Madame Tussaud : entre destin incroyable et légendes macabres

Par Léonie Bayon | Publié le 04/04/2022 à 19:11 | Mis à jour le 04/04/2022 à 19:20
Photo : Immanuel Giel - wikimedia
statue de cire à madame tussaud

Il y a maintenant deux cents ans, Madame Tussaud ouvrait son premier musée à Londres, visité aujourd’hui par près de 2,5 millions de visiteurs par an. Peu de monde, en revanche, connaît l’histoire qui se cache derrière la construction de cet empire.

 

Les musées Madame Tussaud sont actuellement présents dans une vingtaine de pays. Des statues de cire plus ou moins réussies mais qui ont fait la légende de sa créatrice il y a plus de deux siècles. Pourtant, ces statues cachent bien des secrets, et parfois des origines des plus macabres.

 

Un destin étroitement lié à la France

Avant de devenir Madame Tussaud, Marie Grosholtz, descendante de bourreaux, naît à Strasbourg en 1761 et est élevée dans la maison de Philippe Curtius, anatomiste célèbre pour ses statues de cire, exposées boulevard du Temple, à Paris. Sa spécialité : la « caverne des Grands Voleurs » où sont copiés les grands criminels de l’époque et où plus de 2 000 curieux se pressent chaque jour dès son ouverture en 1782.

 

Aux côtés de Curtius, Marie Grosholtz apprend l’art du modelage à la cire alors en vogue et sa première statue, représentant Voltaire, dévoile un talent précoce. Réalisant par la suite les sculptures de Jean-Jacques Rousseau et Benjamin Franklin, elle aurait enseigné ses talents à la sœur du roi Louis XVI.

 

Mais en 1789, tout bascule. La Révolution française éclate et les révolutionnaires l’accusent d’être acquise à la cause monarchiste. A la suite d’un court emprisonnement en 1793, Curtius et son apprenti sont forcés d’adapter leurs œuvres à la situation politique et sont pressés de réaliser les masques mortuaires des exécutés. Autrement dit, des moulages réalisés sur des têtes très souvent tranchées.

 

Un départ pour l’Angleterre qui forgera sa destinée

Au début du 19e siècle, mariée à François Tussaud, Marie fait la connaissance de Paul de Philipsthal, célèbre pour ses spectacles fantasmagoriques projetés à la « lanterne magique » effrayant tous ceux qui y assistent. Il lui propose alors de développer ses spectacles en Angleterre et, malheureuse dans son mariage, Marie accepte.

 

A Londres et ailleurs, Marie fréquente les foires, alors en plein boom au début du siècle. Les commerçants y viennent de partout pour y vendre leurs objets et leurs bétails avant le début des spectacles. Marie décide alors de suivre le chemin des foires pour y exposer ses œuvres sous le nom du « cabinet de curiosités de Curtius ». Face à la réussite de son entreprise continuée sans Paul de Philipsthal, elle ouvre, en 1835 le tout premier Musée Tussaud à Baker Street à Londres où les britanniques peuvent expérimenter le grand frisson. En 1837, c’est la consécration : la reine Victoria elle-même accepte d’être sculptée. Jouant sur le sensationnalisme et le voyeurisme de la population, Marie Tussaud prétend toutefois éduquer le peuple grâce à ses statues de cire.

 

La Chambre des horreurs : des modèles guillotinés ?

La Chambre des horreurs, célèbre partie de l’exposition du musée inspirée de la caverne de Curtius, exposait jusqu’à sa fermeture en 2016 les visages de célèbres meurtriers. Des visages qui auraient été sculptés directement après leur passage sous la guillotine.

 

Dans cette chambre des horreurs furent exposés les grandes figures de la Révolution qu’elle avait « côtoyées » à leur sortie de l’échafaud. Selon la légende, si les figures de Robespierre, de Marie-Antoinette ou de Marat et autres criminels exposés étaient si réalistes, c’est parce qu’elle les avait moulées et modelées alors que leur tête était tout juste tranchée. Une anecdote qui a permis d’installer Marie Tussaud dans la légende mais qui serait en réalité la plupart du temps infondée, les historiens privilégiant la piste des portraits comme modèles.

 

Ces musées ont connu et connaissent toujours un succès retentissant, grâce à la femme d’affaires qu’était Marie Tussaud, malgré des écrits et mémoires romancés et à la véracité discutable des mythes qui l’entourent, qui ont toutefois permis de créer le mystère et l’engouement autour de ses œuvres.

 

 

Léonie Bayon journaliste stagiaire à Londres

Léonie Bayon

Etudiante à Sciences Po en stage à la rédaction. Passionnée et aspirante journaliste.
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