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Le destin européen de Valéry Giscard d’Estaing

Par Clara Grouzis | Publié le 03/12/2020 à 16:32 | Mis à jour le 03/12/2020 à 17:30
Photo : Tobias Kleinschmidt-Wikimedia
VGE mort Brexit

Valéry Giscard d’Estaing, l’ancien Président de la République Française, est décédé hier soir, mercredi 2 décembre 2020, des suites du Covid-19. L’homme politique avait 94 ans. Retour sur les relations qu’entretenait le Président de la République, pro-européen, avec les Britanniques.

Valéry Giscard d’Estaing est élu à la fonction suprême en 1974, après la mort de George Pompidou. Sa campagne présidentielle, dans la course qui l’oppose à François Mitterrand, est construite autour de la nouvelle génération et du projet européen.

Reconstruire la relation franco-britannique

Lorsque Valéry Giscard d’Estaing arrive au pouvoir, le Royaume-Uni vient tout juste d’entrer dans le Marché Commun, ancêtre de l’Union Européenne (UE). Le général de Gaulle s’était battu pendant plusieurs années pour empêcher l’adhésion des îles britanniques, mais après sa démission, le nouveau président Pompidou accueille les Anglais à bras ouverts.

Ainsi, Valéry Giscard d’Estaing s’est attaché, entre autres, à restaurer la relation franco-britannique effritée par les gaullistes. Après sa visite officielle à Londres en 1976, le Président de la République s’engage avec James Callaghan, le Premier ministre britannique à organiser une rencontre tous les ans, « pour discuter des relations entre leurs deux pays ainsi que les problèmes d’intérêt commun, notamment ceux qui découlent de leur appartenance à la communauté économique européenne ». Lors de cette visite d'Etat, VGE, comme il était surnommé, est reçu par la Reine Elisabeth II au palais de Buckingham, accompagnée d’un cortège de ducs et de princes. Le jeune président est aux anges, et repart même avec un labrador noir auquel il s’adressera toujours en anglais. S’il semblerait que la monarque n’ait pas beaucoup apprécié l’attitude du Président français, cette visite fut un franc succès sur le plan diplomatique.

Valéry Giscard d’Estaing est reçu à nouveau à Buckingham Palace lors de la réunion de l’OTAN en 1977. Puis, en 1979, c’est au tour du couple royal de se rendre à L’Elysée pour une visite privée.

Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing est donc marqué par cette volonté de resserrer les liens avec les voisins d’outre-Manche. Cela passe nécessairement par la communauté européenne, et se matérialise dans ces rencontres avec la famille royale. On ira même jusqu’à penser que le Président français entretient une liaison avec Lady Diana.

Mais son engagement dans la relation franco-britannique s’opère toujours dans une optique pro-européenne et française.

Permettre le Brexit sans le vouloir

Après son départ en grandes pompes de l’Elysée, l’homme politique ne lâche pas l’affaire européenne. Il est élu au Parlement européen en 1989, où il préside le groupe libéral, démocratique et réformateur. Puis il est nommé à la tête de la Convention sur l’avenir de l’Europe qui sera chargée de rédiger une Constitution pour l’Europe. Cette proposition sera rejetée par les Français et les Hollandais en 2005.

Pourtant, c’est dans cette proposition de Constitution rédigée par Valéry Giscard d’Estaing et son équipe que naît la possibilité pour un membre de l’Union Européenne de se retirer de la communauté. Cette disposition, reprise dans l’article 50 du Traité sur l’Union Européenne, a été invoquée par les Britanniques pour sortir de l’UE en 2016.

Mais l’ancien Président de la République ne l’aurait certainement jamais imaginé. S’il affirme dans un entretien à Europe 1 en 2018, que « les Britanniques ont toujours eu, historiquement, un certain dédain pour l’Europe », il est aussi clair sur l’existence de cet article 50 : « Je pensais que c’était une action pro-européenne ».

Valéry Giscard d’Estaing semblait persuadé que le Brexit serait davantage catastrophique pour les Anglais que pour l’Europe. « Certes, celui-ci (le marché unique, NDLR), en perdant l'un de ses quatre plus grands participants, s'affaiblit un peu vis-à-vis du reste du monde. Mais, dans la relation directe entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, ce sont les Britanniques qui risquent d'être les plus grands perdants » disait-il au journal Le Parisien en 2017.

L’avenir très proche nous dira si le défunt président avait vu juste.

Ainsi, la carrière politique, nationale et européenne, de Valéry Giscard d’Estaing n’est plus à présenter et son engagement pour l’Europe aura été la cause d’une relation tumultueuse avec les Britanniques.

Une pluie d’hommages envahit les pages du web depuis ce matin. L’actuel Président de la République Française, Emmanuel Macron, s’exprimera à propos de son prédécesseur ce soir à 20h. Au revoir, Valéry Giscard d’Estaing !

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Clara Grouzis journaliste Londres

Clara Grouzis

Etudiante en troisième année à Sciences Po Aix et passionnée, je me destine au journalisme
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