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En Italie, l’hiver démographique s’enfonce

Avec 355.772 naissances en 2025, soit une baisse de 3,8 % en un an, l’Italie poursuit son déclin démographique. L’indice de fécondité atteint un nouveau minimum historique, à 1,14 enfant par femme. Les premières données de 2026 confirment la tendance, sur fond de difficultés économiques et sociales qui pèsent sur les projets familiaux.

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Photo de Omar Lopez sur Unsplash
Écrit par Marie-Astrid Roy
Publié le 25 octobre 2026

L’Italie ne parvient toujours pas à enrayer la chute des naissances. Selon le dernier rapport de l’Institut national de la statistique (ISTAT), publié le 21 octobre dernier, 355.772 enfants sont nés dans le pays en 2025, soit environ 14.000 de moins qu’en 2024. Le taux de natalité s’établit désormais à six naissances pour 1 000 habitants.

A titre comparatif, la France comptait 643.905 naissances en 2025, soit une baisse de 2,3 % par rapport à l’année précédente, tandis que le taux de natalité s’établissait à environ 9,4 naissances pour 1 000 habitants, selon l’Insee.

Une chute de 38,3% en moins de 20 ans

L’ampleur du recul italien apparaît plus nettement lorsqu’on le replace dans la durée. Depuis 2008, année où plus de 576.000 naissances avaient été enregistrées, leur nombre a diminué de 38,3 %, soit une perte de plus de 220 000 naissances annuelles. Et les premiers chiffres disponibles pour 2026 ne signalent pas d’inversion de tendance. Entre janvier et juillet, 196.864 enfants sont nés, contre 198.975 durant la même période de 2025, soit une baisse de 1,1 %.

Le ralentissement du recul ne suffit pas à annoncer une reprise. L’indicateur conjoncturel de fécondité, qui mesure le nombre moyen d’enfants par femme, est tombé à 1,14 en 2025, contre 1,18 l’année précédente. Selon les premières estimations de l’ISTAT, il pourrait encore diminuer légèrement, à 1,13, sur les sept premiers mois de 2026.

En Italie, les couples avec enfants bientôt moins nombreux que ceux sans enfant

Des générations de parents moins nombreuses

La baisse des naissances s’explique par deux phénomènes qui se renforcent mutuellement. Les femmes ont moins d’enfants, mais les générations en âge de devenir parents sont également moins nombreuses. Le recul actuel porte ainsi la marque des faibles niveaux de fécondité enregistrés depuis plusieurs décennies.

Les femmes âgées aujourd’hui de 30 à 40 ans, qui sont à l’origine de plus de 65 % des naissances, sont nées entre 1985 et 1995. Durant cette période, le nombre moyen d’enfants par femme était passé de 1,45 à 1,19. Le nombre de parents potentiels s’est donc progressivement réduit, limitant mécaniquement les possibilités de rebond.

À cette évolution s’ajoute le report de la parentalité. En 2025, l’âge moyen des femmes à la naissance d’un enfant a atteint 32,7 ans, contre 32,6 ans en 2024. Pour un premier enfant, il atteint désormais 32 ans, alors qu’il était de 28,1 ans en 1995.

Pour la France, l’INSEE estime l’âge moyen à l’accouchement à 31,2 ans en 2025, contre 31,1 ans en 2024, et à 29,1 ans pour le premier enfant, soit bien plus tôt qu’en Italie.

 

Des projets familiaux confrontés à de nombreux obstacles

L’ISTAT souligne plusieurs facteurs susceptibles de compliquer la réalisation des projets parentaux : la précarité de l’emploi des jeunes, les difficultés d’accès au logement, l’allongement des études et les problèmes de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. À ces contraintes s’ajoutent les choix individuels de repousser ou de ne pas concrétiser une naissance afin de privilégier d’autres projets de vie.

Les chiffres montrent que la baisse concerne aussi bien les premiers enfants que ceux qui viennent agrandir une famille. En 2025, les premières naissances ont diminué de 3,7 % et les deuxièmes de 4,8 %. Les naissances de troisième rang ou davantage ont reculé de 2,1 %.

Le phénomène résulte encore plus marqué dans le Mezzogiorno, où les baisses des premières et deuxièmes naissances atteignent respectivement 5,3 % et 5,5 % sur un an.

 

Les couples mixtes à contre-courant

La diminution concerne également les familles étrangères, qui avaient contribué à soutenir la natalité italienne au cours des années 2000. En 2025, 275.330 enfants sont nés de deux parents italiens, soit 77,4 % de l’ensemble des naissances. Leur nombre a reculé de 4,8 % en un an et de 42,6 % par rapport à 2008.

Les naissances de deux parents étrangers ont, elles aussi, diminué. Elles s’élèvent à 49.002 en 2025, en baisse de 3,1 % par rapport à l’année précédente et de 38,7 % par rapport au pic enregistré en 2012.

Les couples mixtes suivent néanmoins une trajectoire différente : 31.440 enfants sont nés en 2025 d’un parent italien et d’un parent étranger, soit une hausse de 4,2 % en un an.

La fécondité reste plus élevée chez les femmes étrangères que chez les Italiennes, mais elle diminue dans les deux groupes. En 2025, l’indice atteint 1,74 enfant par femme pour les premières, contre 1,07 pour les secondes.

Des différences persistantes entre les territoires de la Botte

La crise des naissances ne se manifeste pas partout avec la même intensité. La fécondité s’établit à 1,07 enfant par femme dans le Centre, à 1,15 dans le Nord et à 1,16 dans le Mezzogiorno. Mais derrière ces moyennes régionales, certaines situations se distinguent nettement.

La Sardaigne affiche le niveau le plus bas du pays, avec seulement 0,85 enfant par femme en 2025, contre 0,91 un an plus tôt. À l’autre extrémité, la province autonome de Bolzano enregistre le niveau le plus élevé, à 1,54.

Dénatalité en Italie : un défi majeur pour l’avenir du pays

La persistance d’une fécondité en berne pose des questions qui dépassent largement la seule statistique démographique. À long terme, la diminution des nouvelles générations contribue au vieillissement de la population et réduit le nombre de personnes en âge de travailler.

D'après les chiffres de l’Istat publiés pour 2050, on constate un ratio d'environ 62 personnes en âge d’être retraitées pour 100 personnes en âge de travailler (de 15 à 64 ans).

En d’autres termes, en 2050, l’Italie comptera 7 millions de travailleurs en moins, et deux personnes âgées pour trois salariés.

De quoi engendrer une pression croissante sur les systèmes de retraite, de santé et de protection sociale.
Si le solde migratoire positif permet aujourd’hui d’atténuer les effets du déficit naturel, il ne modifie pas le constat : l’Italie enregistre durablement davantage de décès (652.000 en 2025) que de naissances (355.772). La crise démographique est ainsi devenue l’un des grands défis structurels du pays.

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