Mardi 22 juin 2021
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Dernier jour pour “Dévisager” l’exposition au Centre Pompidou

Par Bernard Frontero | Publié le 22/04/2021 à 18:03 | Mis à jour le 25/04/2021 à 18:33
Photo : Akram Zaatari, Collection Centre Pompidou, Paris
Portrait exposition Dar la Cara Akram Zaatari Centre Pompidou Malaga

Le portrait fait partie des mythes fondateurs de l’image. Couvrant les cinquante dernières années, l'exposition «Dar la Cara (Dévisager)» - présentée au Centre Pompidou Málaga jusqu’à ce dimanche 25 avril 2021 – se penche sur l’histoire récente de cette pratique telle que les artistes l’ont réinventée face à l’emprise croissante de la société de contrôle et des médias de masse.

À l’heure de la reconnaissance faciale, l’exposition remonte le fil de l’histoire jusqu’aux années 1970. Au cœur des luttes émancipatrices, l’appareil photographique et la caméra ont été investis en tant qu’outils critiques pour déconstruire, à partir de l’individu, la société tout entière. La conscience se fait jour que les images ne reflètent pas la réalité mais la construisent, elles en façonnent et en diffusent les normes et les valeurs.

C’est dans ce contexte que l’art du portrait défend de manière stratégique son attachement au singulier. Provoquer et détourner, recouvrir ou exposer, déformer, travestir, effacer, refuser, sont autant de gestes qui, à travers la complicité instaurée entre l’artiste et son modèle, ou entre l’artiste et sa propre image, contribuent à démentir toute attente d’une représentation transparente de l’individu.

Dar la Cara Pompidou Malaga

Le « dévisagement » est alors l’espace de liberté qui se joue entre soi et l’autre – ou le soi comme autre – dans un espace intime qui fait figure de microcosme social. L’exposition réunit vingt-six artistes travaillant avec l’image fixe et l’image animée, et plus de quarante œuvres issues des collections Photographie et Nouveaux médias du Musée national d’art moderne – Centre Pompidou, créant un rythme particulier entre le temps suspendu de la photographie et l’animation des images dans les films, les vidéos et les diaporamas.

L’exposition est introduite par un prologue dédié aux origines du portrait photographique.

Née dans la première moitié du 19e siècle, la photographie connaît un essor rapide grâce au portrait commercial pratiqué dans des ateliers des grands boulevards à Paris. Le portrait-carte de visite démocratise et standardise les codes du portrait, mais contribue aussi à « formater » la représentation de l’être humain. 

Dans l’entre-deux-guerres, les surréalistes affichent leur goût pour les formes vernaculaires de la photographie, à la fois pour leur caractère désuet et leur expressivité visuelle. Ces portraits du 19e sont issus de la collection d’Eli Lotar, photographe d’avant-garde proche du surréalisme, dont l’œuvre et les archives sont conservés au Centre Pompidou.

Première section de l’exposition “Walk on the Wild Side”

Dar La Cara Pompidou Malaga
Jürgen Klauke, Transformer, 1973

Passé ce prologue, la première section de l’exposition, Walk on the Wild Side, emprunte son titre à une célèbre chanson écrite par Lou Reed en 1972. Elle réunit des performances réalisées dans les années 1970 par Eleanor Antin, Anthony Ramos et Jürgen Klauke, captées sur support photographique, filmique et vidéo. À travers le travestissement et le maquillage corporel, ces trois artistes déplacent subtilement les marqueurs de genre et de race pour en dévoiler l’artifice.

Deuxième section: La fin du portrait psychologique

Dar la Cara Pompidou Malaga
Thomas Ruff Portrait (O. Cleslik), 1990

Dans la deuxième section est évoquée La fin du portrait psychologique au tournant des années 1980. Le film expérimental de Theresa Hak Kyung Cha, les photographies de Thomas Ruff et de Patrick Tosani élaborent chacun à leur manière une version du « degré zéro » du portrait. Ils livrent une critique de l’image en tant que support déchiffrable de l’identité individuelle. Le visage s’absente et l’évidence de l’empathie visuelle se brise.

La troisième section explore le retour à la picturalité

Dar la Cara Pompidou Malaga
Cindy Sherman Sans titre #141, 1985

 

Comme un tableau, la troisième section de l’exposition, explore le retour à la picturalité.

L’idée de la photographie comme tableau, relancée avec le postmodernisme au cours des années 1980 et 1990, a partie liée avec l’exposition assumée d’une mise en scène.

Les portraits et autoportraits de Gilbert & George, Clegg & Guttmann, Cindy Sherman, Suzanne Lafont et Patrick Faigenbaum oscillent entre la présence du modèle individuel et l’imaginaire culturel et social que l’image construit.

La performance filmée d’Esther Ferrer, originaire de San Sebastián, prolonge cette idée en produisant à partir de son propre corps une multitude d’images.

Dar la Cara
Esther Ferrer (Esther Ferrer Ruiz, dit) Las cosas (Les Choses), 2006

 

 

 

Quatrième section: Une inquiétude culturelle

Dar la Cara Pompidou Malaga
Valérie Belin Sans titre, 2003

 

La quatrième section, Une inquiétude culturelle, aborde les simulacres et les trompe-l’œil de l’image-fétiche.

 

En écho aux mannequins et poupées du surréalisme, les photographies de Bernard Faucon et de Valérie Belin instaurent un trouble entre le mort et le vivant.

Samuel Fosso et Zoe Leonard interrogent ce que les représentations fixent et stigmatisent en alimentant le racisme et le rejet de la différence.

 

La vidéo de Lucy Gunning saisit une vérité dans l’apparence la plus insolite de ses modèles.

Cinquième section: Manifestes de l’intime

Dar la Cara Pompidou Malaga
Wolfgang Tillmans Suzanne & Lutz, white dress,army skirt,1993

 

Sous le titre “Manifestes de l’intime”, la cinquième section suit la photographie et la vidéo dans l’expression d’états de corps différents.

 

Dans les années 1980 et 1990, Nan Goldin puis Wolfgang Tillmans font de l’instantané photographique un lieu d’écriture collective, où affirmer une autre façon de vivre.

Rineke Dikstra donne un cadre à des moments de transition extrême, ceux que vivent les jeunes toreros au sortir de l’arène.

 

LaToya Ruby Frazier et Zanele Muholi, au tournant des années 2000, interrogent l’invisibilisation de communautés menacées.

 

 

Sixième section: Passions et caractères

Dar la Cara Pompidou Malaga
Bruce Nauman Good Boy, Bad Boy, 1985 - 1986

Dans la section Passions et caractères, l’installation vidéo de Bruce Nauman, Good Boy Bad Boy (1985) voisine avec une série photographique d’Alain Baczynsky et un diaporama vidéo de Markus Hansen. Chacune à leur manière, ces trois œuvres réinterprètent le portrait comme sismographe des émotions individuelles.

Éditer la société: hommage au photographe libanais Hashem el Madani

Dar la Cara Pompidou Malaga
Hommage à Hashem el Madani par Akram Zaatari

La dernière section, Éditer la société, constitue un chapitre monographique. Cependant, il est consacré à deux artistes libanais qui appartiennent à deux générations différentes. Akram Zaatari, artiste et co-fondateur de la FAI (Fondation Arabe pour l’Image), rend hommage à Hashem el Madani, photographe et propriétaire du studio Shéhérazade à Saida. Travaillant à partir des 500 000 négatifs de ce dernier, Zaatari parvient à « éditer » l’image de la société libanaise avant la guerre civile à travers les portraits de studio de son aîné.

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Cet article n’aurait pas été possible sans la Direction de la communication et du numérique, et plus particulièrement nous tenons à remercier M. Timothée Nicot, attaché de presse au Centre Pompidou Paris, responsable des projets internationaux.

Exposition “DÉVISAGER” LE PORTRAIT INCERTAIN PHOTOGRAPHIE ET VIDÉO, 1972–2011 

Centre Pompidou Malaga, 3 DÉCEMBRE 2020–25 AVRIL 2021

Commissariat Florian Ebner, conservateur, chef de service du cabinet de la Photographie et Marcella Lista, conservatrice, cheffe de service de la collection Nouveaux Médias. Avec Damarice Amao, attachée de conservation, cabinet de la Photographie et Anaïs Brives, attachée de collection, collection Nouveaux Médias-Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris.

 

Il vous reste jusqu’à, dimanche pour visiter cette superbe exposition qui retrace 40 ans de la photographie...LePetitJournal.com vous en montre quelques images...

 

 

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bernard frontero

Bernard Frontero

Directeur de l’édition LePetitJournal.com/Andalousie. Ayant collaboré avec la presse francophone au cours de 25 passionnantes et dynamiques années en assurant la direction de centres culturels français à travers le monde
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