À 1 813 mètres, le mont Aural attire des randonneurs en quête de défi. Pour Sang Sao, guide local, cette ascension répétée des centaines de fois est devenue un métier et un engagement.


Culminant à 1 813 mètres, le mont Aural, situé dans la province de Kampong Speu, est le point le plus élevé du Cambodge. Pour certains, son ascension relève du défi sportif ou personnel. Pour Sang Sao, il s’agit d’un métier, mais aussi d’un mode de vie : depuis des années, il accompagne des visiteurs jusqu’au sommet.
Âgé de 51 ans, Sang Sao transmet aux randonneurs un sentiment de proximité avec la nature, révélant la richesse et la beauté de la forêt.
Sans équipement sophistiqué, il gravit la montagne en sandales, muni d’un simple bâton récupéré d’un arbre mort. Il accompagne les visiteurs depuis le pied de la montagne jusqu’aux nuages. Les randonneurs ouvrent la marche, tandis qu’il les guide depuis l’arrière, surveillant chacun de leurs pas et attendant patiemment qu’ils franchissent les obstacles.

Après plus de huit années passées à parcourir les sentiers du mont Aural, Sang Sao a effectué plus de 200 ascensions, sur tous types de terrains : glissants, accidentés, rocheux ou escarpés. Là où certains ne vivent cette expérience qu’une seule fois, il s’agit pour lui d’une routine qu’il maîtrise parfaitement.
« Je ne chercherai pas un autre travail. Si des clients font appel à moi, je les guiderai, peu importe la fatigue. Je veux être un exemple pour les jeunes guides et leur apprendre à être bienveillants », confie Sang Sao.
« Ne volez pas les clients, sinon ils perdront confiance dans la communauté. S’ils trouvent de l’honnêteté, ils reviendront », ajoute-t-il.
Au-delà d’une activité professionnelle, ce rôle traduit son engagement à servir de modèle pour les jeunes générations, en valorisant honnêteté et sens du service.

Il faut plus que de la force physique pour atteindre le sommet
Une ascension exigeante
Pour les randonneurs novices, le mont Aural ne constitue pas une option facile. Atteindre le site de camping avant la tombée de la nuit demande plus de cinq heures de marche. Celui-ci se situe à environ 70 % de l’altitude totale, à quatre kilomètres du pied de la montagne et trois kilomètres du sommet.
De nombreux visiteurs sollicitent les guides pour porter leurs sacs, afin de réduire leur charge. Sang Sao propose également ce service, transportant parfois jusqu’à 25 kilos, incluant effets personnels et provisions pour les repas au campement.
Tout au long de l’ascension, il encourage les participants, les aide à progresser et leur montre comment éviter les blessures. Si le parcours n’est pas particulièrement dangereux, il met à l’épreuve patience, endurance et persévérance.
Une relation humaine au fil des sentiers
La montagne occupe une place centrale dans la vie de Sang Sao. Au fil des rencontres, il échange avec les visiteurs, découvre leurs parcours et leurs histoires. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de retenir des visages ou des noms.
Lors de la montée, il recommande parfois l’usage de bâtons pour garder l’équilibre. Dans certaines situations, il installe des cordes pour sécuriser le passage, veillant en permanence sur les randonneurs, dans un environnement sans dispositif de sécurité.

Pendant la saison des pluies, les sommets n’offrent pas toujours la vue attendue. Les nuages peuvent masquer le paysage et décourager certains marcheurs. Sang Sao les incite alors à apprécier une autre dimension du lieu : une atmosphère brumeuse qui transforme la forêt en décor singulier.
Sa présence dépasse celle d’un simple guide : elle incarne une garantie de confiance, de sécurité et de service attentif. Cette attention se manifeste dès l’accueil des visiteurs à la maison communautaire, point de départ de l’expédition.
Un tourisme au service de la communauté et de la forêt
Comme ses collègues guides, Sang Sao se réjouit de voir affluer les visiteurs. Une fréquentation plus importante signifie davantage de revenus pour les habitants et contribue au soutien de la communauté locale.
Selon Sang Sao, l’afflux de visiteurs joue aussi un rôle dans la protection de l’environnement. Il observe que la fréquentation touristique réduit les activités illégales comme la déforestation, au profit de la préservation des ressources naturelles.

Sang Sao (à droite) accueille les visiteurs à la maison communautaire avant de partir pour la randonnée.
« Avant, je coupais du bois pour gagner ma vie. J’ai abandonné ce travail. J’ai rejoint la communauté touristique dès sa création. Aujourd’hui, je suis plus heureux et en sécurité », explique-t-il.
« Et puis », ajoute Sang Sao avec un sourire, « je me suis forgé une certaine réputation ».
Khorn Champa et Chhum Chantha
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone
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