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Le sénateur Olivier Cadic se confie sur le Brexit et l'éducation

Par Lepetitjournal Londres | Publié le 23/01/2018 à 17:19 | Mis à jour le 23/01/2018 à 18:18
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Olivier Cadic fait partie des 12 sénateurs des Français établis hors de France. Comme ses homologues, il n’est pas rattaché à un territoire. Aussi, sa circonscription, c’est le monde : il multiplie les déplacements aux quatre coins du globe, 223 depuis son élection en 2014. L’homme politique et entrepreneur se confie évidemment sur le Brexit et sur d’autres sujets, comme l’éducation.

Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, qui êtes-vous Olivier Cadic ?
Avant d'être sénateur, j'ai eu un parcours d'entrepreneur. J’ai créé ma première société à l’âge de 20 ans - il y a donc 35 ans - dans le domaine de l’électronique, de l’internet et de la presse. Puis j’ai tout vendu il y a une douzaine d’années pour réinvestir dans la BD. Lucky Luke en anglais, c’est moi ! Mon entreprise est devenue le premier acheteur de droits de bandes dessinées franco-belges au monde. Nous publions en moyenne 70 albums par an. Nous traduisons les albums et les vendons sur tous les continents.  

Comment conciliez-vous votre rôle de représentant des Français à l’étranger avec votre vie d’entrepreneur ?
Je suis totalement dédié à mon activité et mes missions de sénateur. C’est ma compagne qui fait tourner la société en mon absence. Je reviens un week-end sur deux à la maison et en général nos dimanches sont studieux pour échanger et gérer les affaires courantes. 

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Pourquoi cet engagement en politique ?
C’est arrivé au moment où j’ai vendu toutes mes affaires pour me consacrer à l’écriture, en 2005. La sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam m’a invité à entrer en politique. En 2006, j’ai été élu pour représenter les Français du Royaume-Uni à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE). J’ai exercé un mandat de huit ans et cela m’a vraiment passionné. A la tête de mon entreprise, je ne m’occupais auparavant que de mon business. En qualité d’élu, j’ai découvert l’opportunité de m’occuper des autres. Et il y a réellement beaucoup de choses à faire… à condition de les faire différemment. J’insiste sur ce point. C’est comme cela, par exemple, que j’ai proposé un « plan école » avec l’ambition de travailler comme dans une entreprise. C’est-à-dire avec des objectifs et des actions concrètes à mener. Rappelons qu’à Londres, nous n’avions alors qu’un seul lycée (Charles de Gaulle, Ndlr). En huit ans, nous avons contribué à la création du CFBL (Collège Français Bilingue de Kentish Town) et du lycée international Winston Churchill. L’objectif était de créer 1 500 places, nous en avons ouvert 2 500. Tous les enfants français peuvent désormais trouver une place dans un établissement, de la maternelle au lycée. Quel résultat ! C’est le fruit d’un vrai travail collectif. Dans mon esprit, un politique est un facilitateur, il est là pour rassembler les énergies et contribuer à bâtir des choses qui servent l’intérêt général. 

Et comment êtes-vous devenu sénateur ?
C’est un autre concours de circonstances si je puis dire. Mi-2014, alors que je venais d’être élu conseiller consulaire à Londres, puis réélu à l’AFE pour la circonscription d’Europe du Nord, on m’a proposé d’être présent sur une liste sénatoriale, et me voilà élu au Sénat comme seul sénateur centriste des Français de l’étranger. 

Quid du plan écoles puisque tous les objectifs sont atteints ?
Il faut se fixer de nouveaux objectifs et passer à un plan école 2.0 à Londres. A nous de créer une nouvelle dynamique autour de l’enseignement français au Royaume-Uni. Avec notre nouvel ambassadeur, Jean-Pierre Jouyet, notre nouveau député, Alexandre Holroyd et, notre nouvelle conseillère culturelle, Claudine Ripert-Landler, nous avons un nouveau trio de grande qualité pour réanimer la démarche participative et conduire notre communauté vers de nouveaux succès. 

Le sujet de l’éducation vous tient particulièrement à cœur… 
Effectivement, il y a 495 écoles françaises dans le monde, alors que 700 écoles privées anglaises ou américaines se créent chaque année dans des zones non anglophones. Quand on nous dit tout le temps que le premier réseau c’est les écoles françaises à l’étranger, il faut relativiser les choses. Pour moi, il est nécessaire de repartir à l’attaque. Plus que de protéger notre système fondé sur de l’argent public, donnons-nous comme objectif de doubler le nombre d’écoles françaises dans le monde à 5 ans. Faisons aussi en sorte que tous les enfants français qui naissent et ne parlent pas forcément notre langue puissent avoir accès à l’enseignement du français en créant un chèque éducation. Juste un chiffre, les deux tiers des enfants français nés en Amérique Latine et Amérique du Sud ne parlent pas français. Voilà un vrai enjeu. En suivant ces deux objectifs, c’est tout notre système d’enseignement à l’étranger qui serait révolutionné. 

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Et pour préserver ce qui existe ?
Il faut transformer les établissements et la manière de les diriger. Pourquoi le lycée Charles de Gaulle serait-il plus performant en étant dirigé depuis Paris ? Je vous propose qu’il soit managé indépendamment. Paris ne pourrait plus prélever dans les réserves constituées grâce aux frais de scolarité acquittés à Londres. Est-il raisonnable d’imposer aux contribuables français de payer 500 millions d’euros chaque année pour un réseau éducatif qui ne concerne que 25% de nos enfants à l’étranger alors que d’autres pays ne déboursent pas un centime et disposent d’un système éducatif qui se développe 20 fois plus vite ? 60 % des élèves des écoles françaises à l’étranger sont étrangers… au nom de quoi le contribuable français paye-t-il un tiers de la scolarité de ces enfants…? Ne faut-il pas plutôt orienter l’argent vers les parents français pour qu’ils puissent avoir accès à l’apprentissage du français et que cela leur coûte moins cher ? Pourquoi ne pas également mieux utiliser cet argent pour aider les nouvelles écoles à se créer ? 

Votre autre actualité du moment c’est bien sûr votre nomination au groupe de suivi « Brexit »
En effet. En novembre dernier, j’ai eu l’honneur d’être nommé au « groupe de suivi sur le retrait du Royaume-Uni et la refondation de l’Union européenne », un intitulé optimiste et constructif. L’Union Européenne est la première puissance commerciale au monde. Des pays cherchent à y entrer. Le processus d’adhésion du Monténégro et de la Serbie est avancé. C’est passionnant de travailler au développement de l’Union Européenne et à l’amélioration de son fonctionnement. Hélas le Brexit nous accapare beaucoup. Depuis maintenant 18 mois, les Britanniques n’arrivent toujours pas définir ce qu’ils veulent. Et la situation est difficile pour nous Européens qui vivons ici. C’est une décision pour laquelle nous n’avons pas été sollicités et nous en sommes les premières « victimes ». Il est bon de rappeler une fois encore pourquoi on a construit l’Union Européenne : pour préserver la paix sur le continent. Il n’a plus connu de conflit depuis 70 ans sauf lorsque la Yougoslavie s’est divisée. D’où la question irlandaise. Pourquoi revenir en arrière et diviser l’île avec une nouvelle frontière ? Quand vous allez en Irlande aujourd’hui, à Dublin notamment, le patronat irlandais vous présente l’Irlande dans sa globalité. Il ne fait pas de distinction entre le Sud et le Nord pour vanter l’économie irlandaise. Depuis 1989, l’UE a apporté 2 milliards d’euros pour soutenir la réconciliation. Beaucoup s’accordent à dire que c’est l’action de l’UE qui a fait la paix en Irlande. Personne en Europe ne souhaite une perspective qui pourrait rouvrir le conflit. 

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On vous sent un peu agacé, voire en colère face à cette situation ?
Oui. Les jusqu’au-boutistes du Brexit qui veulent balayer 40 ans d’histoire commune en se moquant des conséquences sont irresponsables. On dit partout que le peuple a voté. Qu’il faut respecter la volonté du peuple… mais c’était quoi au juste sa volonté ? « Brexit means Brexit » : mais cela veut dire quoi ? Personne n’avait parlé d’une sortie du marché unique et de ses conséquences. Quels seront les droits pour les citoyens européens ? Des millions de personnes sont désormais dans l’incertitude. Et concernant le chèque du divorce. Parlons-en. Le Royaume-Uni a pris des engagements avec les autres Etats sur des dépenses. Il devra les respecter. 

Et pendant ce temps là les autres avancent…
Exactement. Les Chinois, eux, ils déroulent leur plan. Nous devons nous concentrer sur notre développement. Ce ne serait évidemment pas bon pour l’Europe si nous passions notre temps à nous faire des nœuds au cerveau pour savoir comment sortir du Brexit. 

Racontez-nous la visite des parlementaires britanniques au Sénat 
A la Chambre des Communes, il y a aussi un groupe Brexit, composé à moitié de Brexiters et de Remainers. Ces derniers seulement nous ont rendu visite au Sénat en novembre dernier. Ils voulaient connaître notre état d’esprit quant à un possible accord de transition ou un retour en arrière. Leur idée par exemple : ne plus siéger au Parlement européen, mais conserver tout le reste en l’état. Cela nous irait bien. Et si cela pouvait servir d’accord final, ce serait encore mieux.

Vous avez aussi rencontré très récemment Michel Barnier, qui conduit les négociations avec le Royaume-Uni pour le compte de l’UE ?
Début 2018, il y aura des décisions lourdes à prendre pour un certain nombre d’Européens qui vivent ici et ont implanté leur business au Royaume-Uni. La vraie interrogation est : faut-il sortir du pays pendant que les frontières sont encore ouvertes ou attendre que les portes se referment ? Ma perception de l’entretien est claire. Si le Royaume-Uni sort de l’UE, cela ne sera plus comme avant pour les entreprises, et forcément ce sera moins bien. Les entrepreneurs doivent comprendre aujourd’hui qu’ils ne peuvent avoir d’assurance quant à la manière dont cela va fonctionner. S’ils veulent garder les mêmes facilités, la même mobilité, il vaut mieux qu’ils restent dans l’Union. S’il est question d’une période de transition, elle ne s’appliquera pas aux entreprises. Après le 29 mars 2019, plus rien ne sera comme avant. Ce Brexit est un acte historique qui engage le pays et la population pour des décennies. Et il n’y a toujours pas de plan. Le plus triste, c’est que le Royaume-Uni tourne le dos à sa propre histoire. Le pays a toujours été une terre de refuge pour les Européens. Cela ne sera bientôt plus le cas. Heureusement, d’autres pays de l’UE aujourd’hui sont devenus aussi accueillants et favorables aux entrepreneurs que le Royaume-Uni. 

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