise en place de stages et le partage d’expertise technique, afin que les formations correspondent davantage aux besoins des employeurs et des investisseurs.

À terme, selon Sun Mesa, le ministère souhaite mettre en place un système TVET répondant à la demande du marché du travail, tout en aidant les Cambodgiens à accéder à des emplois décents et à de meilleurs revenus.

Seoung Nimol


Avec l'aimable autorisation de CamboJA News, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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