Un centre français de technologie et d’innovation verra le jour à Séville en 2025

Par Laure Linot | Publié le 07/06/2022 à 18:00 | Mis à jour le 08/06/2022 à 08:54
Photo : Sur l'île de la Cartuja où va être construit le Centre
Cartuja Sevilla Centre Tech Innovation

La Mission Laïque Française (MLF) et le Lycée Français de Séville (LFS) vont construire un site pilote en Andalousie : le centre français de technologie et d’innovation. Situé sur l’île de la Cartuja, il sera construit sur une parcelle de 13 200 m2 au pied de la Torre Sevilla. Point de synergie entre l’innovation technologique, éducative et entrepreneuriale, il accueillera en son cœur le nouveau LFS.

Le jeune lycée français de Séville est en passe de connaître une nouvelle révolution. Créé en 2008 à la demande d’Airbus pour scolariser les enfants de ses salariés, le LFS veut aujourd’hui devenir un lieu de référence en matière d’innovation et de pédagogie. Loin des 38 enfants scolarisés l’année de son d’ouverture, le LFS recense aujourd’hui 330 élèves et pourrait bien doubler ses effectifs en devenant partie intégrante du futur centre français de technologie et d’innovation.

Ce projet ambitieux est porté depuis quatre ans par la Mission laïque française (MLF) et Joseph

Joseph Hadjadj
Le proviseur M.
​​Hadjadj 

Hadjadj, le proviseur du LFS, accompagné par ses équipes et Maria Gonzalez, la gestionnaire du lycée. Grâce au concours de la Junta de Andalucía, de l’Ayutamiento de Sevilla, de la CCI franco-espagnole et de nombreux autres partenaires comme PCT Cartuja (le parc technologique de Séville) ou le JRC (le centre commun de recherche de l’Union européenne) ce nouveau centre sortira de terre à la rentrée 2025. Il accueillera en son sein les nouveaux bâtiments du LFS mais également un centre d’innovation où se croiseront chercheurs, étudiants et start-up. Le Petit Journal a interrogé Joseph Hadjadj pour en savoir plus sur ce projet pilote en Andalousie.

Joseph Hadjadj est le proviseur du LFS depuis 2017. Ancien principal adjoint à Salon-de-Provence, il a choisi l’Andalousie comme première terre d’expatriation. Il poursuit actuellement son deuxième mandat à la direction du LFS et devrait voir aboutir le projet du centre français de technologie et d’innovation avant la fin de son possible troisième mandat.

 

lepetitjournal.com : Qu’est-ce que le centre français de technologie et d’innovation ?

Joseph Hadjadj : C’est un centre dédié à l’innovation éducative, technologique et entrepreneuriale. Il sera composé du Lycée Français de Séville (LFS) et d’un pôle technologique d’innovation. Celui-ci comportera un espace de coworking, un Fablab ou encore un amphithéâtre et des salles de réunion. Ce centre de technologie s’adressera à la fois aux élèves du LFS mais aussi à la société civile. L’idée est de pouvoir organiser des évènements avec des startups, des étudiants, des universités, des entrepreneurs locaux ou venus de France et d’Europe. Avec la CCI franco-espagnole et nos autres partenaires sur place, l’idée est de créer des synergies avec les universités françaises et sévillanes, les entreprises françaises et celles de PCT Cartuja, le parc technologique de Séville. En résumé, on souhaite créer du lien entre les élèves du lycée, les étudiants, les chercheurs et les entrepreneurs.

Centre Tech Innovation Seville
Plan du futur centre (le centre mesurera entre 6000 et 8000 m2)

 

On réfléchit même à d’autres hypothèses pour l’avenir.  Par exemple, le LFS pourrait proposer un cursus post-bac, en fonction des partenariats qu’on pourra tisser avec les universités. Le LFS connait déjà un partenariat avec l’université ADELPHI de New-York depuis 2020. Sur ce modèle, l’idée serait de réfléchir à une sorte de classe préparatoire pour proposer un double diplôme franco-espagnol en ingénierie, par exemple.

On a pensé à quelque chose de plus large qu’un lycée français

Quelle a été la genèse du projet ?

Tout a commencé en 2018. A cette époque, la MLF nous a demandé de mettre en place une étude de marché pour connaître l’avenir du LFS dans le paysage sévillan et andalou. La question se posait, car le lycée français est hébergé dans l’ancien immeuble de la presse - el Edificio de la prensa - utilisé lors de l’exposition universelle de 1992.

Lice Frances Sevilla La Cartuja
Photo de l'actuel LFS, situé dans l'edificio de la prensa

 

Le LFS loue donc des locaux dans un bâtiment qui n’est pas à l’origine un établissement scolaire. Il les partage d’ailleurs avec une école de commerce, une administration publique et un bar-restaurant. Cette étude de 2018 a montré que le lycée français avait un vrai potentiel de croissance à Séville s’il se dotait de réelles infrastructures sportives et culturelles. C’est à cette condition que le LFS saurait être attractif pour le public et les familles sévillanes. Jean-Christophe Deberre, le directeur général de la MLF de l’époque, nous a donc demandé de nous mettre en recherche d’un terrain emblématique pour construire un nouveau lycée.

Après plusieurs ajustements dans le projet, on a finalement décidé d’acheter un terrain sur l’île de la Cartuja, le secteur où est déjà implanté le LFS. C’était l’idéal pour conserver nos racines et notre proximité avec le PTC, le parc technologique de Séville. Sans oublier le potentiel de croissance de ce quartier dans lequel 30 000 personnes travaillent au quotidien. La Junta de Andalucía et la mairie de Séville nous ont beaucoup aidé dans ce projet. Une discussion s’est à nouveau engagée en mai 2021 avec Miriam Del Campo, la directrice du patrimoine de la Junta de Andalucía, pour l’achat d’un terrain. Et le 24 mai 2022, la Junta a validé la vente directe d’un terrain public de 13 200 m2 situé au pied de la Torre Sevilla, un lieu emblématique à l’entrée de la ville. Comme cette parcelle a un usage urbanistique particulier, nous devions développer un projet à vocation sociale. Nous ne voulions pas seulement construire un établissement scolaire. Le projet d’un centre français de technologie et d’innovation est donc né. Il prend tout son sens avec l’environnement local de Séville : le centre commun de recherche de la commission européenne (le JRC) et le parc technologique sont aussi implantés sur l’île de la Cartuja. La demande de collaboration avec les startups est très forte. Ce projet est d’ailleurs appuyé par de nombreux partenaires, comme l’ambassade de France, le directeur du parc technologique Luis Pérez Díaz, la CCI franco-espagnole et le JRC notamment. Ce centre unique en son genre va redonner une nouvelle vie à cette parcelle inutilisée depuis plus de 30 ans.

Nous devons trouver un nouveau modèle économique

Comment sera financé ce centre français de technologie et d’innovation ?

Le financement est entièrement pris en charge par la Mission Laïque Française (MLF). Le budget prévisionnel s’élève entre 12 et 14 millions d’euros. Nous sommes aussi ouverts à des partenariats. Le modèle économique du LFS, qui est actuellement financé par les coûts de scolarité des familles, ne sera pas suffisant pour faire vivre un centre comme celui-ci. Il n’est pas prévu de faire supporter cet investissement à nos parents d’élèves. Nous voulons trouver d’autres sources de financement à travers l’organisation d’événements, la location des salles de réunions, des espaces de coworking ou du Fablab. Ce Fablab pourrait être doté d’imprimante et de découpeuses laser, d’imprimante 3D etc… Des étudiants et des entrepreneurs pourront s’inscrire, sous forme d’abonnement, pour venir développer des projets et bénéficier de son matériel de dernière génération. Le Fablab aura sa propre gestion ce qui lui permettra d’être aussi ouvert en dehors des heures de cours.

 

Quel est l’objectif de ce futur centre français de technologie et d’innovation ?

Il existe une vraie pénurie d’étudiants en Sciences. Le parc technologique PCT Cartuja et les entreprises l’ont bien compris : elles veulent promouvoir l’accès aux études scientifiques pour tous. Notre objectif est d’ouvrir le centre français de technologie et d’innovation à d’autres établissements scolaires pour travailler sur des problématiques comme le plurilinguisme ou le multiculturalisme. C’est aussi l’occasion de nouer des échanges avec d’autres établissements, qu’ils soient privés ou publics. Nous souhaitons faire du LFS un établissement de référence et mobiliser la société andalouse et sévillane. Aujourd’hui, le LFS compte une classe par niveau. Avec l’ouverture de ce centre français de technologie et d’innovation, l’objectif sera de doubler les effectifs du LFS à 2 classes par niveau, soit d’arriver à environ 700/800 élèves entre 2028 et 2030.

 

Ce projet est-il aussi innovant en matière pédagogique ?

Ce futur centre de technologie est une occasion rare pour l’équipe pédagogique car elle va participer à la construction de son propre outil de travail. On mène donc déjà une réflexion : l’idée n’est pas seulement de prendre nos valises et de déménager notre mobilier en 2025, mais bien de proposer une nouvelle offre éducative, elle aussi innovante. Avec la construction de ce nouveau LFS dans le centre de technologie et d’innovation, on continuera toujours à préparer les élèves au baccalauréat. Mais nous souhaitons aller plus loin et nous occuper des élèves dans leur globalité, à la fois dans la classe et hors de la classe. On a donc monté un groupe de pilotage pour un construire un nouveau projet éducatif et pédagogique. On travaille d’ores et déjà avec Pascale Toscani, chercheuse en neurosciences. Elle est à la tête du laboratoire « Grene monde ». Cette professionnelle va nous accompagner pendant 2 ans pour réfléchir à des thématiques essentielles comme les compétences de vie, les profils d’apprenants, la redimension des espaces… Avec l’éclairage des neurosciences éducatives, cette spécialiste va nous guider pour redéfinir notre offre éducative et faire le point sur ce qui fonctionne ou ce qui ne fonctionne plus avec les élèves à propos de la mémoire, de la diversification des apprentissages, de l’attention, ou encore de l’empathie. D’ores et déjà, le LFS de Séville innove car il ouvrira une section européenne en classe de seconde à la rentrée 2022

Laure Linot

Laure Linot

Journaliste web pour l’édition LePetitJournal.com/Andalousie, spécialiste des Médias et de l’Education, passionnée par la culture franco-espagnole. Entre France et Espagne, suite à une carrière de 17 ans comme journaliste et reporter à France Télévisions.
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