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Les origines de la sexualité féminine selon Virginie Girod

Par Anaïs Lucien-Belliard | Publié le 21/09/2021 à 10:45 | Mis à jour le 28/09/2021 à 20:21
Photo : Virginie Girod, historienne, chroniqueuse spécialiste de l'histoire des femmes et de la sexualité et auteure de « Les Femmes et le sexe dans la Rome Antique ». | ©DM
Les origines de la sexualité féminine selon Virginie Girod

Qu’elles soient matrones ou putains, libres ou esclaves, à Rome, les femmes voyaient leur conduite sexuelle régie par la morale, la coutume et la loi des hommes. Publié chez Tallandier dans la collection Texto, Les Femmes et le sexe dans la Rome Antique de Virginie Girod, est un ouvrage passionnant qui revient sur la sexualité féminine, de la fin de la République à celle de la dynastie flavienne. Se concentrant sur Rome, les régions du Latium et de la Campanie, l’historienne et chroniqueuse explore aussi bien la sexualité de la femme libre que celle de l’esclave et de la prostituée.

 

Les origines de la sexualité féminine selon Virginie Girod

 

Rhéa Sylva, la femme qui détermina la place de la sexualité féminine

Elle s’appelait Rhéa Silva, était fille de Numitor roi d'Albe la Longue et consacrée à la déesse du foyer Vesta. Elle n’aurait dû avoir ni descendance ni emprunte sur l’histoire selon le désir de son oncle Amulius. Et pourtant, un dieu, Mars, en décida autrement, marquant par son désir fougueux la légende romaine. Ainsi, l’histoire des origines de Rome débute avec un « roman d’amour atypique » entre un dieu et une vestale, une vierge et un être au tempérament de feu.

 

Les origines de la sexualité féminine selon Virginie Girod
Marbre de Rhea Silvia réalisé par Jacopo della Quercia - Santa Maria della Scalla

 

La sexualité féminine telle que conçue à Rome était profondément ancrée dans le mythe des origines de la conception de Rémus et Romulus. La sexualité de Rhéa Sylva était avant même leur venue au monde, un enjeu politique capital pour celui qui avait fait de leur mère une vestale, l’imposteur Amulius, nous explique Virginie Girod.

 

Une sexualité codifiée, enfermée

Rhéa Sylva, c’est l’histoire d’un viol romanesque et fécond. Un viol transgressant les lois religieuses d’un peuple, mais qui pour de sombres raisons fut toléré par les dieux, y compris par la déesse Vesta elle-même, qui, selon la légende, détourna le regard pendant les ébats de Mars. Rendue intouchable par les circonstances de son coïte, le récit de la jeune prêtresse assigna inexorablement la sexualité féminine à la procréation. Au sortir de cette histoire, il fut communément admis que les femmes romaines – qui n’existaient pas encore – ne pourraient être autre chose que des épouses et des mères, à l’image de la plus célèbre des vestales.

 

Une sexualité codifiée, enfermée

 

La femme Romaine ne pouvait être que putain ou matrone, à Rome il fallait choisir son camp. Une fois fait, il n’y avait pas de retour en arrière. La sexualité féminine était enfermée dans un carcan inviolable entièrement soumis à un regard masculin ne permettant aucune dérive. L’espace accordé à la sensualité pour les femmes « respectables » était strictement confiné à la conception. Tenir sa maison et élever des citoyens responsables, à l’image d’une Sabine, telle était sa mission. Se soustraire à ces obligations revenait à dérégler l’ordre social, trahir son sexe, se prostituer.

 

Les Sabines, mères de toutes les Romaines

Dans l’esprit d’un homme Romain respectueux des mœurs, la femme idéale était une Sabine, c’est-à-dire, une femme vertueuse. Evitant les pièges de la vénalité, elle ne se laissait pas guider par sa libido, et surtout, ne se mêlait pas de politique au risque de se transformer en Tullia, une femme qui aux temps des rois romains, n’hésita pas à assassiner sœur et époux afin de mettre sur le trône son amant et régner sur Rome.

 

Les Sabines
Jacques-Louis David, Les Sabines - huile sur toile (385 × 522 cm)

 

Selon Georges Dumézil, avant l’enlèvement des Sabines, il n’y avait pas de Romaines. La poursuite de la construction de la sexualité féminine se fait sous le règne mythique de Romulus. Bien que roi doté d’une puissante armée, l’origine pauvre et obscure de son peuple, l’empêchait lui ainsi que ses hommes de trouver des épouses. Désireux de s’allier aux Sabins pour asseoir sa domination dans le Latium, Romulus commanda que l’on s’empare de leurs filles lors d’une célébration.

 

L’enlèvement des Sabines
Pietro da Cortona, L’enlèvement des Sabines - huile sur toile (280,5 × 426 cm)

 

Toutefois, ces femmes, enlevées à leurs familles ne furent pas « violées mais séduites par leurs époux » qui souhaitaient les « apprivoiser » afin de faire d’elles des « matrones et des mères de famille respectées et donc dévouées à leur foyer. Il ne s’agissait pas d’en faire des esclaves reproductrices ».

 

Acca Laurentia et la prostitution chez les Romains

Les Femmes et le sexe dans la Rome Antique de Virginie Girod est un véritable puits de savoir. On apprend ainsi que la célèbre louve qui offrit son sein aux légendaires Rémus et Romulus aurait en fait été une femme.  Cependant, pas n’importe quelle femme : une lupa.

 

Acca Laurentia la Lupa sainte

 

Si dans la Rome antique, le sexe était associé à la « souillure », la prostitution était vue comme une chose « infamante » et méprisable. Pourtant, par un étrange phénomène de rédemption que lui accordèrent les Anciens, Acca Laurentia échappa à l’opprobre exigée par ses origines, et devint un « modèle de générosité pour les prostituées romaines. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle mit son corps – en nourrissant les rejetons de Mars – et son argent – issue du commerce de ses charmes – « au service des hommes et de la patrie ».

 

Acca Laurentia
Acca larentia portant Rémus et Romulus, une sculpture réalisée par Jacopo della quercia (1414-1418)

 

Plus l’on avance dans l’ouvrage de Girod, plus l’on se rend compte que la femme prostituée avait toute sa place dans la société romaine car elles assuraient « les distractions des hommes, elles offraient le plaisir ». A la fois marginalisée et indispensable, leur rôle très codifié répondait à la constante recherche d’équilibre moral et politique si chère aux Romains.

 

Les origines de la sexualité féminine selon Virginie Girod

 

In fine, Virginie Girod nous offre avec talent une fabuleuse et subtile analyse des origines antiques de la sexualité féminine romaine. Son style dynamique et concis « nous amène à nous dépouiller de notre vision contemporaine de la sexualité » et nous permet de comprendre les fondements, fonctionnements et dysfonctionnement socio-culturels et historiques d’une société dont nous sommes les héritiers à bien des égards.

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