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À Phnom Penh, Rosine transforme la culture khmère en tapisseries contemporaines.

Installée au Cambodge, l’artiste franco-khmère Rosine présente ses créations à la galerie Sra’Art, à Phnom Penh, jusqu’au 27 août 2026. Ses œuvres, réalisées selon la technique du tufting, mêlent monstres, danseuses apsaras, fleurs et références à l’imaginaire khmer.

À Phnom Penh, Rosine transforme la culture khmère en tapisseries contemporaines.À Phnom Penh, Rosine transforme la culture khmère en tapisseries contemporaines.

Née en France de parents khmers, Rosine a grandi avec une double culture. Sa famille a connu le génocide perpétré sous le régime de Pol Pot. Elle a suivi sa scolarité en France, avant d’obtenir un baccalauréat en économie, puis une licence de négociant d’art en communication artistique à l’Institut supérieur des carrières artistiques de Paris.

Elle a ensuite travaillé dans le secteur des ventes aux enchères, spécialisée dans l’organisation de ces événements. Une activité qui l’a progressivement éloignée de ses aspirations artistiques. Car elle a toujours ressenti le besoin de créer. Après plusieurs emplois, Rosine est arrivée au Cambodge, où elle a commencé par réaliser des bijoux semi-précieux. La création n’a toutefois jamais quitté son quotidien. « Je suis tout le temps dans la création », résume-t-elle.

Le tufting, une technique découverte pendant la pandémie au Cambodge

C’est durant le Covid que Rosine découvre le tufting, une technique qui consiste à implanter des fils dans une toile à l’aide d’une aiguille (punch needle) ou d’un pistolet électrique (tufting gun). « C’était peut-être le bon moment pour me lancer », raconte-t-elle. Ses premières créations intégraient déjà de nombreuses références à l’Asie. Les commandes arrivèrent progressivement et l’activité prit de l’ampleur.

Lorsqu’elle revint au Cambodge, Rosine emporta une grande partie de son matériel, notamment seize kilos de fils Oeko-Tex (sans produits nocifs). Elle dut cependant reconstruire son installation sur place, faire fabriquer des toiles sur mesure et rechercher les matériaux adaptés au climat cambodgien.

« Il a fallu repartir de zéro, trouver les bonnes colles, les bons tissus et les bons fils. Avec l’humidité, les conditions ne sont pas les mêmes qu’en France », souligne-t-elle.

Une quarantaine de créations exposées à la galerie Sra’Art de Phnom Penh

La galerie Sra’Art présente actuellement des œuvres de l’artiste réalisées entre 2025 et 2026. Rosine a également exposé à Meta House et plusieurs pièces sont actuellement visibles au Pépé Bistro, à Phnom Penh.

La série présentée à la galerie Sra’Art révèle un univers largement nourri par l’iconographie asiatique. Son univers coloré ne se limite toutefois pas à la représentation de motifs traditionnels.

Des monstres cools inspirés par les cauchemars de l’enfance

Rosine explique que ses créations sont profondément liées à son environnement familial et culturel. « Nous sommes tous plus ou moins influencés par notre environnement. J’ai grandi dans une famille bouddhiste avec des récits de fantômes et des images d’apsaras, de bouddhas et de créatures bizarres de toutes les formes et de toutes les couleurs », raconte-t-elle.

L’artiste souffrait également de terreurs nocturnes dans son enfance. Les monstres qui peuplaient ses cauchemars se retrouvent ainsi naturellement dans ses œuvres. Mais elle cherche à les rendre moins inquiétants, parfois même sympathiques.

« Pour ne plus avoir peur, j’essaie de rendre mes monstres plus humains, plus drôles. Je peux leur ajouter des lunettes de soleil ou leur donner une attitude plus décontractée », explique-t-elle.

Les mains occupent également une place importante dans son travail. Rosine reconnaît avoir développé une véritable fascination pour cette partie du corps, notamment les mains de danseuses.

« Je peins avec des fils »

Rosine considère ses tapisseries comme des tableaux. La différence tient au matériau utilisé. « Au lieu de peindre avec de la peinture, je peins avec des fils », affirme-t-elle.

La partie visible de l’œuvre n’est qu’un aspect du processus. L’artiste accorde également une grande importance aux finitions au dos des pièces. Elle utilise des tissus khmers, du ruban et différents éléments décoratifs. Chaque œuvre vendue est remise dans un sac sur mesure en tissu khmer et une carte d’authenticité. Cette démarche correspond à son refus d’utiliser des emballages en plastique.

« Cela demande du temps, beaucoup de patience et de la précision dans chaque détail, mais j’aime bien aller jusqu’au bout de la démarche, et le résultat final est encore plus beau que ce que j’avais en tête », confie-t-elle.

Rosine accepte également les commandes personnalisées. Elle a notamment réalisé plusieurs créations autour de bouteilles de vin ou de champagne. Une commande récente lui a été passée par des clients australiens qui souhaitaient offrir une œuvre à leurs grands-parents pour leurs cinquante ans de mariage.

Les clients lui avaient donné carte blanche, avec seulement leurs initiales comme indication. « Ce type de commande me permet d’expérimenter et de continuer à créer pour ne pas perdre la main », explique-t-elle.

« Va chercher bonheur », un nom lié à une période difficile

Le nom donné à son projet, « Va chercher bonheur », renvoie à une période de sa vie. Rosine explique avoir voulu retenir une formule qui l’encourage à rechercher activement des moments joyeux, malgré les difficultés. L’expression lui rappelle également un sketch de Chico, humoriste brésilien connu pour ses apparitions sur Canal+.

 

À Phnom Penh, Rosine transforme la culture khmère en tapisseries contemporaines.

« Il faut aller chercher le bonheur. Pour moi, cela signifie ne pas rester prisonnière des stéréotypes, des jugements ou d’un modèle imposé », affirme-t-elle.

Vers de premières expositions à Siem Reap, au Cambodge

Rosine continue d’exposer son travail à Phnom Penh et souhaite désormais se rapprocher de Siem Reap. « J’aimerais exposer mes tapis-tableaux dans des boutiques, dans des restaurants, des hôtels, dans des lieux artistiques. Pour le moment, les gens découvrent et connaissent très peu ou pas du tout les techniques de fabrication de mes créations. Je souhaite leur faire découvrir mon univers moelleux à travers l’art du tufting. »

Informations pratiques
27août31août

Du 27 août à 2:00

Jusqu'au 31 août à 20:00

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