

Le Giro d'Italia s'est achevé hier dimanche 31 à l'issue de la 21è étape qui relie Turin à Milan. L'édition 2015 a été marquée par l'Espagnol Contador, mais aussi par le retour de l'arrivée dans la capitale lombarde. Hier, à Milan "l'arrivée du Giro a été une grande fête pour la ville et l'occasion pour les Milanais et les touristes de voir en personne les plus grands cyclistes du monde" a déclaré l'adjoint au maire chargé du Sport, Chiara Bisconti. Lepetitjournal.com de Milan a interrogé la journaliste sportive française Myriam Nordemann qui a suivi le Giro d'Italia pendant 15 ans et qui vit à Milan.
Lepetitjournal.com : Le Giro d'Italia 2015 a été dominé par l'espagnol Contador. Pouvez-nous vous commenter cette édition ?
Myriam Nordemann : L'espagnol Alberto Contador vient en effet de remporter le Giro. Il était sans aucun doute le plus titré au départ de la course. A 32 ans, il a déjà remporté le Tour d'Italie en 2008 et en 2011, titre qu'il a perdu quelques mois plus tard pour une positivité à un contrôle antidopage. Il a aussi remporté deux fois le Tour de France (2007 et 2009) et trois fois le Tour d'Espagne (2008, 2012 et 2014).
Alberto Contador et Myriam Nordemman sur le Giro en 2008 (crédit photo : Makoto Ayano)
Malgré une légère défaillance sur le Col de la Finestre sur l'avant dernière étape, l'Espagnol a remporté l'épreuve à Milan. Le second, le jeune grimpeur sarde Fabio Aru, troisième l'an dernier, a combattu dignement démontrant encore une fois un talent prometteur pour les années à venir.
Pour ma part, j'ai traduit Alberto Contador aux conférences de presse du Giro 2008 et ai été frappée par sa détermination, sa concentration et son sérieux. Je peux dire qu'il a remporté ce Giro d'Italia grâce à une grande force physique et mentale, au professionnalisme qui le caractérise et à l'expérience accumulée dans les grands Tours. Déterminé il l'est encore cette année : hier, le Giro quasi terminé, il annonçait sa tête déjà au Tour de France.
Myriam, vous êtes française. Vous vivez à Milan. Pouvez-nous nous raconter votre expérience dans le cyclisme ?
Je suis arrivée à Milan au printemps 2000 il y a tout juste 15 ans grâce au cyclisme. Après un DEA en sciences économiques et un DEA en langue et culture italienne à Paris où je suis née, j'ai décroché une bourse pour faire un stage au Parlement européen à Bruxelles à l'hiver 2000. Quelques jours dans ces grands bureaux aseptisés m'ont suffit pour comprendre que j'avais besoin de plus de vie, de mouvement, que je voulais voyager, être libre et surtout suivre mon c?ur. Et depuis toute petite, mon c?ur était habité par un petit vélo. Pas seulement par mon vélo de ville qui me suivait dans tous mes déplacements parisiens, mais aussi ceux du Tour de France. Petite mon jeu préféré, c'était les cyclistes en plastique. Je faisais toujours gagner le maillot jaune qui pour moi ne pouvait être que Bernard Hinault, l'idole du moment !
Déterminée, avec un peu de patience et beaucoup de culot, j'ai commencé à suivre les courses depuis l'intérieur, d'abord comme passionnée en convainquant journalistes et équipes de me faire suivre quelques courses dans leur voiture. Puis, en 1995 j'ai commencé à écrire des articles comme correspondante pour des journaux régionaux français. En 1998 le poste de traductrice interprète s'est libéré en Italie et j'ai immédiatement postulé. La langue officielle du cyclisme était alors le français (depuis l'anglais s'est imposé!) et tous les communiqués de presse, la radio technique qui relie journalistes organisateurs et équipes et les conférences de presse des coureurs devaient toutes être traduites en français. J'ai fait mon premier Giro en 1999, l'année de l'exclusion de Marco Pantani de la course à la veille de l'arrivée à Milan pour dopage. Ca a tout de suite été une expérience forte et marquante. Eurosport m'a contactée pour que je sois leur correspondante sur le Giro et leur traductrice sur le Tour. L'équipe Fassa Bortolo, alors équipe numéro un au classement mondial de l'Union Cycliste Internationale, m'a engagée pour m'occuper de leur site internet et des relations presse en 2000.
Vous avez publié un livre qui s'intitule Ciclismo mon amour. Pouvez-vous nous en parler ?
J'ai travaillé au contact des courses suivant ma passion jusqu'en 2010, année où mon premier fils est né. J'ai travaillé

Vous avez travaillé pendant de très nombreuses années dans le monde du cyclisme. Qu'est ce qui vous a plus dans ce milieu pourtant si masculin?
L'humanité ! Le cyclisme est un sport merveilleux qui va à la rencontre des gens et dont les protagonistes sont accessibles et simples. Quand on va voir une course, on peut voir les coureurs, leur parler. Ils ont souvent des personnalités attendrissantes et sont de vrais petits héros pour leurs proches, leur village, leur région.
J'ai aimé rencontrer des personnages attachants ; j'ai aimé aussi découvrir l'Italie, visiter des endroits particuliers enchanteurs. Ce n'est pas pour rien que beaucoup regardent le Tour de France pour les paysages, le cyclisme est un d'une richesse touristique infinie ! J'ai enfin aimé le côté festif du petit village qui se déplace chaque jour au son de la voix enthousiaste et énergique du speaker au départ et à l'arrivée, avec les mille couleurs des maillots des coureurs, du rose de la Gazzetta dello Sport, et des voitures bariolées des équipes, organisateurs et journalistes.
J'ai aimé être aux premières loges de la course, observer les tactiques des équipes et des coureurs, suivre les conquêtes et les défaillances, les retours plein d'orgueil après une journée ?sans?. J'ai beaucoup d'admiration pour la force de caractère des cyclistes et j'ai appris beaucoup à leur contact : insister, insister encore et toujours, avec courage et ténacité.
Au sujet du Giro d'Italia, cela faisait quelques années que l'arrivée ne se faisait plus à Milan, siège de La Gazzetta dello Sport qui organise la course. Que s'est-il passé?
C'est vrai qu'à mon époque le Giro finissait d'habitude à Milan. On arrivait Corso Venezia, à 200 mètres de là où j'habitais alors, un vrai bonheur de voir la fête arriver au pas de ma porte ! Mais mis à part la commodité pour moi, le Giro finissait souvent dans un semi anonymat. Les Milanais n'appréciant pas beaucoup que le trafic soit interrompu et la ville bloquée pour une course cycliste. La ville de son coté n'étant peut être pas très enthousiaste à donner tous les moyens techniques et économiques nécessaires au service de la course.
En 2009 l'expérience milanaise s'est soldée par une grève des coureurs qui ont marqué une allure touristique sur le circuit final jugé trop dangereux car la chaussée n'avait pas été totalement dégagée pour leur passage.
Cette année l'Expo avec grand enthousiasme a ramené la course à Milan. Le Giro aime accompagner symboliquement les grands évènements italiens en leur ?rendant visite?!
En tant que spectateur, qu'est ce qui nous échappe d'une course cycliste aussi important que le Giro ?
Bien sûr, tout ce que je raconte dans mon livre! Imaginez que vous êtes envoyé à la maison blanche pour écrire un livre différent. Un livre qui parle des dirigeants connus et moins connus, de la vie là bas, de ses personnages attachants des anecdotes, absurdités attendrissantes et bizarreries diverses du quotidien dans un endroit ?à part?. Ici les ?leaders? de la course, comme le sprinter italien Mario Cipollini, sont décrits dans des situations jamais vues comme lorsqu'il fait son ?show? devant les journalistes en conférence de presse.
Il y a les anonymes de la course, comme le coureur français Mickael Buffaz, échappé ?malgré lui?, qui n'arrive plus à se faire rattraper par le peloton et s'amuse de sa mésaventure (jusqu'à l'arrivée des motos de la télévision qui animent tout à coup la course somnolente!), et puis il y a tous ces personnages qui gravitent autour de la course, les tifosi, les journalistes, les directeurs sportifs, les petites querelles, les grandes merveilles et les scènes de la vie quotidienne que le public ne voit pas : la frénésie en salle de presse quand arrive le classement des pronostics des journalistes, la fébrilité en montagne quand arrive le juge pour contrôler qu'aucun coureur ne s'accroche à une voiture de course pour s'aider à finir l'étape dans les temps. Une course est un savant mélange de chance, de préparation et de stratégie. Ce n'est pas forcément le plus fort qui gagne et c'est ce qui fait toute la particularité de ce sport.
Quels sont les enjeux qui se cachent derrière le Giro d'Italia ?
Le Giro d'Italia est sûrement moins prestigieux que le Tour de France, mais c'est une des trois grandes courses à étape du calendrier cycliste mondial (avec le Tour de France et la Vuelta a Espana). Il est considérée par les coureurs plus difficile que le Tour de France de par son parcours très accidenté : l'Italie est plus ?vallonnée?, il y a plus d'étapes de montagne, elle est moins ?verrouillée? aussi que le Tour de France qui présente un schéma de course plus classique : une semaine pour les sprinters, de la montagne, des échappées de nouveau de la montagne puis l'arrivée à Paris.
Les étapes en Italie sont beaucoup plus variées et surprenantes et laissent plus de place à la ?fantasia? des coureurs. Ca a souvent été une course très italo-italienne. Ces dernières années de plus en plus de grands noms internationaux comme Contador l'ont décrochée à leur palmarès. Cette années la course a été particulièrement internationale avec deux japonais, un costaricain, deux chinois? Parfait pour les ?héros? journalistes de mon livre, l'un d'eux ayant tenté d'apprendre le chinois il y a quelques années, face au coureurs chinois cette année il s'est retrouvé bien embarrassé: il ne se souvenait plus que de comment dire ?Je t'aime? en chinois m'a dit son acolyte? je vous avais prévenu: le Giro c'est la bella vita !!!!
Propos recueillis par Sophie Her (Lepetitjournal.com de Milan) ? lundi 1er juin 2015
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