Le Centre Bophana révèle l’autre visage des temples d’Angkor au temps de la guerre
À Phnom Penh, une exposition révèle le quotidien de familles réfugiées dans les temples d’Angkor pendant la guerre civile cambodgienne.


Des femmes cuisinent, des enfants jouent et des familles tentent de préserver un quotidien malgré la guerre. Ces scènes, rarement montrées, sont présentées dans l’exposition Quand les temples deviennent des maisons, au Centre Bophana de Phnom Penh, du 31 juillet au 31 août 2026.
Réalisées par le Français Jean Boulbet en 1970 et 1971, ces photographies témoignent de la vie des habitants de Siem Reap réfugiés dans les temples d’Angkor pour échapper aux bombardements et aux combats de la guerre civile cambodgienne.
Des familles de Siem Reap en quête de sécurité
La plupart des personnes photographiées sont des femmes et des enfants. Elles dorment dans les temples, y accomplissent les tâches quotidiennes et tentent de maintenir quelques repères malgré la violence.
Les monuments d’Angkor deviennent alors des abris pour les populations vivant à proximité du site, tandis que les forces du gouvernement de Lon Nol affrontent les forces communistes.
« Les gens cherchaient un endroit sûr. Les habitants installés près d’Angkor se sont réfugiés dans les temples. Nous voulons montrer ce qu’ils ont vécu pendant cette guerre », selon Chea Sopheap, directeur exécutif du Centre de ressources audiovisuelles Bophana.

L’École française d’Extrême-Orient et l’UNESCO avaient contribué à la création d’une zone neutre destinée à protéger Angkor des bombardements et à accueillir des personnes déplacées. Les travaux archéologiques ont été interrompus en 1972, puis l’Autorité de conservation d’Angkor a suspendu ses activités en 1973.
Les photographies de Jean Boulbet au Cambodge
Installé au Cambodge depuis 1963, Jean Boulbet a travaillé à Siem Reap pour l’École française d’Extrême-Orient. En 1970, il a participé à l’évacuation de ressortissants français alors que la région était menacée par les forces vietcong et nord-vietnamiennes.
Il a quitté Siem Reap pour Battambang, avant de partir en Thaïlande en 1975.
Les photographies montrent les visages, les vêtements et les gestes quotidiens d’une population confrontée à la guerre. Elles donnent aussi une dimension humaine à un site généralement associé à l’architecture et à l’histoire.
« Lorsque nous regardons ces images, nous voyons l’architecture khmère, mais aussi les personnes qui se sont abritées sous ces temples. Les visages et les vêtements montrent à quoi ressemblait le Cambodge en 1970 et 1971 », selon Chea Sopheap.
Les archives du Centre Bophana pour transmettre une mémoire
Pour le Centre Bophana, ces documents ne sont pas de simples images historiques. Ils conservent les souvenirs de personnes souvent absentes des récits consacrés à la guerre.
« Les archives sont des mémoires. Elles nous aident à comprendre le passé, à mieux nous comprendre et à transmettre cette histoire aux générations futures », selon le Centre Bophana.
L’exposition fait aussi écho aux dommages subis par plusieurs sites lors des affrontements armés de 2025 liés au différend frontalier avec la Thaïlande. Les temples de Preah Vihear et de Ta Moan auraient notamment été touchés, ainsi que des établissements de santé et des écoles cambodgiennes.
« Ces temples ne sont pas uniquement l’héritage des ancêtres khmers. Ils appartiennent au patrimoine de l’humanité. Nous devons chercher des solutions pacifiques pour les protéger », selon Chea Sopheap.
Réuni à Busan, en Corée du Sud, du 26 au 29 juillet 2026, le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO a adopté, le 28 juillet, une résolution condamnant la destruction de biens du patrimoine mondial et demandant que les responsables répondent de leurs actes.
Informations pratiquesFini le31août
Jusqu'au 31 août à 18:00
Adresse
64 Oknha Men St. (200)
Phnom Penh






