Le rapport BES 2026 de l’Istat dresse un bilan contrasté du bien-être en Italie. Si le pays affiche une espérance de vie supérieure à la moyenne européenne, il accuse des retards importants en matière d’emploi, de formation et de recherche, tandis que de fortes disparités persistent entre les régions italiennes.


L’Italie va mieux. C’est ce qui ressort du rapport sur le bien-être équitable et durable (Benessere equo e sostenibile, BES), publié le 26 octobre par l’Institut national italien de la statistique (Istat).
Grâce à l’analyse d’un large ensemble d’indicateurs statistiques (148), le rapport offre une analyse approfondie des niveaux, des tendances et des inégalités en matière de bien-être observables dans les 12 domaines qui composent le cadre BES : Santé ; Éducation et formation ; Travail et conciliation entre vie professionnelle et vie privée ; Bien-être économique ; Relations sociales ; Politique et institutions ; Sécurité ; Bien-être subjectif ; Paysage et patrimoine culturel ; Environnement ; Innovation, recherche et créativité ; Qualité des services.
Le bilan global présente des signes positifs : sur les 132 indicateurs comparables à ceux de l'année précédente, 54 s'améliorent, 55 restent stables et 23 se dégradent. Mais la comparaison avec l'Union européenne met en évidence les faiblesses structurelles du pays.
Sur les 40 indicateurs comparables avec l’Union européenne à 27 pays, 12 sont favorables à l’Italie, contre 18 qui lui sont défavorables. Les principales difficultés de la Péninsule concernent l’emploi, l’éducation, la recherche et la pauvreté. À l’inverse, la santé et la sécurité figurent parmi les points forts du pays.
Un marché du travail encore en retrait
Malgré un taux de chômage au plus bas, le taux d’emploi des 20-64 ans s’établit à 67,6 % en Italie en 2025, contre 76,1 % dans l’Union européenne. Cet écart moyen de 8,5 points se creuse particulièrement chez les femmes, dont le taux d’emploi est inférieur de 13,3 points à la moyenne européenne. Pour les hommes, la différence est de 3,8 points.
La qualité des emplois constitue une autre difficulté. Le temps partiel involontaire dépasse de 4,6 points le niveau européen, avec un écart de 8,2 points chez les femmes. Et si le recours aux contrats à durée déterminée diminue globalement, la précarité tend à s’installer dans la durée : la part des salariés qui restent dans cette situation pendant au moins cinq ans chez le même employeur passe de 19,4 % à 21,3 %.
La transition vers un emploi stable reste difficile. Entre 2024 et 2025, seuls 12,3 % des salariés en contrat à durée déterminée ont accédé à un emploi permanent, contre 16,6 % sur la période précédente.
À ces obstacles s’ajoute la répartition inégale du travail domestique. Dans les couples où les deux partenaires exercent une activité professionnelle, les femmes assurent 68,9 % des tâches familiales non rémunérées.
Des niveaux de formation inférieurs à ceux de l’UE
L’Italie compte moins de diplômés que ses voisins européens. La part de la population ayant au moins un diplôme de fin d’études secondaires est inférieure de 14,2 points à la moyenne de l’Union ; pour les diplômés de l’enseignement supérieur, le déficit atteint 13,7 points.
Les compétences numériques restent également moins répandues : 54,3 % des Italiens possèdent au moins des compétences de base, contre 60,4 % des Européens.
Chez les 15-29 ans, la proportion de jeunes qui ne travaillent pas et ne suivent ni études ni formation — les NEET — a fortement diminué, passant de 23,7 % en 2020 à 13,3 % en 2025. Elle reste néanmoins supérieure aux 11 % enregistrés dans l’Union.
Les difficultés apparaissent dès le collège. Au cours de l’année scolaire 2025-2026, 43,1 % des élèves de troisième n’atteignent pas le niveau attendu en italien et 45,5 % en mathématiques. Le taux de sortie précoce du système scolaire offre toutefois un motif d’encouragement : à 8,2 %, il est désormais inférieur à l’objectif européen de 9 % fixé pour 2030.
Recherche : un effort inférieur à la moyenne européenne
L’Italie consacre 1,40 % de son produit intérieur brut à la recherche et au développement, contre 2,26 % dans l’Union européenne. La proportion de « travailleurs du savoir » (enseignants, chercheurs, journalistes, ingénieurs...) est également inférieure de 8,1 points à la moyenne européenne.
Une évolution est néanmoins favorable : les investissements en propriété intellectuelle progressent plus rapidement que dans l’ensemble de l’Union.
Revenus : une amélioration qui ne profite pas à tous
Le revenu disponible moyen par habitant a progressé de 2,4 % en valeur nominale en 2025, après une hausse de 3 % en 2024, selon l’Istat. Sur deux ans, l’augmentation atteint environ 5,5 %, mais le gain réel, une fois l’inflation déduite, se limite à 2,2 %.
Aussi, la perception des ménages s’améliore : la proportion de ceux qui déclarent une dégradation de leur situation économique est passée de 33,9 % en 2023 à 26,2 % en 2025.
Le risque de pauvreté reste toutefois supérieur de 2,3 points à la moyenne européenne. Au total, 22,6 % de la population italienne est exposée au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, contre 20,9 % dans l’Union. Plus de 5,4 millions de personnes vivent par ailleurs en situation de pauvreté absolue.
Le niveau d’études pèse fortement sur la vulnérabilité économique. Le risque de pauvreté atteint 25,9 % chez les personnes qui n’ont pas dépassé le collège, contre 7,1 % chez les diplômés du supérieur. Dans le Mezzogiorno, il monte à 51,8 % parmi les 25-44 ans ayant un faible niveau d’instruction.
Santé et sécurité : les atouts du pays
L’espérance de vie italienne atteint 83,7 ans en 2025, soit 2,2 années de plus que la moyenne européenne. Elle s’élève à 81,7 ans pour les hommes et à 85,7 ans pour les femmes.
La mortalité évitable est également plus faible qu’à l’échelle de l’Union : 16 décès standardisés pour 10 000 habitants, contre 23,8.
Le Mezzogiorno, particulièrement pénalisé
Les moyennes nationales masquent des différences considérables entre les régions. En 2025, le taux d’emploi des 20-64 ans atteint 75,3 % dans le Nord et 72,2 % dans le Centre, contre 54,2 % dans le Mezzogiorno. Dans le Sud, seules quatre femmes sur dix travaillent.
Par ailleurs, la pauvreté absolue touche 11,5 % des habitants du Mezzogiorno, contre 8,5 % dans le Nord et 7,4 % dans le Centre.
Les écarts se retrouvent dans plusieurs autres domaines du BES. Le Frioul-Vénétie Julienne et les provinces autonomes de Trente et de Bolzano obtiennent des résultats supérieurs à la moyenne nationale dans au moins dix des douze domaines étudiés. À l’inverse, la Campanie, les Pouilles et la Calabre se situent sous cette moyenne dans au moins dix domaines.
Des écarts entre les régions, qui montrent que les conditions de vie restent fortement liées au territoire.
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