Jeudi 1 octobre 2020

Le roi Juan Carlos en dix dates

Par Quentin Gallet | Publié le 02/08/2020 à 19:00 | Mis à jour le 02/08/2020 à 19:00
Photo : Creative Commons א (Aleph) https://commons.wikimedia.org/wiki/User:%D7%90
roi juan carlos

Juan Carlos Ier est, avec la reine d’Angleterre, le monarque étranger vivant le plus connu des Français. Il l’est d’ailleurs sans doute davantage que son fils, Philippe, qui lui a succédé sur le trône d’Espagne en 2014. 

 

Juan Carlos n’a jamais laissé indifférent. Il a suscité l’espoir, forcé l’admiration, scandalisé parfois, amusé aussi. Un personnage entier et complexe qui ne se résume ni au sauveur de la démocratie ni au chasseur d’éléphant. 

Retour sur une vie exceptionnelle en dix dates marquantes. 
 

1938 - Naissance

Juan Carlos nait pendant la Guerre civile (1936.1939) non en Espagne mais à Rome. C’est dans la capitale italienne que son grand-père, l’ex-roi  Alphonse XIII passe les dernières années de son exil. 
La famille royale espagnole a en effet été contrainte de quitter sa terre, au début des années 1930, suite aux évènements qui conduisirent à la Deuxième République (1931-1936). 


1956 - Un drame personnel

Cette année-là, un drame personnel frappe la maison royale. Dans une villa familiale de la côte portugaise, Juan Carlos, 18 ans, et Alonso, son frère cadet chahute avec un révolver. 
Juan Carlos déclenche accidentellement le tir. 
La balle touche Alfonso en pleine tête qui meurt sur le coup. Cet événement dramatique marque durablement le jeune Juan Carlos.  
 

1975 - Succéder à Franco

Au milieu des années 1970, la vie du jeune prince bascule.

Choisi par Francisco Franco pour lui succéder à sa mort, Juan Carlos monte sur le trône d’Espagne le 22 novembre. 

En vertu de ses nouveaux pouvoirs, Juan Carlos Ier nomme Adolfo Suarez président du gouvernement. Ce dernier est alors un des dirigeants du Mouvement National, le parti unique franquiste. 

Malgré ce passé de très grande compromission avec le régime dictatorial, Suarez sera l’homme qui impulsera véritablement la démocratie en Espagne. Ainsi, sous son égide et avec la bénédiction du jeune roi sont organisées de véritables élections libres en 1977. 


1978 - Ratification de la Constitution

La Constitution de 1978, une des fondations de l’Espagne actuelle, parachève les réformes démocratiques d’Adolfo Suarez.

A la toute fin cette année-là, le roi Juan Carlos ratifie cette loi fondamentale. Le régime est acté : c’est une monarchie parlementaire qui succède à quarante ans de dictature. 

Le rôle de Juan Carlos dans l’instauration de la démocratie est majoritairement reconnu dans le pays et à l’étranger. On dit d’ailleurs alors que, plus que monarchistes, les Espagnoles sont "juancarlistes" !


1981 - Coup d'Etat du 23F

Le 23 février (ou 23F comme disent les Espagnols), une poignée de putschiste prend le Parlement en otage. Après seulement quelques années d’authentique démocratie, on craint que l’événement n’en sonne le glas.

Il n’en sera rien. Aux images diffusées à la télévision du meneur des putschistes tirant au plafond de l’hémicycle répondent celles du roi en uniforme militaire ordonnant aux armées de soutenir le gouvernement légitime. 

Les hypothèses vont toujours bon train quant aux zones d’ombre de l’évènement et au rôle du monarque. Toujours est-il qu’à l’époque l’intervention de Juan Carlos est très largement saluée. Le chef du parti communiste d’alors, Santiago Carillo, pourtant pas franchement monarchiste, lui rendra même un hommage appuyé.

Le 23F aura un rôle considérable dans la popularité personnelle du souverain et dans l’affermissement de la monarchie.

 

1995 - Tentative d'assassinat

Alors que le roi et sa famille sont en vacances à Majorque dans une de leurs résidences, une tentative d’assassinat contre Juan Carlos est découverte. Il s’agit d’un petit commando dépêché par le groupe terroriste basque ETA. Ils seront arrêtés. 


2007 - ¿Por qué no te callas ?

Juan Carlos est roi et doit ainsi bien souvent composer avec l’étiquette rigide inhérente à sa fonction. Mais en 2007, le roi d’Espagne a l’occasion de montrer une autre facette de sa personnalité, éloignée de canons très convenus de la communication diplomatique. 

Juan Carlos accompagne alors Jose Luis Zapatero, chef du gouvernement espagnol, à une réunion de chefs d’Etat du monde hispanophone. Zapatero est, pendant son discours, à plusieurs reprises coupé par Hugo Chavez, le bouillonnant président vénézuélien alors au sommet de sa popularité. N’y tenant plus, Juan Carlos lance à Chavez: "¿Por qué no te callas ?" ("Pourquoi tu ne te tais pas ?") .

L’épisode sera abondamment repris et commenté.


2012 - Chasse à l'éléphant

Au printemps, le roi est victime d’une fracture de la hanche. L’incident serait passé inaperçu, ou aurait au mieux suscité de la compassion, s’il ne s’était pas déroulé lors d’une partie de chasse à l’éléphant, au Botswana. 

En pleine crise économique, cette pratique controversée et coûteuse suscite un scandale. Juan Carlos, sous la pression de ses sujets, s’excusera publiquement face à la nation. 

L’épisode laissera toutefois des traces sur l’image d’un roi vieillissant qui ne jouit plus de la popularité des années de la transition. 


2014 - Le roi abdique

Deux ans plus tard, et suite à de nouvelles affaires touchant le cercle intime de Juan Carlos, le roi d’Espagne décide d’abdiquer. L’annonce a été faite par Mariano Rajoy, chef du gouvernement. 

Deux semaines après cette annonce fracassante, le prince Philippe ceint la couronne royale et devient roi sous le nom de Philippe VI (Felipe VI).
 
Juan Carlos devient alors roi émérite. En retraire, il garde toutefois son titre.  


2020 - Paradis fiscaux

Juan Carlos a abandonné toutes ses fonctions publiques quand une nouvelle affaire surgit. 

Cette fois, le roi émérite en personne est visé. Il aurait touché des commissions sur des marchés d’Etat et cacherait un important patrimoine dans les paradis fiscaux. Le parfum de scandale est puissant et la maison royale sommée de réagir. 

Alors que le pays se prépare au confinement dû à la crise sanitaire, le roi Philippe VI annonce renoncer à l’héritage de son père. En prenant ses distances avec son prédécesseur, le monarque entend ainsi préserver la Couronne.


On apprenait fin juillet que le roi Juan Carlos, face à une certaine pression politique et publique, allait certainement quitter la Zarzuela, la résidence privée de la famille royale aux alentours de Madrid. Une façon de ne pas compromettre "l’exemplarité" prônée par l’actuel monarque Philippe VI. 

C’est aussi peut être le sacrifice d’un homme qui a certainement commis des erreurs regrettables mais qui considère que la monarchie espagnole est plus importante que son avenir personnel. 

Curieux destin que celui de Juan Carlos Ier. L’héritier du dictateur Franco devenu un vecteur de la transition démocratique. Le chef des armées barrant la route aux putschistes accusé de corruption et sommé de quitter sa maison.

Après tout, même Charles Quint a fini ses jours presque seul dans un monastère isolé. 

 


 

quentin gallet

Quentin Gallet

Diplômé en histoire et en géopolitique. Après la France, la Finlande et le Luxembourg, il vit désormais à Madrid. Passionné par la politique, les vieilles pierres et la randonnée.
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