Les librairies françaises de l’étranger permettent la diffusion de la culture française à travers le monde. Près de 300 d’entre elles sont établies dans environ 80 pays. Si le ministère de la Culture propose des aides, les LFE font toujours face à des problématiques. Ces difficultés sont liées à l’état actuel du marché du livre, aux enjeux contemporains, et à leur pays d’implantation.


“Notre mission n’est pas seulement de vendre des livres, mais de faire vivre une certaine idée de la culture comme lien entre les peuples”, explique au petitjournal de New York, une libraire d’Albertine Books, la plus grande librairie francophone de New York. Les librairies françaises à l’étranger (LFE) permettent d’étendre la visibilité de la culture française et d’aider les Français de l’étranger à conserver un lien avec leur pays.
Notre mission n’est pas seulement de vendre des livres, mais de faire vivre une certaine idée de la culture comme lien entre les peuples
Le ministère de la Culture vise à faciliter la diffusion et l’accès à la littérature française. Il mène une politique de soutien aux librairies françaises de l’étranger (LFE) avec le Centre national du livre, afin de permettre la circulation des livres français dans le monde.
À l’étranger, à peu près 300 librairies francophones sont établies dans environ 80 pays. En 2024, elles représentaient plus d’un quart du chiffre d’affaires des distributeurs français à l’export, d’après Centrale de l’édition. Mais ces librairies font face à des problématiques, en lien avec les enjeux contemporains, liés à la consommation de livres mais aussi aux situations actuelles internationales et à des défis économiques, tout comme logistiques.
En parlant de “livres français à l’étranger”, le Centre national du livre mentionne toutes les œuvres françaises : donc des livres édités par l’édition française et des livres écrits à l’origine en français et parfois traduits dans de nombreuses langues. L’objectif est de diffuser la culture et la langue française et de multiplier ses consommateurs, à travers le monde.
Le lien entre les expatriés français et leur pays
La majorité des difficultés des librairies francophones tournent autour de leur financement et de leur gestion. En étant à l’étranger, les LFE font face à davantage de problématiques, liées à leur localisation. Elles sont fortement dépendantes des dynamiques économiques de leur pays d’implantation. En juin 2025 à Munich, deux librairies ont été contraintes de fermer. Si les libraires ne souhaitent pas perdre leur commerce, c’est également dur pour les habitués qui perdent un de leur repère : “J’avais arrêté d’acheter mes livres sur les grandes plateformes pour les soutenir. C’était vraiment précieux d’avoir un endroit comme celui-là pour trouver des livres dans notre langue, surtout à l’étranger”, rapporte l’édition de Munich lepetitjournal.com.
Les librairies françaises à l’étranger sont importantes pour la culture française et pour les expatriés. Grâce à elles, les Français de l’étranger restent connectés à la France et à leur communauté. Caroline, une Française installée à Brooklyn décrit Albertine Books de “havre, un peu hors du temps” au petitjournal de New York. La librairie contient plus de 14 000 titres et charme même ceux qui ne sont pas français : “J’ai trouvé ici un roman d’Annie Ernaux traduit en anglais. Depuis, je reviens chaque mois”, explique Emily, 27 ans, enseignante à New York.

S’adapter à son pays d’accueil
Le pouvoir d’achat est un des principaux facteurs d’inquiétude, pour 69% des répondants d’une étude organisée par le ministère de la Culture et réalisée par le cabinet BearingPoint. L’étude l’explique : “Le livre reste, dans de nombreuses régions, un produit relativement onéreux perçu comme non-essentiel, ce qui limite la clientèle potentielle, et ce indépendamment de la nationalité des ouvrages.”
Le livre reste, dans de nombreuses régions, un produit relativement onéreux perçu comme non-essentiel
Ces librairies implantées à l’étranger dépendent majoritairement d’auteurs, d’éditeurs et de distributeurs français. Elles restent donc liées à l’euro, alors que la monnaie de leur pays est différente, surtout sa valeur. La variation du taux de change est un problème pour 44% des répondants de l’étude du ministère de la Culture. En s’installant dans un autre pays que la France, il faut s’adapter à la population et aux contraintes locales. En 2024, Elodie Salanoven qui tient une librairie à Vienne nous expliquait : “Toute la beauté de notre métier de libraire à l'étranger est d'arriver à s'ajuster à la diversité de nos publics en proposant un assortiment réfléchi et sélectionné mais dans des horizons très variés.”
Lien culturel, adaptation locale, concurrence… être libraire francophone à l’étranger
S’approvisionner en livres depuis la France, un défi logistique majeur
Les distributeurs français sont nécessaires aux LFE, afin d’être approvisionnées. La difficulté majeure sont les frais de transport des livres. Alors que la situation au Moyen-Orient persiste, un choc pétrolier est à craindre et impactera davantage l'approvisionnement des livres, et son coût. L’enquête raconte un regret de la part des LFE que “le taux de remise qui leur est accordé soit similaire à celui accordé aux librairies implantées sur le territoire français.” Il ne leur permet pas d'absorber les coûts supplémentaires des frais de transport pour la vente de leurs livres.
Conflit au Moyen-Orient : peut-on parler de choc pétrolier ?
La librairie indépendante française Nam Phong à Ho Chi Minh importe tous ses livres de France, mais ce n’est pas évident, notamment dû au gouvernement vietnamien qui est “pointilleux”. “Le marché est étroitement surveillé par le gouvernement. L’importation est soumise à deux procédures d’autorisation préalable et de vérification a posteriori après importation des livres, avant d’avoir l’autorisation ou non de vendre les livres,” raconte le fondateur de la librairie, Nguyen Quoc Khanh au petitjournal.com de Ho Chi Minh.

Mais la Centrale de l’Édition propose une aide au transport à de nombreuses LFE. Accordée par le ministère de la Culture et gérée par la Centrale de l'Édition, l’objectif est d’abaisser le coût du transport afin de favoriser la diffusion des livres français à l’étranger. Mais seulement 6% des répondants ont bénéficié de la subvention au transport ces 5 dernières années. L’étude soupçonne “un manque de communication autour de l’existence des aides”. En général, 44% des LFE interrogées ont déclaré ne pas avoir touché d’aides publiques depuis 5 ans.
La Centrale de l’Édition propose une aide à la formation pour toutes les LFE, une aide à la valorisation et à la diversification des fonds de la librairie (pour les librairies possédant un exercice comptable complet) et l’attribution d’un agrément (pour les librairies ayant au minimum 3 ans d’existence et un certain stock de titres uniques en français). Quant à l’aide au transport, il faut remplir 3 conditions pour y être éligible : vendre des livres neufs, l’expéditeur doit être un éditeur ou distributeur français donc l’activité principale est liée aux livres, et le destinataire doit être immatriculé en tant que libraire ou grossiste et organisé en entreprise à but lucratif.
Moins d’achat de livres en papier neufs
Mais ces enjeux se lient aux problématiques du marché du livre, que les librairies situées en France expérimentent aussi. Dans une période où les livres perdent en attractivité, la vente des formats papier se complique. D’après le baromètre bisannuel « Les Français et la lecture » du Centre national du Livre (CNL), réalisé par Ipsos en 2025, 63% des Français déclarent avoir lu au moins 5 livres sur les 12 derniers mois. C’est 6 points de moins qu’en 2023.
Les clients de librairies françaises étrangères ne sont pas une constante pour les LFE, ils finissent souvent par partir. Michel Choueiri, directeur général de Culture & Co Bookstore, la seule librairie exclusivement francophone des Emirats de Dubaï, l’explique à la rédaction de Dubaï du petitjournal.com. “Au niveau de notre clientèle, nous avons une clientèle fidèle, mais qui s’en va au bout d’un moment. Notre défi est donc toujours de toucher de nouveaux clients et de nouveaux lecteurs !”

Les liseuses et livres numériques se répandent également alors que le papier se fait plus rare : 28% des Français ont lu des livres numériques au cours des derniers mois, et 51% parmi les 15-34 ans. Plus généralement, la vente de livres en librairies se raréfie, à l’ère du vintage et des démarches écologiques. L’achat de livres d’occasion connaît une grande hausse. D’après une étude de la Sofia, en 2022, 20% des livres ont été achetés d’occasion dans l’année, l’équivalent d’un chiffre d’affaires de 351 millions d’euros.
Concurrence du numérique et des plateformes en ligne
De plus, la vente en ligne gagne en popularité, par son efficacité et sa facilité. L’étude du ministère de la Culture révèle que la concurrence des plateformes en ligne est un enjeu pour 41% des librairies francophones à l’étranger. Les grandes chaînes du commerce (Fnac, Amazon, Cultura…) restent en première place des ventes de livres.
D’après la synthèse de 2024 du Syndicat national de l’édition, les grandes surfaces spécialisées (GSS) ont 29,9% de parts du marché des livres. Les librairies les talonnent, avec 26,8% de parts de marché. Olivier Jeandel, libraire en Asie du Sud-Est expliquait être convaincu que le modèle de la librairie francophone est en danger, en 2024. Il dénonce la concurrence “déloyale” des grandes plateformes qui “expédient des livres depuis la France en cassant les prix pour draguer leur cible d’expatriés”.
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