Samedi 23 janvier 2021

Le Sahara occidental : une décolonisation ratée par l’Espagne

Par Quentin Gallet | Publié le 23/11/2020 à 08:00 | Mis à jour le 23/11/2020 à 16:13
Photo : Creative Commons 2.0 dimitri https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Se%C3%B1al_de_tr%C3%A1fico_en_la_N1_indicando_las_distancias_a_El_Aaiun_y_Dajla_(Sahara_Occidental).jpg
sahara occidental

Ces derniers temps, la côte nord-ouest de l’Afrique est au cœur de l’actualité. Un conflit gelé depuis plusieurs décennies s’est soudainement réchauffé tandis que nombre de barques la quittent pour rejoindre illégalement les Canaries, l’Espagne, l’Europe. Une crise multiforme qui trouve une de ses origines dans la décolonisation incomplète du Sahara occidental.


Vaste territoire de plus de 250.000 km2, coincé entre les influences du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie, le Sahara occidental relève d’un statut toujours à définir sur le plan du droit international. 


De premières tentatives sans lendemain

Cette bande désertique aux marges des actuels Maroc, Algérie et Mauritanie se trouve également à l’est des îles Canaries. Les Espagnols, déjà implantés sur celles-ci, tentent de prendre possession du littoral saharien. Ils traversent le bras de mer et atteignent l’Afrique dans l’optique de sécuriser la très fructueuse pêche au large de l’actuel Sahara occidental. 


Un fort est bâti dès la fin du XVe siècle par les Castillans : Santa Cruz de Mar Pequeña. La position ne résiste toutefois pas très longtemps à l’attaque des tribus berbères venant du désert. Les relations entre ceux-ci et les Espagnols seront faites d’ententes, de trahisons et de raids. 


Toutefois, la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, quelques années plus tard, détournera très largement l’attention des Espagnols de ce désert pauvre en direction de l’autre côté de l’Atlantique. 
 

L’Espagne dans la course aux possessions africaines

Bien que la Couronne espagnole s’intéresse surtout à ses colonies américaines, les côtes sahariennes continuent de revêtir, au fil des siècles, un intérêt pour la pêche. C’est dans cette optique qu’est signé, en 1860, le traité de Tétouan avec le Maroc afin que l’Espagne dispose d’un territoire pour développer ses activités. 

Toutefois, l’Espagne est engagée, avec la France et l’Angleterre, dans une véritable course aux colonies : ces dernières étant signes de prestige à l’époque. Aussi, le territoire cédé par le Maroc va être rapidement augmenté. 


Dans les années 1880, la situation se précise : le Río de Oro, un protectorat espagnol qui s’étend du cap Bojador au cap Blanc, voit le jour. Dans la foulée, cette possession est reconnue internationalement lors de Conférence de Berlin. L’actuelle Dakhla, alors nommée Villa Cisneros, en est le chef lieu administratif. Quelques années plus tard, le protectorat est étendu au nord jusqu’au fleuve Draa, lequel marque la frontière avec la Maroc.

 
Les rivalités coloniales, malgré tout, font que des escarmouches éclatent ça et là. En 1900, la France et l’Espagne s’entendent en signant le traité de Paris qui fixe la frontière entre le Sahara espagnol et la Mauritanie, colonie de la République. 


Du protectorat à la province


Dans un premier temps, les Espagnols préfèrent le littoral saharien à l’intérieur des terres, espace propice à des attaques de la part des nomades. En réalité, nous avons au début du XXe siècle, une présence limitée et majoritairement urbaine. Ainsi la ville d'El Aaiún, actuelle Laâyoune, est fondée par les Espagnols à la fin des années 1930. La découverte d’une nappe phréatique, véritable bénédiction en ces espaces arides, est à l’origine de cette installation pérenne. 

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Cathédrale Saint François d’Assise à Laâyoune (image du domaine public)

 

Toutefois, au milieu de XXe siècle, les Espagnols se font plus curieux pour leurs possessions africaines. Poussés par des érudits africanistes, la Couronne fait explorer le Sahara occidental et y mandate des missions scientifiques. Ces campagnes nécessitant des moyens importants, des infrastructures sont développées à travers le territoire. 


Après la guerre civile espagnole (1936-1939), le régime franquiste, nostalgique de l’empire, entend préciser la définition des possessions du pays. Ainsi, les protectorats dans le nord ouest de l’Afrique sont regroupés dans une nouvelle entité : l’Afrique Occidentale Espagnole


Cette construction coloniale ne durera pas dix ans car un nouveau challenger se manifeste avec insistance. En effet, le Maroc gagne son indépendance en 1956 et, fort de ce succès, des mouvements nationalistes comme l'Istiqlal entendent mettre la main sur ce qu’ils considèrent relever de leur territoire légitime. Les protectorats espagnols au Sahara occidental sont explicitement visés. 


Francisco Franco est soucieux ne pas déclencher une guerre ruineuse et cède la bande de Tarfaya au Maroc. L’éphémère Afrique Occidentale Espagnole est dissoute et le Sahara espagnol voit le jour. Cette ultime entité regroupe l’ancien Rio de Oro et le Saguia el Hamra. Il s’agit alors de véritables provinces espagnoles avec assemblées et élections pour les Cortes. La capitale est fixée à El Aaiún. 
 

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Carte du Sahara espagnol (image du domaine public)


L’impossible autodétermination

Le Maroc n’entend toutefois pas abandonner l’affaire si facilement. Au début des années 1960, le royaume demande au Nations Unies de placer le Sahara Espagnol sur la liste des territoires non autonomes. Dans un contexte de décolonisation, l’objectif est d’attirer l’attention onusienne sur le dossier afin qu’un référendum d’autodétermination se tienne. Le Maroc est alors convaincu qu’un tel vote lui serait favorable. 


Ainsi, en décembre 1965, l’ONU émet une résolution enjoignant l’Espagne à encourager le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes dans le Sahara occidental.   

Le régime franquiste vieillissant finit par accéder à cette requête et annonce la tenue d’un referendum pour le début de l’année 1975. Le nouveau roi du Maroc, Hassan II, s’y oppose toutefois. 


Sentant des tensions poindre, l’ONU mandate une mission dans le Sahara espagnol. Elle en conclut qu’un très fort consensus existe parmi les Sahraouis pour l’indépendance du territoire. Donc, ni Espagnols, ni Marocains. Un fervent soutien est également mis en avant par les experts onusiens à l’égard du Front Polisario, mouvement politico-militaire se battant pour l’indépendance du territoire. 


Las de ces atermoiements, le Maroc décide de franchir purement et simplement la frontière qui le sépare du Sahara espagnol. Environ 350.000 civils encadrés par 20.000 soldats marocains entrent dans les provinces espagnoles. C’est la fameuse « Marche Verte » du 6 novembre 1975.


La fin du Sahara espagnol : l’avènement d’un confit gelé

Ce coup de force précipite la fin du Sahara espagnol, alors que Franco est au crépuscule de sa vie. Le gouvernement se résout à signer les accords de Madrid qui abandonne la colonie au Maroc et à la Mauritanie. En échange de cela, l’Espagne conserve des droits de pêches au large des côtes ainsi que des gisements de phosphate. L’ONU ne reconnaîtra jamais ces accords faits sans son aval et sans la volonté populaire sahraouie. Pour l’organisation internationale, le Sahara,  non plus « espagnol » mais « occidental », est toujours en voie de décolonisation.


De manière prévisible, le Maroc et la Mauritanie, gagnants des accords de Madrid, ne mettront pas longtemps à en venir aux armes pour le contrôle total de l’ancienne possession espagnole. De conflits sanglants éclateront jusqu’à un cessez le feu, en 1991. Il s’agit dès lors de ce qu’on appelle un « conflit gelé ». 


Toutefois, le status quo est fortement bousculé depuis plusieurs jours avec la reprise des hostilités entre Rabat et le Front Polisario. Une conséquence très actuelle de l’incomplète décolonisation du Sahara occidental. La communauté sahraouie d’Espagne a d’ailleurs manifesté pour que l’ancienne puissance coloniale s’implique dans son droit à l’autodétermination et ainsi clore une histoire conflictuelle de plusieurs décennies.


Le retour de la question sahraouie dans la politique espagnole

L’opinion publique espagnole est largement en faveur des Sahraouis et de leur droit à disposer d’eux mêmes. C’est également le cas de certains responsables politiques. L’appel de Pablo Iglesias, chef de file du parti de gauche Unidas Podemos et surtout vice président du gouvernement, à la tenue d’un référendum d’autodétermination a beaucoup fait parler de lui. 


Cette position venant d’un des cadres du gouvernement espagnol a profondément irrité le Maroc avec lequel la diplomatie de Pedro Sanchez marche sur des œufs : Rabat étant un acteur clef dans le dossier brûlant de la crise migratoire canarienne. En effet, le Maroc ainsi que le Sahara Occidental sont des territoires pourvoyeurs de migrants. Des territoires de passage aussi. Les côtes sahraouies sont le point de départ de nombre de traversées en barques en direction de l’archipel des Canaries. En somme, le Maroc sait qu’il dispose d’un atout majeur face à l’ancien colonisateur du Sahara occidental en pouvant influer sur l’ouverture ou la fermeture des vannes de l’immigration clandestine. 


La reprise des hostilités entre le Maroc et le Front Polisario comme la crise migratoire sont des avatars très actuels de la décolonisation ratée du Sahara espagnol. 
 

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quentin gallet

Quentin Gallet

Diplômé en histoire et en géopolitique. Après la France, la Finlande et le Luxembourg, il vit désormais à Madrid. Passionné par la politique, les vieilles pierres et la randonnée.
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Karima sam 12/12/2020 - 16:14

Vous encouragez la démocratie chez le front Polisario? Un peuple qui parle l'argot hassani régional et qui a en moyenne un DEUG en littérature arabe avec un positionnement politique à droite (proche des palestiniens qui veulent supprimer les juifs du monde arabe)? Vous vous trempez, le Maroc est le seul pays nord-africain a avoir réussi à combattre le terrorisme dans la région et il n'y a pas de raison qu'il soit de mèche avec ces haineux!

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Homosapien ven 11/12/2020 - 20:07

Une analyse avec un esprit de colonisateur! Pour quelles raisons dois je permettre aux anciens colons de tracer mes frontières, Démarquer mon histoire ? Pour quelles raisons dois je accepté que l'officier espagnole ou français, sur un coup de crayon, determine comment diviser les familles et tribues. Contrairement à plusieurs pays nords africains et subsaharien qui n'avaient aucune existance en tant que pays avant l'arrivée des collons, le Maroc avait une structure de pays. On connaisait qui étaient nos voisins et ou commencaient leurs frontières avec nous. Pour quelles raisons le colon prend en référence la période ou nous étions faibles ? Les néo-pays en afrique pousseront pour rendre cette façon de faire ligitime puisqu'ils n'existaient tout simplement pas et sa règle leur problème existantiel. Non ! je refuse, mes ailleux étaient là! Mes ailleux n'ont jamais vu de pays au sud du Maroc à part les mauritaniens (je ne veux pas revenir plus loin). Qui donne le droit à qui pour dire que l'histoire commence avec l'arrivée des espagnoles !? L'article ne parle pas de Es-smara, la ville la plus ancienne du Sahara et comment et par qui elle a été fondée !? Shiekh Maa Elainin à fait de la résistance aux espagnoles et aux français allant de Marrakech au fin fond de la Mauritanie ses lettres et ses échanges avec le sultan de l'époque sont toujours répértoriés. Les pays musulmans de l'époque ne fonctionnait pas avec un parlement, nous avions notre propre façon de lié des pact et de determiner les territoires. Alors pour quelles raisons on saute cette période pour prendre une autre !? Quelques sahraouis ne veulent pas être marocains, la terre elle, est marocaine.

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KRISS sam 05/12/2020 - 00:13

L’Histoire et la géopolitique aujourd’hui se diplôment donc mais on n’en sait de quelle réflexion sinon de voir et revoir les coutumiers clichés archi-rabâchés ? C’est plus facile et ça permet d’hurler avec les loups ! Ainsi donc toute l’Histoire a tellement été façonnées de « géopolitique…ment… correct » et « au pas de vague pas de vague politique » pour surtout ne pas voir la réalité qui fâche ! De ces vagues nous avons maintenant en Europe un océan en furie c’est la question de l’immigration! Elle devient incontrôlable dans lequel nage ce beau monde bobo fortement diplômé qui s’en rend à présent compte par obligation quotidienne du vivre ensemble les uns d'un coté les autres de l'autre ! Mais nos universitaires en analysent-ils les vraies raisons ! Nous sommes donc devant un énorme problème migratoire qui devrait justement faire l’objet de réflexion sur les causes profondes par de jeunes diplômés pour justement voir ce qui ne va pas des clichés éculés depuis bien avant qu’ils ne soient nés ! Donc ici toujours toujours la mordicus faute de la colonisation …..l’Espagnole pour des poiscailles comme les autres pour autre chose d’il y a plus d’un demi-siècle! Aucune réflexion donc sur le fait que les Peuples d’Afrique se sont libérés de ces horribles colonisateurs il y a plus d’un demi-siècle et à présent ils en ont un tel mauvais souvenir qu’ils prennent en masse tous les risques pour revenir sur le sol même de leurs ex bourreaux ? Drôle tout de même ce masochisme? Drôle qu'un tel phénomène s’amplifie plus de 50 ans après ? Ainsi il faudra bien un jour que nos jeunes diplômés se posent les bonnes questions pour ainsi sauver l’Afrique d’une énorme colonisation mondialiste ! Non ni l’Espagne ni la France ne sont pour rien dans les problèmes du littoral saharien. En premier lieu, historiquement les différentes dynasties marocaines depuis des siècles ont dominé ces régions (et bien plus largement) peuplées de tribus nomades dont les sahraouis. L’attribution de ces espaces au Maroc n’est que fait historique rien de plus, il ne semble pas qu’ Hassan II ait fait chose contraire à la simple Histoire ! Si donc cette tribu sous domination chérifienne ou plutôt ce conglomérat pastoral de familles dominantes formant une ethnie majoritaire « sahraouis » se voyait internationalement attribuer un territoire national, de ce principe c’est l’Afrique entière qui se morcèlerait de centaines de pseudo « nations » correspondant au découpage tribal inhérent au continent. Les colonisateurs non indigènes simplement historiquement , ne se sont pas embarrassés des différentes ethnies dans les découpages sous leurs dominations. Ceci d’autant plus que ces ethnies étaient souvent en guerre ancestrale les unes contre les autres et participaient à l’aide à la colonisation? La grande erreur est postérieure à la décolonisation elle provient des instances Internationales ONU technocratique en tête, les bobos « je sais tout » de l’époque, d’avoir par facilité administrative, repris ce découpage hétéroclite pour en faire des « pays » qui de cœur n’en sont pas! Et de persister dans cette erreur aujourd’hui bien pire encore par vouloir en faire des Démocraties selon des élections un citoyen une voix ! Terrible non-sens au bon sens africain car bien souvent l’ethnie dominante depuis des siècles n’est pas majoritaire et l’éducation nationale déficiente après les Indépendances, manipulée ou orientée exclusivement contre la colonisation, la Nation intellectuelle ne s’est pas même construite! Voilà pourquoi par exemple le génocide du Rwanda, par exemple encore, la guerre d’Indépendance de l’Algérie gagnée par les combattants kabyles (ethnie ancestrale berbère) dépossédés de la victoire par des arabisés non combattants interlopes onusiens à l’extérieur. Ce qui fait que mille fond de conflits demeurent encore aujourd’hui en Afrique et qui en parle sinon voir les conséquences! Libye Mali Niger Tchad etc etc …donc de fantastiques régions, de fantastiques peuplements, de fantastiques cultures toujours dans la tourmente ! Pourquoi ? Très simple, l’Afrique est autre , « Blacks live mater » oui et ce n’est pas d’aujourd’hui et la colonisation est l'imbécillité mondialisante d'aujourd'hui qui se perpétue! Donc "autrement" les Instances Internationales auraient dû réfléchir et doivent aujourd’hui penser plus encore l'exception du bon sens pour sortir de l’impasse. Voilà pourquoi à toujours prendre la colonisation comme bouc émissaire tout ce beau monde onusien a camouflé l’énormité du désastre ? Nous en voyons les conséquences et refusons toujours d'en voir les causes!

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Giel358 mar 24/11/2020 - 07:43

J'avais bien compris que la sortie du clown de service (Pablo Iglesias) allait faire des vagues au moment où Marlaska Grande se rendait au Maroc pour y rencontrer son homologue dans le cadre de la crise migratoire actuelle. Cet article permet de mieux situer le contexte général au moment où seul (ou presque) le covid-19 occupe l'actualité.

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joanès mar 24/11/2020 - 12:23

Et le Maroc fait du chantage à la turque!

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