L'Espagne, leader mondial dans l'utilisation d'anxiolytiques

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 16/05/2022 à 12:30 | Mis à jour le 16/05/2022 à 12:30
Photo : pixabay
plein de comprimés de toutes les couleurs et formes

C'est ce qu'assure dans son dernier rapport l'Organe international de contrôle des stupéfiants (INCB), organisme des Nations Unies. Pas moins de 110 personnes sur 1.000 ont consommé en Espagne une dose de benzodiazépine par jour.

 

 

Triste record dont l'Espagne se serait bien passée… The International Narcotics Control Board (INCB) est chargé de surveiller la fabrication, le commerce et la consommation des drogues légales dans le monde. Dans son dernier rapport, datant de 2021, l'organisme indique que l'Espagne est le pays où la consommation de benzodiazépines est la plus élevée au monde! La France se situe derrière l’Espagne au 2ème rang de la consommation des benzodiazépines en Europe.

 

Les benzodiazépines sont des médicaments utilisés, entre autres, pour le traitement des troubles anxieux ou de l'insomnie. Le diazépam (Valium), l'alprazolam (Trankimacin) ou le lorazépam (Orfidal) sont parmi les plus connus. Or, bien que ces médicaments soient un outil thérapeutique efficace, ils ne sont pas sans effets secondaires, dont certains sont particulièrement graves.

Les effets secondaires des anxiolytiques sont importants

Ces anxiolytiques génèrent en effet des niveaux importants de dépendance, de tolérance et de syndrome de sevrage si leur utilisation est maintenue trop longtemps. Ils ont des interactions importantes lorsqu'ils sont mélangés avec de l'alcool, d'autres substances ou d'autres médicaments. Il convient aussi d'être particulièrement prudent au volant, car la prise de ces médicaments ralentit les temps de réaction. Et chez les personnes âgées, ils augmentent le risque de troubles cognitifs, de chutes et de fractures.

 

Une personne angoissée met sa tête dans ses mains
Les problèmes mentaux ont doublé avec la pandémie

 

Selon les données fournies par le ministère de la Santé, plus d'un tiers des Espagnols ont des problèmes de santé mentale. Les plus fréquents, appelés troubles mentaux courants, sont l'anxiété, la dépression ou la somatisation.

Dégradation en Espagne de la santé mentale à cause de la pandémie

Au cours de la pandémie, les problèmes de santé mentale ont presque doublé : avant le covid-19, le Centre de recherches sociologiques (CIS) signalait que près de 20% des Espagnols suivaient un traitement psychologique ou psychiatrique, mais depuis, plus de 40% de la population espagnole a consulté un psychologue ou un psychiatre pour des problèmes d'anxiété, et plus de 30% pour une dépression.

Aussi la boulimie, l'anorexie ou le suicide

Les troubles anxieux et dépressifs sont ceux qui ont le plus augmenté, mais ils ne sont pas les seuls : les troubles alimentaires (anorexie, boulimie...), les troubles du comportement et les tentatives de suicide sont en hausse, notamment chez les enfants et les adolescents.

 

Comme le signale l'organisme des Nations Unies, en 2021, 110 doses quotidiennes de benzodiazépines, un des anxiolytiques les plus courants, ont été consommées pour 1.000 habitants en Espagne. La Belgique, avec 84 doses quotidiennes pour 1.000 habitants, et le Portugal, avec 80 doses, sont d'autres pays où l'on consomme trop de benzodiazépines.

Une consommation d'anxiolythiques en hausse

L'Agence espagnole des médicaments (AEMPS) confirme également cette augmentation de la consommation de médicaments psychotropes au cours de la dernière décennie. C'est ainsi qu'entre 2010 et 2021, la consommation d'anxiolytiques, hypnotiques et sédatifs a augmenté de plus de 10 points, passant de 82,50 doses journalières pour mille habitants à 93,04 doses journalières pour mille habitants en 2021. Rien qu'entre 2019 et 2021, la hausse a été de plus de 6 points. La pandémie n'y est manifestement pas étrangère.

 

du valium
Les Français, numero 2 après l'Espagne, en Europe. © Miran Rijavec, Flickr, CC by 2.0

 

Également parmi les mineurs

En revanche, la dernière édition de l'enquête sur la consommation de drogues dans l'enseignement secondaire (ESTUDES), menée en 2021 auprès d'adolescents âgés de 14 à 18 ans en Espagne, indique que cette année-là, la consommation de toutes les substances, à l'exception des hypnosédatifs (tranquillisants, sédatifs et somnifères), a diminué. Concrètement, 13,6% des adolescents consomment ces psychotropes, un point de plus qu'en 2019. Le pourcentage est beaucoup plus élevé chez les filles, presque le double. Il est par ailleurs frappant de constater que 7,2% les prennent sans prescription médicale. De plus, avec le tabac ou l'alcool, ce type de drogues hypnosédatives fait partie des substances dont l'apparition est la plus précoce : vers l'âge de 14 ans.

 

Que ce soit parce qu'ils se les procurent d'une manière ou d'une autre, ou parce qu'ils les ont à portée de main à la maison, le fait est que les adolescents prennent des tranquillisants ou des somnifères, et ce, de plus en plus et dès leur plus jeune âge.

Un manque de psychologues en Espagne

Pour l'Organisation de Consommateurs et Usagers espagnol OCU, cette consommation exagérée répond tout simplement à l'absence de réponse adéquate du système de santé publique aux problèmes de santé mentale qui ne compte actuellement que 6 psychologues pour 100.000 habitants, soit un tiers de la moyenne européenne. Face à une telle pénurie de spécialistes, la solution la plus simple et rapide pour les médecins serait donc de prescrire des médicaments psychotropes.

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Armelle pvd

Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
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