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Économie espagnole en 2026 : à quoi s’attendre vraiment ?

Après deux années de performances exceptionnelles, l’Espagne reste l’un des moteurs économiques de la zone euro. Mais à l’aube de 2026, la dynamique évolue : la croissance ralentit, certains soutiens sont appelés à s’atténuer et le débat sur la solidité du modèle économique revient au premier plan. À partir de l’analyse de CaixaBank Research, décryptage d’un scénario solide sur le papier, mais de plus en plus exigeant dans la réalité.

Route droite traversant un paysage espagnol et menant vers une skyline moderne à l’horizon, sous un ciel progressivement nuageux. Sur le bas-côté, un panneau routier indique « 2026 » à côté d’un drapeau espagnol, symbolisant une économie solide avançant vers un avenir plus incertain.Route droite traversant un paysage espagnol et menant vers une skyline moderne à l’horizon, sous un ciel progressivement nuageux. Sur le bas-côté, un panneau routier indique « 2026 » à côté d’un drapeau espagnol, symbolisant une économie solide avançant vers un avenir plus incertain.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 4 janvier 2026, mis à jour le 6 janvier 2026

L’économie espagnole avance encore, mais elle n’accélère plus. Après avoir déjoué les pronostics dans un environnement international sous tension, le pays aborde 2026 avec confiance. La croissance reste au rendez-vous, et l’Espagne continue de se distinguer au sein de la zone euro. Mais derrière ce tableau rassurant, les équilibres évoluent, certains moteurs s’essoufflent et des fragilités affleurent.

Dans une récente analyse, CaixaBank Research identifie quatre grandes clés censées structurer l’économie espagnole en 2026. Un scénario cohérent, mais qui repose sur des hypothèses précises et qui mériterait donc d’être nuancé. Décryptage d’une année charnière.

 

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Après l’euphorie, l’économie espagnole change de cadence 

Après deux années à faire la course en tête, l’économie espagnole s’apprête à lever le pied. Rien de spectaculaire, pas de coup de frein brutal, mais un changement de cadence. En 2026, le PIB progresserait d’environ 2,1 %, selon CaixaBank Research, contre près de 2,9 % l’an dernier. Une baisse rapide du rythme, qui signale surtout la fin d’un cycle exceptionnel plus qu’un début de décrochage.

Le ralentissement n’a en effet rien d’une mauvaise surprise. Il traduit l’épuisement progressif des ressorts conjoncturels qui avaient porté la croissance ces dernières années : le rattrapage post-Covid, l’emballement du tourisme, les effets de comparaison favorables. En 2026, l’économie espagnole avance sur des bases plus ordinaires, donc plus exposées aux vents contraires venus de l’extérieur.

Reste que, dans une Europe engluée dans ses fragilités, cette trajectoire conserve un air de solidité. La Commission européenne comme le Fonds Monétaire International continuent de placer l’Espagne parmi les grandes économies les plus dynamiques de la zone euro. Un leadership en demi-teinte, toutefois : moins le fruit d’une exception espagnole que le reflet des difficultés persistantes de ses voisins.

 

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Les ressorts d’une croissance qui tient encore

Pour comprendre pourquoi la croissance espagnole devrait résister encore en 2026, CaixaBank Research met en avant une série de moteurs bien identifiés. Le premier, et sans doute le plus déterminant à court terme, est celui des fonds européens Next Generation. Près de 17,5 milliards d’euros devraient encore être injectés cette année, avec à la clé jusqu’à 0,6 point de PIB supplémentaire. Un coup de pouce substantiel, mais par nature temporaire, à l’heure où le programme entre dans sa dernière ligne droite.

Autre pilier du scénario : la dynamique démographique. A travers ses flux migratoires soutenus, l’Espagne continue de voir sa population active et sa demande intérieure progresser de concert. À elle seule, cette croissance démographique pourrait ajouter 0,5 point de PIB, devenant l’un des ressorts centraux de la mécanique économique actuelle.

 

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S’y ajoutent les effets différés des baisses de taux d’intérêt intervenues en 2024 et 2025. Même en l’absence de nouvelle détente monétaire en 2026, ces décisions continuent d' irriguer l’investissement et la consommation, pour une contribution estimée à 0,3 point de croissance.

Enfin, la demande interne reste la colonne vertébrale du scénario. La hausse de la rente brute des ménages, favorisée par une accalmie sur les prix de l’énergie, soutient encore la consommation. Un moteur essentiel, mais de plus en plus contraint par le coût de la vie, et notamment par la pression persistante sur le logement, qui grignote une partie des gains de pouvoir d’achat.

 

Tourisme, industrie, logement : le retour à la réalité

Côté secteurs, le scénario repose d’abord sur le poids écrasant des services, qui continueront de tirer l’économie espagnole en 2026, mais à un rythme moins soutenu qu’en 2025. Un retour à la normale après plusieurs années d’activité exceptionnelle.

Le tourisme suit la même logique. Après l’euphorie post-pandémie, la croissance se tasse sans remettre en cause les fondamentaux du secteur. La diversification de la clientèle et la montée en gamme de certaines destinations dessinent un modèle plus durable, mais avec des marges de progression désormais plus étroites, surtout dans les zones déjà saturées.

L’industrie manufacturière bénéficie, elle, de coûts énergétiques plus contenus que dans le reste de l’Europe, un avantage réel dans un paysage industriel encore fragile. Un atout toutefois insuffisant pour gommer les faiblesses persistantes en matière de compétitivité et de débouchés extérieurs.

Quant au logement, il devrait contribuer positivement à la croissance, avec des permis de construire à un niveau inédit depuis 2008. Une dynamique qui reste toutefois très en deçà des besoins réels, alimentant la tension sur les prix et illustrant le décalage entre indicateurs macroéconomiques et réalité sociale.

 

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2026, l’année du test pour l’Espagne

Si le scénario de CaixaBank Research apparaît cohérent à court terme, il n’épuise pas pour autant la question des fragilités structurelles de l’économie espagnole. La première concerne le secteur extérieur, qui reste le maillon faible de la croissance. Les exportations de biens peinent à redémarrer dans un commerce mondial de plus en plus fragmenté, tandis que les tensions commerciales et la morosité de certains partenaires européens continuent de peser sur les débouchés.

Autre zone de vulnérabilité : l’investissement privé, une fois mis de côté l’effet d’entraînement des fonds européens. Le net ralentissement attendu des investissements en biens d’équipement rappelle à quel point la croissance récente a reposé sur des impulsions publiques, et pose une question centrale : les entreprises seront-elles en mesure de prendre le relais lorsque ces soutiens s’éteindront ?

À cela s’ajoute le vieux problème de la productivité, qui continue de stagner malgré la création d’emplois et l’expansion de l’activité. Un signal d’alerte pour la soutenabilité du modèle à moyen terme, tant les gains actuels reposent encore largement sur une croissance extensive, tirée par l’augmentation de la population active plutôt que par des gains d’efficacité.

 

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Enfin, les déséquilibres sociaux et territoriaux restent largement invisibles dans les chiffres macroéconomiques. La flambée des prix du logement, la pression sur les services publics dans les zones les plus attractives ou encore les écarts de revenus rappellent que la croissance, aussi solide soit-elle sur le papier, ne se traduit pas de manière uniforme dans le quotidien des ménages.

L’économie espagnole entre en 2026 sans perdre pied, mais sans filet non plus. La croissance tient, portée par la demande interne, mais elle ralentit et repose de plus en plus sur des soutiens temporaires. Plus que le niveau du PIB, l’enjeu est désormais sa qualité. Car derrière les bons chiffres, c’est la solidité du modèle espagnol qui sera, cette année, réellement testée.

 

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