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L'Ecole du bois, la formation de menuiserie solidaire de Kampong Speu

Par Virginie Vallée | Publié le 04/11/2019 à 20:00 | Mis à jour le 05/11/2019 à 15:06
Photo : Un élève de l'Ecole du bois durant sa formation. Crédits : Laly Berthet photography
ecole du bois cambodge

Depuis 2008, un peu plus d’une centaine de jeunes Cambodgiens démunis ont été formés au métier de menuisier à l’Ecole du bois de Kampong Speu.

Kenory You, présidente et fondatrice de l’Ecole du bois, a quitté le Cambodge pour la France en 1973, avant l'arrivée au pouvoir du régime de l'Angkar. Au début des années 2000, lors d’un retour dans sa terre natale, elle constate que la génération sacrifiée par les Khmers rouges a emporté avec elle des centaines d’années de tradition, de culture et de savoir-faire qu’il va falloir réapprendre. Le royaume est alors en plein essor, le développement du tourisme et les hôtels à meubler se heurtent au manque de main-d’œuvre qualifiée. Les meubles de l’époque sont en effet soit très imposants, soit construits à l'étranger.

La fondatrice de l'Ecole du bois pose un regard optimiste sur les Cambodgiens malgré le traumatisme du régime khmer rouge : « j'ai retrouvé des gens d’une grande candeur avec la soif d’apprendre. Les Cambodgiens ont un très grand potentiel et méritent d’être heureux ». L’idée germe alors de créer une école de menuiserie. C’est la naissance de l’Ecole du bois, une association française qui accueille des jeunes – et parfois des adultes - issus des milieux défavorisés, et les forme gratuitement au métier de menuisier. Kenory You pense que les Cambodgiens peuvent participer à la reconstruction de leur royaume à condition de les former. « À l’époque les meubles que l’on trouve au Cambodge provenaient fréquemment du Vietnam, explique la fondatrice de l'Ecole du bois. Je me suis dit que nous avions les matières premières sur place et que les Cambodgiens pouvaient acquérir des savoir-faire en matière de menuiserie. »

La totalité des diplômés de l'Ecole du bois ont trouvé un travail

Le programme proposé par l’école dure un an, durant lequel les élèves sont hébergés en internat, aboutit à un niveau équivalent au CAP français. Selon les années les promotions comptent de 6 à 18 élèves. Tous arrivent avec un niveau 9 minimum (brevet des collèges). Pour parfaire leur apprentissage et gagner en expérience, les élèves les plus brillants et les plus motivés peuvent rester jusqu’à trois ans. Leur formation est alors financée par des commandes de particuliers ou d’entreprises. Les nouveaux diplômés deviennent un vivier potentiel de futurs formateurs même si bien souvent ils reçoivent des propositions d’embauches avant la fin de leur cursus.

En plus des cours de menuiserie, les élèves reçoivent des cours de développement personnel et des cours de français une heure par jour. Ces derniers sont ouverts aux enfants du village s’ils le souhaitent, une manière de laisser le village entrer dans l’école et donc de l’intégrer à la vie de la commune. « Les professeurs de français d’aujourd’hui sont d’anciennes élèves qui ont suivi assidument nos cours », se réjouit la présidente de l'Ecole du bois. L'école a été créée dans la province de Kampong Speu car il s'agit d'une des provinces avec le taux de réussite au baccalauréat le plus faible au Cambodge.

 

ecole du bois cambodge
Crédits : Laly Berthet photography

 

Chef de projet et contrôleuse de gestion de formation, Kenory You a les bagages appropriés pour mener à bien ce projet. En 2005, aidée entre autres par des formateurs bénévoles et dévoués - trois Québécois et un Français - ainsi que des fonds récoltés en France, le projet débute par la formation des futurs enseignants. En 2008 l’école est construite, les machines outils sont arrivées de France par bateau. Tout est prêt pour recevoir la première promotion d’élèves. Ceux-ci fabriqueront eux-mêmes les tables et les bancs qu’ils utiliseront. La seconde promotion fabriquera les lits des dortoirs, la troisième les placards. Une façon d'investir les élèves dans ce projet, ce qui crée un sentiment très fort d’appartenance. Les anciens apprentis sont systématiquement conviés aux remises de diplômes et deviennent parfois des intervenants à l’école. L'association a récemment développé un site pour les alumni afin de favoriser les échanges entre diplômés.

C’est avec fierté que Kenory You énumère certaines des réalisations de l’école que l’on peut admirer sur Phnom Penh : « Je n’ai pas à rougir du travail des étudiants. Les élèves de l’école ont réalisé les bibliothèques et le mobilier du restaurant de l'institut français, la terrasse de l’étage du KWest ou encore le mobilier d’un cabinet d’architecture ». Les bois utilisés sont principalement l’hévéa, le manguier ou l’acacia. Des petites pièces sont réalisées à partir de bois de chauffage. L'Ecole du bois envisage actuellement de créer un nouveau centre de formation dans une autre province.

 

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2 Commentaire (s)Réagir
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Charles2cool mar 05/11/2019 - 08:04

J'ai fait faire des meubles en 2012/2013 qui sortaient de l'ordinaire. Excellent travail des menuisiers de l'Association et .... le bois n'a pas bougé ni craqué ni "termité". Bon encadremenr! Bravo à tous

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Romel mar 05/11/2019 - 02:46

Formidable reportage! Bravo. Pas nouveau mais ce centre de formation mérite d'être connu et reconnu. Alors encore un autre reportage avec un traitement différent, avec des interviews des apprentis, et ne pas hésiter à dire comment contacter l'école.

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