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Au Cambodge, une communauté foot à la recherche de repères

Sur un air de « Samba Do Brasil », les Blues Warriors, groupe d’ultras supporters de Visakha, entament un chant à la gloire de leur équipe de football. Dans les tribunes du stade olympique de Phnom Penh, l’occasion est en effet au rendez-vous puisque, ce 19 septembre, c’est l’affiche du week-end. Le club du nord de la ville affronte Boeung Ket, une autre équipe issue de la capitale. Si, en Europe, ce type de rivalité attise les foules, au Cambodge, la popularité de ces rencontres est plus mitigée. Les tribunes restent clairsemées et deux groupes d’une cinquantaine de fans se répondent timidement. Bien que les supporters font preuve d’une motivation sans faille durant 90 minutes, la fréquentation des stades demeure un défi pour la Cambodian Premier League (CPL), qui doit faire face à des défis herculéens dans les années à venir si elle souhaite ancrer ce sport dans l’identité culturelle khmère.

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Les Blues Warriors Photo: Noé Garde
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 10 octobre 2026

Le football, le développement récent d’un sport centenaire

L’histoire du football cambodgien remonte au début du XXe siècle, lorsque le pays était encore sous le régime colonial français. Les premières compétitions ont commencé à émerger, mais l’essor du sport a été interrompu par des décennies de conflits dans les années 1970. Ce n’est que depuis les années 1990 que le football se reconstruit progressivement. Aujourd’hui, si le Cambodge présente des équipes de plus en plus compétitives, le sport peine à devenir un marqueur d’identité.

 

Les supporters devant le match

Photos: Noé Garde

Les trois premières semaines du championnat cambodgien de première division 2026-2027 ont attiré près de 28 000 spectateurs dans les stades. À titre de comparaison, la troisième journée de Ligue 1 française a enregistré le même nombre à chaque match. Autrement dit, la moyenne d’un match de Ligue 1 est légèrement supérieure au total de toutes les rencontres confondues des trois premières semaines de la CPL.

Pourtant, dans les locaux de la CPL, l’objectif est clair : faire du football un marqueur culturel au Cambodge. Pour ce faire, la C-League dispose d’une équipe d’une vingtaine de personnes, dont fait partie Pheav Marilith, responsable principale de l’engagement des supporters et du développement de la communauté footballistique.

Composer avec une communauté à différentes vitesses

Selon lui, les observations issues des enquêtes et des échanges avec les fans permettent de distinguer quatre grands types de supporters, chacun ayant des motivations et des niveaux d’engagement différents. D’abord, les passionnés de foot, qui suivent le sport sans soutenir un club en particulier, mais par amour du jeu. Ensuite, les supporters numériques qui, de leur côté, suivent principalement les matchs et l’actualité en ligne, parfois parce qu’ils ne peuvent pas se rendre facilement au stade. Puis les supporters occasionnels, qui vont au stade lorsqu’ils ont du temps libre ou qu’un match leur donne une raison particulière de se déplacer. Enfin, les ultras font preuve d’une loyauté sans faille à l’égard de leurs clubs de cœur.

 

Un supporter agite un drapeau

 

Cette typologie des supporters propose une grille de lecture intéressante qui permet, selon lui, de comprendre certains écarts. Il souligne : « Cela peut expliquer l’écart d’engagement sur les réseaux sociaux et de fréquentation des stades. »

Cette fragmentation de la communauté s’ajoute à une popularité du football encore réduite dans la société. Marilith compare : « La boxe est profondément ancrée dans la culture et l’identité cambodgiennes, tandis que la culture du football est encore en développement. » La question pour la C-League reste la même : comment attirer plus de personnes dans les stades ?

 

Tribune clairsemée

 

La C-League : un rôle pivot dans l’engagement des supporters

C’est là qu’intervient l’équipe de la C-League, et notamment Marilith, qui s’acquitte d’une double tâche. D’un côté, il accompagne les clubs dans des initiatives impulsées par la ligue pour renforcer leur ancrage local, à rebours du modèle européen, où le football s’est davantage développé à partir de la base. Il explique : « Mon rôle est de faire en sorte que les clubs s’investissent dans leur communauté. »

Il ajoute : « Les clubs doivent aller à la rencontre des habitants : visiter des écoles, participer au nettoyage de quartiers et se faire connaître comme clubs de football locaux. » Ce problème d’ancrage concerne notamment les clubs basés à Phnom Penh. Paradoxalement, la capitale, qui compte le plus grand nombre d’équipes professionnelles en première division, peine à créer des identités assez fortes pour que les habitants puissent choisir l’écusson de leur quartier plutôt qu’un autre.

 

Manager des Blues Warriors

 

« Nous voulons que les habitants puissent se dire : “Nous avons un club de football qui nous représente.” »

De l’autre côté, Marilith œuvre en soutien des supporters pour les aider à faire entendre leurs revendications auprès de leurs directions. Il confie : « J’essaie de faire le lien entre les supporters et les clubs : comprendre ce que les fans souhaitent, puis en parler aux clubs. » Sur le modèle anglais, il a, par exemple, initié l’instauration d’un Fan Engagement Standard (FES), qui oblige notamment à créer un comité consultatif incluant supporters et dirigeants.

Se confronter aux réalités actuelles

Malgré ces initiatives, la C-League doit composer avec des budgets inégaux. Marilith souligne : « Certains clubs manquent de budget et de personnel. Ils se concentrent surtout sur les résultats sportifs et n’ont pas toujours les moyens de s’occuper de leurs supporters. »

 

Tambour

 

Trouver un équilibre entre les dépenses des clubs et les attentes des supporters reste difficile. Le prix moyen d’un billet est de 5 dollars, mais certains supporters réclament des réductions. Selon Marilith, les discussions sont parfois tendues et seuls quelques clubs ont baissé le prix de leurs billets ou proposent des tarifs préférentiels pour les réservations anticipées.

La concentration des clubs à Phnom Penh complique aussi les déplacements des supporters qui souhaitent assister aux matchs. La C-League s’accorde avec le projet de la Fédération cambodgienne de football : « Elle souhaite que chaque province ait son stade et son club. Les habitants pourraient alors soutenir une équipe qui représente leur territoire. »

C’est en levant ces obstacles pratiques que la ligue cambodgienne espère atteindre son objectif final : faire du football une activité courante au Cambodge. Marilith conclut : « Nous voulons créer une culture dans laquelle, chaque week-end, les gens se disent naturellement : “C’est le week-end, allons voir un match de football.” »

Noé Garde

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