Édition internationale

Le nouveau rôle de l’entreprise dans la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle

La conciliation entre vie familiale et vie professionnelle constitue aujourd’hui l’un des défis majeurs des politiques sociales et du droit du travail en Europe. En Italie, cette question s’inscrit dans un contexte démographique particulièrement préoccupant. C’est dans cette dynamique que l’Italie a adopté la pratique de référence UNI/PdR 192:2026.

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Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash
Écrit par Lablaw
Publié le 26 octobre 2026

Selon les données publiées par l’Institut national italien de la statistique (ISTAT) en mars 2026, le pays n’a enregistré qu’environ 355 000 naissances en 2025, soit une diminution de 3,9 % par rapport à l’année précédente. Les premières données relatives au premier semestre 2026 confirment cette tendance, avec une nouvelle baisse des naissances de 0,8 % par rapport à la même période de l’année précédente. Si le recul de la natalité résulte de facteurs économiques, sociaux et démographiques multiples, il invite également à repenser les conditions dans lesquelles les responsabilités familiales peuvent être conciliées avec l’activité professionnelle. La question ne se limite plus à permettre aux salariés de trouver un équilibre entre leurs obligations professionnelles et personnelles. Elle interroge désormais la capacité des entreprises à adapter leur organisation du travail aux besoins des familles.

Cette évolution s’inscrit dans un cadre plus large, façonné par les engagements internationaux des Nations Unies, notamment les objectifs de développement durable de l’Agenda 2030, ainsi que par les politiques de l’Union européenne en faveur de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, de l’égalité des chances et du partage des responsabilités familiales.

Le Décret interministériel du 15 octobre 2026

C’est dans cette dynamique que l’Italie a adopté la pratique de référence UNI/PdR 192:2026, consacrée aux systèmes de gestion favorisant la conciliation entre vie familiale et travail, et introduit un dispositif d’allègement des cotisations sociales pour les entreprises certifiées. La publication, le 15 octobre 2026, du décret d’application de cette mesure constitue une étape supplémentaire dans la mise en œuvre d’une politique qui entend faire de la protection des familles une véritable responsabilité organisationnelle des entreprises. La principale innovation de la UNI/PdR 192:2026 réside dans sa conception de la conciliation entre vie familiale et professionnelle : promouvoir une organisation du travail capable de prendre en compte les responsabilités familiales, tout en favorisant le bien-être des salariés, la continuité des carrières et la performance des organisations.

La démarche est volontaire et ouverte à toutes les organisations publiques et privées employant du personnel, indépendamment de leur secteur d’activité ou de leur taille. Elle concerne donc aussi bien les grandes entreprises que les moyennes, petites et microentreprises. Les exigences de certification sont adaptées à leurs capacités organisationnelles : les microentreprises et les petites entreprises doivent atteindre au moins 50 % des points applicables et satisfaire à un indicateur quantitatif, contre 60 % et deux indicateurs quantitatifs pour les entreprises moyennes et grandes. La certification est délivrée par un organisme indépendant accrédité et reste valable pendant 36 mois.

Concrètement, la pratique repose sur une conception élargie des responsabilités familiales. Elle accompagne la maternité et la paternité, encourage l’utilisation effective des congés parentaux et favorise une répartition plus équilibrée des responsabilités, notamment par une participation accrue des pères. Elle reconnaît également la situation des aidants familiaux (caregivers), qui apportent une assistance régulière et gratuite à des proches âgés, handicapés ou dépendants. La conciliation dépasse ainsi la seule question de la parentalité pour prendre en considération les besoins de soin qui peuvent apparaître à différentes étapes de la vie professionnelle.

Cette approche concerne également l’ensemble du parcours professionnel. Les entreprises sont encouragées à adopter des procédures de recrutement exemptes de pratiques discriminatoires liées à la situation familiale, à préserver les possibilités de progression de carrière et à accompagner le retour au travail après les congés de maternité ou de paternité. Ces mesures visent notamment à prévenir les pénalisations professionnelles associées à la maternité et à garantir que les responsabilités familiales ne constituent pas un obstacle durable à l’évolution professionnelle.

L’organisation du travail occupe naturellement une place centrale. Les horaires aménagés, le travail à temps partiel et les différentes formes de travail à distance constituent autant d’instruments de conciliation. La pratique distingue notamment le travail agile (smart working), fondé sur une autonomie accrue dans l’organisation du lieu et du temps de travail, du télétravail, exercé à distance selon des modalités préalablement définies.

Au-delà de ces mesures, le dispositif intègre la santé et le bien-être, les services aux familles, les aides économiques ainsi que les initiatives de formation et de sensibilisation. Il encourage également l’identification des besoins réels du personnel, notamment à travers des consultations et des outils participatifs, dans une logique proche de celle du dispositif italien Family Audit.

Une responsabilité organisationnelle mesurable

L’une des caractéristiques essentielles de cette démarche réside toutefois dans son caractère mesurable. Les entreprises doivent définir une politique formalisée, des objectifs, un plan stratégique et des indicateurs de performance permettant d’évaluer les résultats obtenus. Ceux-ci portent notamment sur l’utilisation effective des dispositifs de flexibilité, le recours aux congés de paternité, le retour après la maternité ou encore le maintien dans l’emploi au cours des 24 mois suivants. La certification repose ainsi sur des engagements vérifiables, et non sur de simples déclarations d’intention.

Cette exigence suppose également une gouvernance structurée, fondée sur la constitution d’un groupe de travail multidisciplinaire chargé de coordonner les actions et d’en suivre les résultats, en mobilisant des compétences en ressources humaines, en organisation, en communication et en droit du travail. La pratique prévoit en outre la présence obligatoire d’un expert en droit du travail au sein de l’équipe d’audit lorsque des contentieux judiciaires concernent les domaines soumis à certification.

À cette reconnaissance de la qualité organisationnelle s’ajoute désormais une incitation économique. Les entreprises certifiées peuvent bénéficier d’un allègement des cotisations sociales patronales pouvant atteindre 1 %, dans la limite de 50 000 euros par entreprise et par an, sous réserve du respect des conditions légales et des ressources disponibles. Cette mesure vise à encourager les entreprises à inscrire durablement la conciliation dans leur organisation du travail.

Sur le plan pratique, l’allègement est reconnu à compter du 28 juin 2026, pendant la durée de validité de la certification et au plus tard jusqu’au 31 décembre 2028. Le décret interministériel publié le 15 octobre, en précise les conditions. Les entreprises doivent toutefois encore attendre les instructions de l’INPS, l’organisme italien de sécurité sociale, qui déterminera les modalités et les délais de dépôt des demandes. Le montant effectivement accordé pourra être réduit si les demandes dépassent les ressources disponibles.

Et en France ?

La France offre un point de comparaison particulièrement intéressant, puisqu’elle encourage depuis plusieurs années l’engagement des entreprises en faveur de la parentalité, tout en privilégiant des instruments de nature différente. Lancée en 2008 et renouvelée en 2021, la Charte de la Parentalité en Entreprise, portée par l’Observatoire de la Qualité de Vie au Travail, repose sur une adhésion volontaire des employeurs, publics comme privés, indépendamment de leur taille. Elle les invite à faire évoluer les représentations liées à la parentalité, à adapter l’organisation du travail aux responsabilités familiales et à préserver les perspectives professionnelles des salariés devenus parents. Sa nouvelle version adopte une conception plus inclusive de la famille, tenant compte notamment des familles monoparentales ou recomposées, mais aussi des aidants familiaux. Contrairement au modèle italien, la signature de cette charte ne constitue toutefois pas une certification fondée sur des indicateurs de performance et un audit indépendant. Le droit français prévoit également un mécanisme d’incitation économique, le Crédit d’impôt famille, régi par l’article 244 quater F du Code général des impôts. Celui-ci permet notamment aux entreprises éligibles de bénéficier d’un crédit d’impôt égal à 50 % des dépenses consacrées au financement de structures d’accueil pour les enfants de moins de trois ans de leurs salariés, ainsi que de 25 % de certaines aides financières destinées aux services à la personne, dans la limite d’un plafond global de 500 000 euros par entreprise.

Les initiatives développées en Italie et en France témoignent ainsi d’une prise de conscience croissante : la protection de la vie familiale ne peut reposer exclusivement sur les choix individuels des salariés, mais suppose également une évolution des pratiques et des responsabilités des entreprises.

Ces mesures prennent une importance particulière face au phénomène du greedy work, littéralement « travail vorace », qui désigne les emplois exigeant une disponibilité permanente, des horaires prolongés et une forte rigidité (en contrepartie de rémunérations élevées ?).

Conclusion

Longtemps envisagée principalement sous l’angle des congés parentaux, des prestations sociales ou des dispositifs individuels de flexibilité, la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle tend ainsi à devenir un véritable enjeu de gouvernance des entreprises. Il ne s’agit plus seulement d’accorder des avantages aux salariés, mais de mettre en place des politiques structurées, mesurables et susceptibles de produire des effets durables sur les conditions de travail.

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