Découvrez les 4 finalistes du Trophée Education des Trophées des Français de l'étranger 2026, parrainé par le CNED.


Qui va succéder à Pascal Jousse, lauréat du Trophée Education lors des Trophées des Français de l'étranger 2025 ? En attendant la réponse en mars prochain, retrouvez les profils des quatre finalistes de cette édition 2026.

Charlotte Courtois, Fondatrice et directrice de Konstelacio (Espagne)
Le parcours international de Charlotte Courtois s’est construit dans la durée, à la croisée de l’engagement de terrain, de la recherche académique et de l’action éducative. Tout commence à l’adolescence, lors d’un premier séjour en Australie, qui agit comme un déclencheur. Elle y découvre que les cadres de lecture du monde ne sont pas universels et que la rencontre interculturelle commence souvent par un déplacement intérieur. Cette intuition orientera durablement ses choix d’études et de vie.
Après un cursus en commerce international entre Reims et Madrid, Charlotte vit quatre années en Espagne, où elle fait l’expérience concrète du quotidien interculturel. Elle s’intéresse très tôt aux récits comme leviers de compréhension, consacrant un premier mémoire à l’usage du storytelling comme outil de sensibilisation à la diversité culturelle en entreprise. Elle poursuit ensuite avec un master en sociologie et anthropologie, spécialisé dans les migrations et les relations interethniques, et consacre son second mémoire à la diversité culturelle en entreprise, interrogeant l’écart entre engagement affiché et pratiques réelles.
À 24 ans, Charlotte entreprend seule un tour du monde de quinze mois, principalement en Amérique latine, en Afrique, en Asie et dans le monde arabe. Loin d’un voyage touristique, cette immersion prolongée lui permet d’observer la complexité du travail en équipes multiculturelles et de nourrir une approche fondée sur l’écoute et l’adaptation aux contextes locaux. Elle vivra ensuite deux ans et demi en Australie, puis une année en Tunisie, consolidant des partenariats durables sur le terrain.
En 2011, cette réflexion prend une forme concrète avec la création de Konstelacio, une ONG aujourd’hui reconnue par l’UNESCO et parrainée par la comédienne Bérénice Bejo. L’association œuvre à promouvoir le dialogue interculturel auprès des enfants et des jeunes, à travers des approches sensibles et accessibles : jeu, art, écriture, musique ou cuisine. En quinze ans, Konstelacio a mené des projets dans 16 pays et sensibilisé plus de 5 400 enfants, en co-construction avec des enseignants, artistes, ONG locales et institutions.
Parallèlement à son action associative, Charlotte développe une activité de conférencière et formatrice à l’international, intervenant auprès d’entreprises, d’institutions et d’établissements éducatifs. Sa conférence signature, « Compétences interculturelles : les clés d’une collaboration performante et efficace », met l’accent sur les compétences humaines — curiosité, empathie, capacité à se décentrer — plutôt que sur des différences culturelles figées. Son approche s’appuie largement sur le récit d’expériences vécues, convaincue que le vécu éclaire souvent mieux que la théorie.
Soucieuse de rendre ces enjeux accessibles au plus grand nombre, elle crée également le podcast Surprises Interculturelles, dans lequel elle partage des anecdotes du quotidien révélant les logiques culturelles à l’œuvre derrière des situations en apparence anodines.
Son engagement est reconnu par de nombreuses distinctions, dont sa nomination comme Jeune Leader pour la Paix par l’UNESCO, faisant d’elle la seule Française à porter ce titre. Elle est également lauréate des Trophées du management – Neoma Alumni, du prix Artisans d’un monde plus humain (Up for Humanness), ainsi que du Prix Coup de Cœur de l’Académie Charles Cros pour le projet musical Lyra.
Aujourd’hui, Charlotte Courtois poursuit un engagement constant : transmettre des outils concrets pour mieux vivre la diversité culturelle et rappeler que la paix se construit aussi dans les salles de classe, les ateliers créatifs et les récits partagés. Une conviction qu’elle résume ainsi : l’interculturel n’est ni abstrait ni réservé aux voyageurs, mais une compétence profondément humaine, qui se cultive dans l’écoute, l’humilité et la curiosité.

Muriel Huet, Fondatrice de Épelle-Moi Afrique du Sud et Cofondatrice de Cinema TAKE (Afrique du Sud)
Depuis son départ de France en 2004, Muriel a consacré plus de vingt ans à promouvoir la langue française, l’éducation et le dialogue interculturel à travers le monde. Son engagement a débuté en Allemagne, où elle découvre sa vocation comme assistante de français, avant de poursuivre à Londres, où elle obtient un PGCE et un Master en éducation, se qualifiant comme professeure de français.
Depuis 2010, elle collabore avec le British Film Institute (BFI), animant conférences et formations pour enseignants, autour de l’usage du cinéma francophone et du court métrage comme outils pédagogiques. Cette approche innovante allie langue, culture et éducation, contribuant à renouveler les pratiques d’enseignement du français pour des jeunes de 10 à 25 ans et des enseignants dans plusieurs pays.
En 2016, Muriel entreprend un tour du monde consacré à l’éducation, visitant établissements scolaires et rencontrant enseignants et acteurs éducatifs sur plusieurs continents. Cette expérience renforce sa vision : le français peut être un levier puissant de dialogue et de coopération interculturelle lorsqu’il est enseigné de manière contextualisée et inclusive.
Installée depuis huit ans en Afrique du Sud, elle y a fondé sa famille et deux associations : Épelle-Moi Afrique du Sud, qui touche plus de 1 000 élèves par an dans les écoles françaises, en Afrique du Sud, au Lesotho et au Malawi, en priorité des communautés francophones défavorisées, et Cinema TAKE, qui utilise le cinéma pour l’éducation et le dialogue interculturel. Chaque année, Cinema TAKE permet à des jeunes de townships sud-africains de présenter leurs courts métrages au festival Cinéma, Cent Ans de Jeunesse en France, seul projet africain participant à ce festival international d’origine française.
Muriel forme également 100 enseignants de français par an et enseigne à l’université WITS, touchant environ 100 étudiants par an. À travers ces actions, elle fait rayonner la francophonie de manière inclusive et vivante, en construisant des ponts durables entre cultures et générations.
Ce parcours est reconnu par plusieurs distinctions, dont un prix pour l’innovation dans l’enseignement des langues étrangères décerné par The Educators Company à Londres, saluant sa pédagogie innovante autour du cinéma et des courts métrages.
À travers ses associations, formations et projets éducatifs, Muriel met en pratique une conviction simple : la langue française est un vecteur de dialogue, de créativité et d’émancipation. Elle forme les jeunes et les enseignants à une francophonie vivante et contemporaine, en Afrique australe et au Royaume-Uni, tout en créant des espaces de rencontres interculturelles uniques et durables.

Alexandra Lopis, Co-fondatrice d’Et Baam Média Production (Canada)
Arrivée à Montréal à l’âge de 7 ans, Alexandra Lopis grandit et effectue l’essentiel de sa scolarité au Collège International Marie de France (CiMF), au sein du réseau de l’AEFE, de l’entrée en CM2 jusqu’à l’obtention de son baccalauréat en 2006. Cette scolarité internationale façonne durablement son ouverture au monde et son regard critique, tout en ancrant un attachement profond à l’établissement dans lequel elle s’est construite personnellement et académiquement.
Après le lycée, Alexandra retourne en France pour poursuivre des études universitaires et débuter sa carrière de journaliste. C’est à cette période qu’elle cofonde un média indépendant, puis l’association Et Baam Média Production, dédiée à l’éducation aux médias et à l’information (EMI). L’objectif est clair : développer l’esprit critique et la compréhension des médias auprès de publics variés — enfants, adolescents et adultes — à travers des formats pédagogiques accessibles.
En 2016, Alexandra choisit de revenir s’installer à Montréal. En parallèle de son activité de journaliste, elle poursuit activement son engagement associatif. Elle continue de codiriger Et Baam Média Production et participe à la conception et au développement d’outils et d’ateliers pédagogiques en EMI. À Montréal, elle intervient comme travailleuse autonome, en s’appuyant sur les méthodologies et contenus développés par l’association.
Ses actions de terrain l’amènent à animer des ateliers au Collège International Marie de France, mais aussi lors d’événements organisés par l’Union des Français de Montréal (UFM), notamment autour d’un jeu de société pédagogique sur le monde des médias conçu par l’association. Elle intervient également en garderie, notamment dans le quartier d’Outremont, où réside une importante communauté française.
En 2023, après plusieurs mois de recherches et de veille pédagogique, Alexandra conçoit un projet inédit : un atelier d’éducation aux médias destiné aux enfants de moins de 6 ans, intitulé « Il n’est jamais trop tôt, les aventures d’Alma la renarde journaliste ». Pensé pour rendre l’EMI accessible dès la petite enfance, cet atelier répond à un constat simple : les très jeunes enfants sont aujourd’hui exposés à une multitude de contenus médiatiques sans disposer des outils nécessaires pour en comprendre les codes.
À travers des activités ludiques et adaptées à leur âge, l’atelier permet aux enfants de découvrir ce qu’est un journaliste, un média, et de développer un premier regard critique sur ce qu’ils voient et entendent, jusqu’à réaliser leur premier reportage. Cette approche vise également à les aider à mieux distinguer réalité et fiction, à comprendre leurs émotions face à certains contenus et à évoluer dans un environnement informationnel plus sécurisant.
Ancienne élève du réseau AEFE, Alexandra s’attache aujourd’hui à redonner à ce réseau ce qu’il lui a apporté. Elle est ainsi membre du Conseil d’administration de l’Association des anciens élèves du CiMF, ainsi que de l’Association des parents d’élèves, avec la volonté de renforcer les liens entre générations et de contribuer activement à la vie éducative de l’établissement.
Pour l’année 2026, plusieurs interventions sont prévues ou en cours de finalisation à Montréal, notamment des ateliers EMI au CiMF et en garderie, qui concerneront environ 50 enfants âgés de 3 à 5 ans. À travers ces actions, Alexandra Lopis poursuit un engagement cohérent et durable : permettre aux plus jeunes de comprendre leur environnement médiatique, de développer leur esprit critique et de devenir, dès l’enfance, des citoyens éclairés.

Véronique Trang, Fondatrice de Telmi (Royaume-Uni)
Lauréate du Trophée Éducation des Trophées des Français du Royaume-Uni 2025
Certaines applications éduquent, d’autres amusent. Telmi, créée par Véronique Trang, fait parler les enfants. Destinée aux 6-12 ans, cette plateforme éducative permet aux enfants de créer facilement des podcasts et de s’entraîner à s’exprimer en public. Véronique explique : « J’ai mis 25 ans à trouver ma voix, mais j’ai vu avec mon fils et ma fille la force qu’un enfant ressent quand il découvre sa voix, quand il se sent écouté. »
Véronique a connu elle-même les difficultés à s’exprimer : « J’ai grandi dans une famille où la culture n’était pas orientée vers la discussion, et j’avais beaucoup de mal à prendre la parole en classe. » Cette expérience, partagée par de nombreux enfants dits shy learners au Royaume-Uni, est devenue le moteur de son projet.
Telmi : et si les enfants prenaient enfin la parole ?
Après un début de carrière dans la finance à Londres chez Ernst & Young, Véronique part pour un tour du monde de 14 mois en Asie, Amérique du Sud et Océanie, travaillant en digital nomade. Au fil de ce voyage, elle découvre sa passion pour les jus de fruits frais et lance un bar à jus mobile à Paris. Puis elle rejoint Unilever Foundry, plateforme d’open innovation, où elle développe ses compétences dans l’innovation, les technologies émergentes et les entreprises à impact.
Le confinement devient un tournant : son deuxième fils naît avec une surdité partielle et sa fille s’intéresse aux podcasts. Véronique remarque : « Ma fille ne créait pas juste un message pour ses parents, elle imaginait une audience qui allait l’écouter. » Face à l’absence d’outil adapté, elle décide de créer Telmi.
Début 2023, Telmi prend vie : un enfant crée un podcast de 2-3 minutes sur un sujet donné, ajoute musique et illustration, et partage sa voix. L’expérience est immédiate : « 75 % des enfants se sentent plus confiants après avoir créé un seul podcast », confirme Véronique. Les écoles commencent à piloter Telmi pour encourager la prise de parole, notamment pour des élèves en difficulté scolaire ou ayant des besoins éducatifs particuliers.
Telmi est soutenu par le fonds à impact Bethnal Green Ventures et intégré à l’accélérateur tech et impact de l’University College London (UCL) Centre for Digital Innovation. Véronique souligne : « Dans une école pilote, des enfants en difficulté ont pu montrer leurs connaissances à l’oral pour la première fois. L’écrit n’a pas été supprimé, mais renforcé. »
La fondatrice a été honorée du Trophée Innovation des Trophées des Français du Royaume-Uni, une reconnaissance qui souligne l’impact éducatif et social de son initiative : « Même si je vis au Royaume-Uni depuis presque 20 ans, je reste bien sûr française ! Cette reconnaissance me touche particulièrement. »
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