Laure Bonville, une Française à la programmation du London Film Festival

Par Maël Narpon | Publié le 09/07/2021 à 17:22 | Mis à jour le 10/07/2021 à 03:19
Photo : Bex Walton - Flickr
London Film Festival 2017

Le septième art sera à l’honneur cet automne avec le BFI London Film Festival, considéré comme le plus grand festival cinématographique britannique. Qui de mieux qu’une des programmatrices pour nous en parler ?

 

Loin des acteurs et des superstars, le cinéma englobe des métiers divers et variés tout aussi vitaux pour son industrie. Des métiers de l’ombre sans lesquels la réalisation d’un film ou la tenue d’événements tels que des festivals seraient impossibles. Le dernier cas s’applique à Laure Bonville, Française établie au Royaume-Uni depuis 17 ans et principale programmatrice de documentaires au London Film Festival (LFF). Organisé par le British Film Institute (BFI), il a été créé en 1956 et célèbrera donc sa 65ème édition du 6 au 17 octobre cette année.

Interrogée par les étudiants londoniens de l’Institut Européen de Journalisme (IEJ) en mai dernier, Laure est apparue sympathique, détendue et prête à partager son expérience avec humour. « En fait je suis un peu intimidée, c’est généralement moi qui pose des questions dans mon métier. C’est assez rare que quelqu’un m’en pose », avait-elle confié en souriant. Lors de son intervention, elle n’avait pas lésiné sur les détails pour parler de son parcours, du festival et de toutes les difficultés engendrées par les mesures restrictives.

 

Du Puy-de-Dôme à la capitale britannique

Originaire de Clermont-Ferrand, elle commence par suivre des études de langue qui, conjuguées à son goût prononcé pour le cinéma, lui permettent de travailler comme bénévole au Festival international du court métrage de la ville. De fil en aiguille, elle devient membre du jeune jury avant d’y travailler comme assistante chargée de production dans le cadre d’un stage.

Saisissant les différentes opportunités qui se présentent, elle s’envole également pour un stage à Hambourg, où se tient un autre grand Festival du court métrage. Une expérience qu’elle décrit comme enrichissante à souhait grâce à la possibilité de converser facilement avec les différents producteurs et réalisateurs présents au festival.

Poursuivant ses études à Lille dans un Master d’études culturelles, elle décroche un stage de professionnalisation au British Film Institute. « Je pense que j'ai eu de la chance de commencer à travailler là-bas. Lorsque je suis arrivée à Londres, et que je suis allée au BFI Southbank (situé au bord de la Tamise, ndlr), j'ai été fascinée par ce lieu. Et je me suis dit : "J'espère qu'un jour je pourrai travailler ici". »

 

Photo de Laure Bonville au BFI Southbank
Laure rêvait d'y travailler, elle a maintenant sa photo affichée au BFI Southbank (à droite). Photo : Maël Narpon

 

Ses espoirs se sont concrétisés puisqu’elle a depuis occupé plusieurs emplois au sein du BFI, gravissant les échelons jusqu’à obtenir un poste permanent et devenir la principale programmatrice des documentaires.

 

Être programmatrice en temps de pandémie

Son travail ne consiste pas seulement à sélectionner des films et des documentaires pour le festival se déroulant en octobre. Il n'y a, d’après elle, pas de journée type dans son métier qui dépend avant tout de la période de l’année.

L'équipe du festival commence son calendrier en faisant énormément repérage et d'anticipation. Le travail s’équilibre par la suite entre des tâches administratives conséquentes et le visionnage intensif d’un grand nombre de films. Les membres de l’équipe de programmation doivent d’ordinaire regarder de 200 à 250 films chacun par an afin d’en dégager une sélection de 200 productions en vue du festival. Ce nombre a été réduit à 60 lors de l’édition 2020 en raison des restrictions dues à la propagation du Covid-19. L’organisation du festival n’a pas été simple à mettre en place, tous les collaborateurs travaillant depuis chez eux. « Cela fait un an que je ne les ai pas vus », regrette Laure.

 

Quel avenir pour les salles de cinéma ?

Interrogée sur le futur proche des salles de cinéma après la longue et sombre période de confinement, elle reste optimiste et préfère se projeter : « Je pense qu'il y aura comme une faim de retourner au cinéma. Apparemment, il y a des gens qui se sentent plus prêts à y retourner cette fois-ci qu'ils ne l'étaient après le premier confinement. Je meurs d'envie d'y retourner. »

Un ton optimiste qu’elle conserve en évoquant un futur plus lointain concernant les salles obscures, entravées par le Covid et concurrencées par les plateformes de streaming. « J'espère que beaucoup de gens veulent encore vivre l'expérience collective de voir un film dans une salle de cinéma. Je pense que les gens qui avaient tendance à aller au cinéma avant reviendront, en tout cas je l’espère. Je pense que les plateformes essaient également de répondre aux besoins des sorties en salle. »

Une dernière impression confirmée par le récent accord conclu par Netflix avec 600 cinémas américains afin que les nouveautés soient projetées dans les salles sept jours avant leur sortie sur la plateforme. Une mesure difficile à reproduire en France en raison de la règle peu malléable de la chronologie des médias.

Ce compromis proposé par Netflix a connu sa première application à l’occasion de la sortie du film Army of the Dead. La plateforme aurait-elle réalisé l’importance du cinéma traditionnel ? Ou s’agit-il seulement d’un coup de publicité astucieux de la part du géant du streaming ? Seul le temps nous le dira.

 

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Diplomé d'une licence de sociologie à Pau et à Athènes, il intègre ensuite l'IEJ Londres. Il effectue un stage avec lepetitjournal.com Londres puis rejoint l'édition internationale en tant qu'alternant dans le cadre d'un Master à l'IEJ Paris.
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