Samedi 6 mars 2021

Le RU exige la libération de l’opposant Alexeï Navalny, et après ?

Par Colin Porhel | Publié le 19/01/2021 à 17:04 | Mis à jour le 19/01/2021 à 17:15
Photo : Capture d'écran Twitter
Navalny prison empoisonnement Royaume-Uni

Le ministre des Affaires étrangères, Dominic Raab, a réclamé, lundi, la libération immédiate de l’opposant russe Alexeï Navalny. Détenu provisoirement jusqu’au 14 février, ce dernier risque de voir le sursis dont il avait écopé en 2014 se transformer en de la prison ferme, pour ne pas avoir respecté son contrôle judiciaire.

 

Dans les minutes qui ont suivi son jugement, l’opposant a publié une dernière vidéo. Désabusé, il y dénonce l’illégalité de sa condamnation et appelle les Russes à la révolte. « Ils ont peur que les gens descendent dans la rue. N’ayez pas peur, descendez dans la rue. Ne le faites pas pour moi, faites-le pour vous et pour votre avenir », déclare-t-il, avant que la vidéo ne se coupe. Son message, retweeté par ses proches, a déjà été vu plus d’1,2 million de fois.

 

Navalny, seul contre tous ?

L’affaire Navalny, c’est d’abord l’histoire de David contre Goliath. Celle du petit Alexeï face à l’imposant Vladimir. Né en 1976 de parents dirigeants d’une entreprise de vannerie, il passe son enfance près de Moscou, puis reste au pays afin d’y étudier le droit et l’économie. Jusqu’ici sans histoire, sa vie va basculer en 2009, lorsqu’il commence à dénoncer les faits de corruption en Russie. S’ensuit alors une lutte acharnée contre les oligarques russes et le pouvoir, rythmée par l’organisation de manifestations, les arrestations et les menaces du Kremlin.

Mais c’est en 2020 que le combat d’Alexeï Navalny arrive véritablement sur le devant de la scène internationale. Le 20 août, l’opposant russe est victime d’un empoisonnement qui le plonge dans le coma. Transporté en urgence à Berlin, il ne se réveille que deux semaines plus tard. Les médecins allemands affirment alors détenir la preuve de l’utilisation d’un agent neurotoxique du type Novitchok, poussant les dirigeants occidentaux, dont Boris Johnson, à réclamer des explications à la Russie. Si Vladimir Poutine refuse les allégations portées à son encontre en allant jusqu’à évoquer la thèse d’un suicide, Alexeï Navalny réussit, en décembre dernier et avec la collaboration de plusieurs journalistes d’investigation, à piéger un membre des services secrets russes. Il parvient à lui faire reconnaître que la tentative d’assassinat dont il a été victime a bien été diligentée par la Russie, et apporte les preuves de cet aveu grâce à un enregistrement téléphonique. Bien décidé à poursuivre son combat politique, il rentre finalement à Moscou le 18 janvier mais est fait prisonnier dès son arrivée à l’aéroport.

Face à cette arrestation, les ministres des Affaires étrangères du Royaume-Uni, de France, de, d’Allemagne ou encore des Etats-Unis, ont exigé sa libération immédiate, sans pour autant évoquer d’éventuelles sanctions. Une requête balayée d’un revers de main par le Kremlin, qui a invité les dirigeants étrangers à « se mêler de leurs affaires ».

 

La Russie, un partenaire énergétique majeur

Si les pays occidentaux ne prennent pas de mesures plus fortes contre Moscou, c’est avant tout car Vladimir Poutine dispose de leviers importants pour les décourager. La Russie reste le deuxième fournisseur de charbon du Royaume-Uni, juste derrière les Etats-Unis, mais aussi le deuxième pays exportant le plus de pétrole, tandis que l’entreprise russe Gazprom est présente dans toute l’Europe. En 2019, l’Etat fournissait encore 25% de l’énergie utilisée par l’Union européenne.

Cette dépendance énergétique de l’Europe à Moscou rend inaudible toute critique de Bruxelles et de Londres. Le Kremlin peut décider, unilatéralement, d’arrêter de distribuer ses matières premières ou d’augmenter le prix du gaz, du pétrole et du charbon, et ainsi mettre à mal la sécurité énergétique occidentale. Bien que le Royaume-Uni et l’Union européenne soient susceptibles d’adopter des mesures de réciprocité, il n’est dans l’intérêt d’aucune des parties de le faire. En témoigne la levée des sanctions contre la Russie par le Conseil de l’Europe en 2019, cinq ans après l’annexion de la Crimée.

Mais à être trop indulgents avec Moscou, le Royaume-Uni et l’Union européenne prennent le risque d’alimenter le sentiment d’impunité russe face à la justice internationale. Selon un rapport publié en juillet dernier par des parlementaires britanniques, Vladimir Poutine ne se priverait d’ailleurs plus d’influencer la politique européenne, en tentant notamment d’interférer dans la campagne du référendum sur le Brexit.

 

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Colin Porhel - journaliste

Colin Porhel

Etudiant en troisième année de licence en Langues Etrangères Appliquées à l’Université de Brest Occidentale (UBO).
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