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Jérémy de France: "la Roumanie ressemble plus à un laboratoire des acquis du futur"

Par La French Tech Bucarest | Publié le 20/02/2022 à 17:40 | Mis à jour le 21/02/2022 à 12:16
Jérémy de France en Roumanie

Notre rédaction est allée à la rencontre de Jérémy de France, entrepreneur, fondateur de projets techs en France, aux Etats-Unis et en Europe de l'est (Pologne, Hongrie, Roumanie) et membre fondateur de la French Tech en Roumanie. Après avoir bourlingué un peu partout, Jérémy a décidé de poser ses valises en Roumanie pour miser sur son potentiel. Rencontre.

 

 

Grégory Rateau: Pouvez-vous nous présenter votre parcours et vos activités en Roumanie ?

Jérémy de France: J’ai fait mes études à Paris il y a 20 ans dans l’informatique en tant que développeur en croyant que le développement d’applications allait révolutionner notre quotidien dans les années à venir. Cela m’a conduit à travailler à mon compte puis en tant qu’associé et fondateur de différents projets à travers le monde. Passionné de voyages et cherchant à me réinventer en me confrontant à d’autres cultures, j'ai passé plusieurs années en tant que « digital nomad » aux Amériques, en Europe et en Afrique. Il y a 10 ans j’ai cofondé une entreprise à Palo Alto dans le domaine de la performance des organisations et des équipes via l’analyse comportementale. Nous sommes aujourd’hui présents sur plusieurs continents avec des clients prestigieux en Roumanie et en France comme UiPath et Randstat. En parallèle de ça j’ai participé à plusieurs initiatives pour relier et promouvoir les acteurs de la tech dans les pays où je travaillais. C’est donc tout naturellement que j’ai sauté le pas quand l’opportunité s’est présentée à Bucarest de monter, avec d’autres entrepreneurs, l’association French Tech. 

En parallèle de ça, je suis membre et président du club APM (Association pour le progrès du management) de Bucarest qui est un club de réflexion pour dirigeants et entrepreneurs fondé en France et comportant plus de 8000 membres à travers le monde.

Depuis 2 ans j’ai démarré une nouvelle aventure entrepreneuriale sous la forme d’un spin off d’un groupe spécialisé dans la collecte et le monitoring des prix dans la grande distribution. Aujourd’hui nous collectons et analysons au quotidien plusieurs millions de produits sur le web et dans les catalogues de promotion et nous prévoyons de sortir en 2022 une application afin que les consommateurs puissent comparer et trouver les meilleurs prix autour de chez eux.

Tout au long de mon parcours j’ai aussi été amené à investir dans une dizaine de startups ainsi qu’aider et conseiller des jeunes entrepreneurs notamment via le programme EYE « Erasmus for Young Entrepreneurs »

 

Malgré la fatalité derrière laquelle se cachent les générations anciennes, on se rend compte que le pays bouge vite et se transforme pour le meilleur. En France on s’inquiète de la disparition de certains acquis du passé alors que la Roumanie ressemble plus à un laboratoire des acquis du futur.

Après les Maldives, la Réunion, l'Île Maurice, la France puis la Californie, comment vivez-vous votre installation en Roumanie ?

Je suis issu d’une famille de voyageurs et j’ai eu la chance de passer mon enfance sur plusieurs îles de l’océan Indien avant de retourner à Paris à l’âge de 8 ans. Ce que je retiens de cette enfance c’est que j’ai pu voir des lieux et des écosystèmes magnifiques et qui, malheureusement, se sont fortement dégradés ou n’existent plus. De ce point de vue-là, ce qui m’a marqué en Roumanie, c’est la préservation de nombreux espaces naturels et d’écosystèmes uniques en Europe et dans le monde. J’espère que les jeunes générations en sont conscientes et feront tout pour les conserver. En ce qui concerne mon installation en Roumanie, la proximité culturelle et linguistique en fait une destination de choix pour nos concitoyens de la métropole. Malgré la fatalité derrière laquelle se cachent les générations anciennes, on se rend compte que le pays bouge vite et se transforme pour le meilleur. En France on s’inquiète de la disparition de certains acquis du passé alors que la Roumanie ressemble plus à un laboratoire des acquis du futur. Venant de France il peut être aussi déstabilisant d’être dans un pays où l’état est moins présent dans la vie quotidienne mais cela laisse plus de liberté, de flexibilité et on se rend vite compte de l’efficacité du bon sens dans la gestion des problèmes du quotidien.

 

Comment jugez-vous la qualité de vie ici ?

La qualité de vie n’est pas que liée au pays dans lequel on habite mais à ses attentes personnelles, son expérience de vie et aussi où on se situe dans son parcours professionnel. Dans un pays comme la Roumanie, qui redémarre après une révolution qui a eu lieu il y a seulement 30 ans, il y aura toujours des décalages entre les attentes des uns et des autres et je parlerai donc de la qualité de vie pour un jeune entrepreneur, ce qui n'est pas représentatif. De ce point de vue-là, ce pays peut offrir une qualité de vie supérieure à bien d’autres pays européens. En effet la facilité d’entreprendre et le niveau de risque financier réduit du fait d’un coût de la vie et d'un niveau de taxation inférieurs aux autres pays, permet de constituer un patrimoine de base pour envisager plus sereinement le futur et d’avoir une qualité de vie supérieure à celle qu’on aurait en Europe de l’Ouest. Avec la French Tech nous avons aidé plusieurs jeunes entrepreneurs à franchir le pas de l'expatriation en Roumanie. Aucun ne le regrette.

 

Quelles sont, selon vous, les perspectives économiques du pays, notamment dans le secteur de la tech ?

Les perspectives dans la tech sont florissantes et donc, par transitivité, le secteur de la tech étant très présent en Roumanie, les perspectives du pays le sont aussi. N’oublions pas que la startup tech européenne à la plus forte croissance de l’histoire a été fondée en Roumanie (UiPath) et que plein d’autres projets sont prêts à lui emboîter le pas. Il y a encore de nombreux problèmes à résoudre et de l’argent disponible pour financer les prochains succès. Alors, lancez-vous !

 

Quelles répercussions cette crise sanitaire pourrait-elle avoir sur la vie des start-ups ?

La crise sanitaire a accéléré la digitalisation du monde et donc a démultiplié l’activité de nombreuses startups. Cette crise a aussi imposé l’acceptation durable de pratiques autrefois marginales dans le monde du travail telles que le travail à distance (depuis la maison ou depuis un espace de coworking), les équipes distantes et les réunions virtuelles. Tout cela ouvre un champ immense de possibilités notamment pour travailler avec des talents du monde entier. Il faut toutefois faire attention à la charge mentale que cela engendre sur les membres des équipes, par conséquent, les dirigeants et cadres d’entreprises doivent encore se réinventer dans leur façon de manager. Autre conséquence indirecte de la crise sanitaire a été l’injection massive de capitaux dans les économies et les premiers à en avoir bénéficié sont les startups de la tech. Il n’a jamais été aussi facile de lever de l’argent quand on a un bon projet.

 

Quels sont les principaux défis dans le secteur de la tech pour cette année qui s'annonce difficile (pandémie, inflation, crise en Ukraine,...) ? 

Cette année est, bien au contraire, pleine d’opportunités quand on la regarde avec des yeux d’entrepreneur. La pandémie a accéléré la digitalisation de la société et des services de l'État et cela se retrouve dans les succès récents de nombreuses startups de la French Tech. Quant à l’inflation, que nous n'imaginions possible qu’en dehors de nos frontières, elle prépare le terrain au futur de la finance mondiale que sont les cryptomonnaies. Les projets dans ce secteur deviennent solides et une fois la phase spéculative passée, ils emporteront une adhésion massive de l’ensemble des populations qui ne verront plus d’intérêt à confier aux États et banques centrales la politique monétaire. De nombreuses startups françaises et roumaines sont leaders dans ce secteur et continueront de se développer et d’innover cette année.

En ce qui concerne la crise en Ukraine, vu sous l’angle de la tech, on constate que bien avant le moindre mouvement de chars, l’Ukraine a subi une tempête de cyberattaques, composante moins médiatisée des guerres du futur. L’année dernière s’est créé en en Roumanie le centre européen de cyberdéfense qui sera bientôt plus utile que le fait d’avoir un autre porte-avions dans notre armée. Ce secteur est en plein développement et la cyber sécurité doit faire partie de la stratégie IT des dirigeants politiques ou d’entreprises.

Pour finir, d’un point de vue économique, le secteur des entreprises tech aux États-Unis pèse plus que le PIB de la Russie (qui est en plus constitué pour 1/3 de l’exploitation des ressources naturelles) et nombreux fondateurs des géants de la tech sont d’origines ex-soviétiques. C’est dommage pour la Russie qui a laissé fuir depuis plus de 30 ans ses talents et se retrouve avec une stabilité économique indexée sur le cours du pétrole, obligeant son gouvernement à chercher des problèmes extraterritoriaux pour détourner l’attention de la population de son bilan économique.

 

 

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Grégory Rateau

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