

A l'image de la crise qui a affecté son bon déroulement, la tendance qui ressort de la Semaine de la mode de Milan, achevée la semaine dernière, est l'autérité sophistiquée. L'hiver prochain, mettez au placard pull colorés et jean slim, la mode sera au glamour chic
Les vitrines de mode de la Via Montenapoleone (montage photos LL)
231 collections, 92 défilés, 83 marques, 5 écrans géants, comme à son habitude Milan a sorti le grand jeu pour sa fashion week présentant les collections femme automne-hiver 2010. Mais cette année, la crise économique s'est invitée sur les plateaux d'habitude intouchables du secteur du luxe et de la haute couture: seulement 79 défilés ont pu avoir lieu et les acheteurs ont été nettement moins nombreux a ouvrir leur portefeuille doré. Sur fond de menace de faillite du groupe Ittiere (propriétaire de Gianfranco Ferre et actionnaire de Versace Sport et Galliano) dont le chiffre d'affaire s'élève à 54 milliards d'euros, l'annulation du défilé de Just Cavalli le 27 février pour ?des raisons économiques? a tiré la sonnette d'alarme. Le président de la fédération du textile et de la mode Michele Tronconi, déplore, ?depuis un mois et demi toutes les commandes sont bloquées, la situation est explosive?. Le jour même ?Made in Italy? réclame au gouvernement son intervention.
C'est que le secteur de la mode représente à lui seul 70 milliards de chiffre d'affaires (soit 3% du PIB) et emploie en Italie 800.000 personnes. La semaine de la mode brasse des milliards et des milliards d'euros entre les employés pour l'évènement (15.000 cette année), les acheteurs et les touristes venus pour l'occasion. Impossible pour le gouvernement italien de ne pas agir rapidement donc, ne serait-ce que pour protéger un secteur de son économie devenu un des emblèmes de l'identité italienne. Des subventions ont donc été promises pour la mi-mars.
Ambiance tendue mais des défilés à la hauteur de la réputation de Milan
L'hiver prochain la tendance sera au BCBG glamour, a un mélange détonant de sensualité ultraféminine et de sobriété élégante. La collection Armani donne le coup d'envoi dans un style année 30 ultra sophistiqué, il se distingue clairement comme le créateur de la fashion week. Si certains ont critiqué le manque d'innovation de la semaine milanaise, Giorgio Armani lui s'en défend clairement ?Je n'ai pas utilisé de couleurs car cela aurait été juge trop agressif, je me suis concentré sur les formes avec des teintes sobres d'ardoise pour éviter tout excès?.
Le pantalon disparait pour laisser place au fuseau de laine (Missoni), au leggings (en cuir chez Gucci), ou même aux mi-bas de laine portés sur des collants. La robe longue ou bustier-court dévoilant des jambes nues perchées sur des talons vertigineux refont leur apparition. Les épaulettes reviennent à la mode pour dessiner une silhouette sculptée au millimètre. On se pare de fourrure et de peaux pour affronter un hiver qui s'annonce rude et peu coloré. Le cuir et le métal refont également leur apparition (Roberto Cavalli, Prada). Les couleurs varient du sable au noir, elles sont douces et sobres. Seul Versace ose les couleurs et les formes futuristes dans un mélange détonant de monochromes bleu pétrole, fushia et orange. Il est un des rares de cette semaine de la mode à donner une réponse alternative à l'atmosphère morose engendrée par la crise. ?Toutes les crises de l'histoire ont un début et une fin?, ainsi justifie-t-on chez Versace l'optimisme agressif de ses collections hautes en couleur.
Louise LAVABRE (Lepetitjournal.com - Rome) Vendredi 13 mars 2009




































