Balades urbaines à Phnom Penh : les habitants acteurs de leur quartier

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 07/10/2022 à 01:00 | Mis à jour le 07/10/2022 à 08:32
Photo : Planète Enfants & Développement - Projet Hali
Planète Enfants & Développement - projet Hali

Planète Enfants & Développement conduit des balades urbaines, un outil participatif utilisé dans le cadre de son projet de soutien aux quartiers précaires de Phnom Penh (HaLI)

 

Pour Planète Enfants & Développement, l’exclusion, la discrimination, la négligence et la maltraitance infantiles sont inacceptables. C’est pour cela que l’association se bat depuis maintenant plus de 38 ans afin d’offrir aux enfants défavorisés d’Asie et d’Afrique une chance de grandir dans un environnement sain.

Dans le cadre de son projet d’amélioration des conditions de vie et d’habitat dans les quartiers précaires de Phnom Penh, l’équipe de PE&D a récemment mobilisé un nouvel outil afin de comprendre les besoins des habitants en termes d’aménagements urbains : les balades urbaines.

Une balade urbaine, c’est une visite d’un quartier avec ses habitants afin de comprendre le fonctionnement des lieux de vie communs. En amenant les habitants dans une liste de lieux prédéfinie, comme par exemple un endroit qu’ils trouvent beau, ou un dont ils sont fiers, les habitants identifient les espaces qu’ils se sont appropriés et ceux qu’ils aimeraient voir évoluer.

LePetitJournal.com a rencontré Louise Ripert, chargée de recherche pour Planète Enfants & Développement, afin d’en savoir plus sur ces fameuses balades urbaines.

 

Qu’est-ce qui justifie qu’une ONG centrée sur l’enfance s’investisse dans l’urbanisme ?

"Effectivement, le cœur de métier de l’association est l’appui à la petite enfance et PE&D met en place des programmes allant dans ce sens dans quatre pays d’intervention. Au Cambodge, un projet-pilote porté par le partenaire local de PE&D en 2016-2017 a couplé un accompagnement social avec la rénovation de l’habitat précaire. A l’issue d’une évaluation favorable, ce projet s’est muté en un programme plus ambitieux d’appui aux quartiers précaires de Phnom Penh, permis par le soutien de la Fondation Abbé Pierre et de l’Agence française de développement."

 

De manière plus générale, la maison est la cellule de base de développement et d’épanouissement des individus. Travailler sur l’habitat et l’amélioration du cadre de vie est donc essentiel pour donner aux enfants résident de ces quartiers des possibilités d’épanouissement et de réussite scolaire. 

 

Quelle a été la méthode utilisée pour identifier les problèmes et les axes de développement ?

L’ambition première de l’étude urbaine était de laisser la place à la parole des habitants : ils sont les experts de leur environnement de vie puisqu’ils le côtoient quotidiennement.

Différents outils participatifs ont été élaborés pour les accompagner à identifier leurs problématiques sociales et urbaines, leurs besoins mais également leurs ressources matérielles et immatérielles. Les balades urbaines ont notamment permis aux habitants de nous montrer à la fois les endroits auxquels ils sont attachés, où ils se réunissent ou dont ils sont fiers, mais également ceux dont ils ont peur la nuit par exemple, ou qu’ils n’aiment pas en raison des diverses pollutions. L’enjeu est bien de faire émerger une parole collective qui tente d’être la plus représentative possible afin que les habitants réfléchissent collectivement pour améliorer leur environnement de vie, au-delà des conflits d’usages.

 

Planète Enfants & Développement - balades urbaines
Balades urbaines - Facebook/ Planète Enfants & Développement Cambodia

 

 

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées lors de votre recherche ?

En tant que Française, la barrière de la langue demeure la principale difficulté de cette étude. En effet, le travail de terrain a été polyglotte : j’ai dû retranscrire des bribes de paroles en français, elles-même déjà traduites du khmer en anglais. Il est évident que la perte d’information et le risque de mal-interprétation est croissant avec le nombre de langues intermédiaires. Le problème de la double-traduction concerne à la fois la manière de rapporter le discours des différents acteurs interrogés, mais aussi de faire comprendre au facilitateur la portée de certains concepts forts et les nuances associées.

Une autre difficulté́ importante rencontrée est celle du manque d’alphabétisation de nombreuses personnes dans ces communautés. J’ai donc tenté de créer des ateliers où tout le monde puisse se sentir inclus, notamment avec des dessins, des images et des expressions.

 

Planète Enfants & Développement - balades urbaines
Ateliers projet Hali - Facebook/ Planète Enfants & Développement Cambodia

 

 

Quelles sont les applications pratiques que vous exportez de vos recherches ?

Les diagnostics urbains participatifs - incluant les balades urbaines – vont permettre de mieux connaître nos quartiers d’intervention et ainsi d’ajuster au mieux l’intervention en fonction de leurs réalités socio-économiques respectives.

 

Très concrètement, ces diagnostics vont servir à identifier les priorités en termes de micro-projets d’infrastructures collectives (voirie, assainissement, gestion des déchets, etc.) que le projet a prévu de soutenir et financer au sein de chaque quartier d’intervention.

 

Les relocalisations de populations continuent à se pratiquer au Cambodge, près des temples d’Angkor en ce moment par exemple. Quels conseils pourriez-vous donner pour qu’elles se déroulent au mieux ?

Effectivement, le cas des temples d’Angkor et des communautés vivant dans la zone Apsara dans le périmètre UNESCO - est certainement plus médiatisé mais dans le cas de Phnom Penh, ville qui connaît une urbanisation rapide et peu maîtrisée, les déplacements de population précaire sont fréquents, au grès des grands projets urbains et d’infrastructures ou encore des remblaiements de lacs.

Ces communautés installées parfois depuis trois ou quatre décennies, à la fin du régime Khmers rouges, ont, en fonction de leur niveau d’auto-organisation, une marge plus ou moins forte de négociation avec le gouvernement et la municipalité de Phnom Penh pour obtenir des compensations financières et des terrains de relocalisation. Ainsi, la circulaire 03 - qui prévoit des dédommagements en cas de relocalisation - est aujourd’hui mieux respectée. L’enjeu sous-jacent réside également dans les sites de relocalisation proposés, parfois très éloignés des services publics - écoles, hôpitaux, etc. - et des possibilités de revenus. Les ONG travaillent en collaboration avec le gouvernement pour que ces relocalisations se passent de la meilleure manière possible.

 

 

Merci Louise de nous avoir apporté cet éclairage sur votre travail. Le Petit journal a tenu à mettre en avant la démarche de Planète Enfants & Développement. Il nous semble en effet important sinon indispensable de mettre les populations concernées au cœurs des projets dans lesquels elles sont impliquées. Trop de projet, souvent pétris de bonne volonté, sont élaborés par des gens loin du terrain et manquent leurs objectifs.

Planète Enfants & Développement - balades urbaines
Ateliers projet Hali - Facebook/ Planète Enfants & Développement Cambodia

 

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Raphael Ferry

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