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Mujeres Avenir célèbre la Journée internationale de la femme à Séville

Par Vincent GARNIER | Publié le 09/03/2022 à 14:35 | Mis à jour le 09/03/2022 à 17:23
Photo : DR
conférence de l'association mujeres avenir à séville

C'est une première pour l'association d'amitié hispano-française qui après la 5e Conférence Femme et Diplomatie et la remise du Prix Mujeres Avenir, organisés le 3 mars dernier au siège du ministère espagnol des Affaires étrangères, mobilisait dans la foulée hors de Madrid, à l'invitation de la Fondation Cajasol et dans la capitale andalouse, une équipe d'intervenantes pour s'exprimer sur la condition de la femme dans le monde. Objectif : rompre le centralisme madrilène et rayonner en province.

 

Préparée "contre la montre", la manifestation, décidée lors de la réunion du Comité de conseil de Mujeres Avenir, fin février, a donc été l'occasion de transporter en province un format et une expertise déjà bien rodés, avec une multitude de conférences organisées à Madrid au cours des dernières années, un puissant réseau, des adhérents toujours plus nombreux et tout un environnement international qui à chaque événement démontre une fidélité à toute épreuve à l'association présidée par Maria Luisa de Contes.

 

maria luisa de contes mujeres avenir
Maria Luisa de Contes, présidente de Mujeres Avenir / DR

 

Dans les terres andalouses de la Présidente et de la Vice-présidente Rebeca Avila, par ailleurs directrice de la Responsabilité sociale Europe du Sud chez Accor -sponsor de l'événement avec DSH- Mujeres Avenir est venue célébrer le 8M au sein d'une communauté autonome hautement sensibilisée à la question. Comme a pu l'exprimer la directrice de l'Institut andalou de la Femme, Laura Fernández Rubio, "l'Andalousie est la région qui dispose du plus grand réseau d'aide aux femmes en Europe", en référence notamment aux 182 "centres d'information aux femmes" destinés à conseiller sur des questions très transversales liées à la discrimination, mais aussi au centres d'accueil pour les situations de détresse, avec plus de 500 places mises à disposition.

Autour de deux tables rondes, l'une portant sur le féminisme en entreprise, l'autre sur les mesures menées dans différents pays pour lutter contre la violence exercée contre les femmes, des intervenantes habituées à participer aux débats organisés par Mujeres Avenir, couplées à des expertes issues de la région, ont donc échangé leurs points de vue à l'occasion de ce 8M décentralisé. L'expérience fait surtout sens dans la dynamique de propagation du message de l'association au-delà du cercle hispano-français basé à Madrid. En étendant dans un premier temps le rayonnement de Mujeres Avenir aux univers de la francophonie et de l'hispanité -via le Prix remis de façon annuelle notamment- et en impliquant des ambassadrices du monde entier en poste en Espagne, l'organisation féministe s'efforce depuis de nombreuses années d'élargir la portée de son message au plus grand nombre, partant du fait que le combat pour l'égalité entre hommes et femmes est de valeur universelle.

Comme le souligne Antonio Pulido Gutiérrez, Président de la Fondation Cajasol, amphytrion de la manifestation, "notre rôle, comme organisme impliqué dans la défense du féminisme, est d'apporter en Andalousie les réflexions qui sont menées dans la capitale par des organismes de prestige, afin de diffuser leur philosophie sur le territoire". Le bilan de la journée est double : si les organisateurs se sont félicités de l'initiative et se sont d'ores et déjà engagés à la réitérer l'an prochain, force est aussi de constater que les succès engrangés à Madrid, fruits de nombreuses années de travail, ne peuvent être récoltés avec le même niveau de maturité en province. En dépit d'expériences préalables, à Logroño et à Tolède notamment, l'association a devant elle un chantier qui suppose un développement progressif sur les territoires, en impliquant d'avantage les autorités locales et en sensibilisant les structures de l'écosystème actives sur place. Rome ne s'est pas faite en un jour et les activistes engagées dans la lutte féministe savent que le chemin menant à l'égalité est parsemé d'obstacles. "Je ne peux que constater la difficulté d'organiser des conférences internationales où l'agenda internationale féministe soit protagoniste" a réitéré la présidente de l'association lors de sa prise de parole.

Le pouvoir décisionnaire et de leadership reste entre les mains des hommes

Il n'empêche que mardi 8 mars, tandis que les rues de Séville se peuplaient de manifestants célébrant la Journée internationale des droits des femmes (photo), plusieurs messages forts auront eu le mérite d'être transmis à l'initiative de Mujeres Avenir. A commencer par la nécessité de s'inspirer en Espagne du modèle français des quotas en entreprise. En dépit d'être largement préparées pour l'assumer, "le leadership des femmes est totalement occulté", a ainsi regretté Beatriz Medina Muñoz, Directrices des ressources humaines au sein de LVMH en Espagne et participante à la première table ronde. Et de défendre que la parité au sein des organes décisionnaires est essentielle dans la mesure où elle favorise, aux divers échelons hierarchiques, la nomination d'autres femmes aux postes à responsabilité. Un constat que les chiffres ne sauraient démentir. On reproche souvent aux quotas d'entreprise d'imposer la présence dans les instances de direction de femmes qui ne disposent pas du bagage suffisant pour assumer telles responsabilités, face à leurs homologues masculins soit-disant plus compétents. Or, comme l'a démontré Almudena Semur, économiste et journaliste, elles sont pourtant plus nombreuses que ces messieurs à couronner une carrière universitaire, mais aussi à continuer à se former tout au long de leur vie d'adulte. "Les barrières qui empêche les femmes de gravir les échelons de la hiérarchie sont liées aux stéréotypes de genre à l'heure de la sélection du personnel, à la maternité et aux difficultés de la conciliation, à la perception erronnée, de la part des employeurs, d'un manque de talent féminin et enfin à l'inefficacité des politiques de diversité des entreprises", a-t-elle tranché.

 

8M à séville
En parallèle de la conférence, les rues de Séville se peuplaient de manifestants célébrant la Journée internationale des droits des femmes / lepetitjournal.com

 

La même table ronde a eussi permis de divulguer certaines pistes dignes d'intérêt, dans le chemin vers l'égalité entre hommes et femmes au sein de l'entreprise. A l'instar des réseaux de femmes, qui se développent dans certaines structures et permettent aux employées de bénéficier d'un appui en interne, visant à optimiser leurs opportunités de carrière. Estefania Narrillos Roux, Directrice adjointe de la Comptabilité pour l'Europe du sud, au sein du groupe Stellantis, a défendu un modèle qui, dans l'univers particulièrement masculin de l'automobile, apporte la vision des femmes à toutes les étapes du process de fabrication et de commercialisation des véhicules -une démarche essentielle, quand on sait que ces dames sont aussi décisionnaires que ces messieurs, à l'heure d'acheter une voiture. L'intervenante en a profité pour annoncer le lancement, à l'occasion du 8M, du réseau Women of Stellantis, qui centralise les actions des réseaux des groupes Fiat et PSA dans le monde. "C'est un véritable levier pour les carrières féminines", a-t-elle estimé. Toujours dans l'automobile, Carmen Barrionuevo, Directrice corporative au sein du Groupe Syrsa, a évoqué l'importance de sensibiliser les femmes dès le plus jeune âge, sur les opportunités de faire carrière et de rompre les stéréotypes. Sous-représentées dans les filières universitaires techniques, les femmes sont pourtant partie de la solution, dans un secteur qui affronte de multiples défis. A cet égard, le rôle de l'exemple est primordial, pour que les jeunes-filles puissent se projeter dans le miroir de leurs aînées. "L'entreprise doit être un reflet de la société", a encore observé la dirigeante. D'autant que le leadership féminin est synonyme d'un certain nombre de vertus que l'entreprise ne saurait être en mesure d'ignorer. "Les femmes sont plus à même de gérer les conflits et les crises et plus à même de participer à construire un monde durable, plus juste et plus éthique", a défendu Anne-Laure Viard, associée du groupe Mazars.

 

mujeres avenir séville
Les représentantes de divers pays (de g. à d. Congo, Costa Rica, Tunisie, Bosnie Herzégovine, France) autour de la modératrice Elena Cosano et en compagnie, à droite, de la directrice de l'Institut andalou de la Femme / DR


Au cours de la seconde table ronde, des représentantes de l'univers diplomatique en poste en Espagne, dont bon nombre ont déjà eu l'occasion de prendre la parole sur divers événements organisés par l'association, ont échangé sur la question de la violence de genre et les mesures mises en place dans leurs pays, pour lutter contre ce fléau. C'était notamment le cas de Danka Savic, Ambassadrice de Bosnie-Herzégovine, de Fatma Omrani, Ambassadrice de Tunisie ou de Marie-Christine Lang, Consule générale de France à Madrid, qui ont eu la parole lors de la 5e Conférence Femmes et Diplomatie, le 3 mars dernier ou d'Ana Helena Chacón, ambassadrice et ex-Vice-présidente du Costa Rica, qui s'est exprimée sur les "discriminations intersectionnelles". "L'égalité entre les femmes et les hommes est une prioritée portée au plus haut niveau de l'Etat par le Président de la République", a pour sa part rappelé Marie-Christine Lang. "Il est de notre devoir, en Europe, de renforcer le modèle et le sens de notre diplomatie féministe, ambitieuse et résolue". Et de rappeler qu'au sein du Consulat général de France à Madrid une agente consulaire est désormais dédiée aux problèmatiques des violences faites aux femmes, avec "un rôle d'écoute, de conseil et d'analyse de la situation d'urgence". A cet égard, le modèle espagnol reste une source d'inspiration pour les instances françaises dans leur lutte contre la violence faite aux femmes et la diplomate n'a eu de cesse de souligner l'excellence de l'accompagnement effectué par les autorités locales, dans les cas où des ressortissantes françaises sont impliquées.


C'est la Consule générale de France à Madrid qui a eu la tâche et l'honneur de clore la conférence. "Ces journées internationales ne se fêtent pas, elles consacrent les luttes pour les droits des femmes dans tous les domaines", a-t-elle exprimé. "Les interventions et les échanges, tout comme le partage d'expérience ont été d'une grande richesse et sont une expérience à renouveler sans modération".

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