Mardi 28 septembre 2021
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Strange Gravity : l’album symbole de la créativité confinée d’un groupe londonien

Par Maël Narpon | Publié le 16/06/2021 à 11:47 | Mis à jour le 17/06/2021 à 21:51
Photo : Strange Gravity
L'album de Strange Gravity en vynile

Le groupe de musique londonien Strange Gravity a produit un album éponyme durant le premier confinement survenu au Royaume-Uni. Sorti le 17 novembre 2020, au cœur du second confinement, la qualité des opus et des clips qui composent cet album en ont déjà fait un succès au sein de notre rédaction.

 

Le confinement aurait-il rendu les gens plus créatifs ? Beaucoup se sont posé cette question au cours de l’année écoulée. Dans un sens, Strange Gravity y a déjà répondu avec la sortie de son album. Le groupe est composé de Grant Strang and Williem Vincent (nom de scène). Ceux-ci ont vu en ce confinement l’occasion rêvée d’enfin produire l’album dont ils n’avaient cessé de parler depuis plusieurs années.

Si ni l’un ni l’autre ne sont originaires d’Angleterre (Grant venant d’Edimbourg en Ecosse et Williem de Derry en Irlande du Nord), c’est leur amour pour la musique qui les a réunis à Londres. Le duo s’est rencontré par l’intermédiaire d’un ami en commun qui suggéra Grant tel le producteur de la situation auprès de Williem, pour son album solo. Cinq années de collaboration en ont découlé depuis.

 

Verso de la pochette de l'album
Strange Gravity

 

C’est dans le sud de la capitale anglaise que Grant, producteur et ingénieur, a ses studios d’enregistrement, intitulés les Silver Shark studios. Il écrit des musiques au fil de son inspiration depuis un certain temps et se décrit lui-même comme un « accro du synthé ». Il possède en effet une collection impressionnante de synthétiseurs dont certains des plus anciens modèles lui servent encore à produire de la musique aujourd’hui. Williem, quant à lui, est vocaliste et a fait de la musique toute sa vie durant, il détient d’ailleurs un diplôme de musique classique.

Un album atypique saupoudré au possible de références

Leur travail est volontairement inspiré d’artistes qui ont su mettre en exergue cet amour inconditionnel de la musique année après année. Pas question de ne pas le revendiquer sur leur page Facebook : « De Tubeway Army à Japan, de Bowie à Cave, de The Pet Shop Boys à Depeche Mode, Strange Gravity affiche fièrement ses inspirations ».

La plupart de leurs influences sont issues des années 70 et 80, avec en guise de figure de proue le chanteur anglais David Bowie. Les similitudes sont notables entre How Will You Remember Me, le premier titre de leur album, et Space Oddity de Bowie, sorti en 1972. Si la chanson rappelle celle de Bowie intrinsèquement, c’est lorsqu’elle est associée au vidéo-clip qu’elle prend tout son sens, montrant principalement des scènes dans l’espace.

Celle de Bowie raconte l’histoire du Major Tom perdu dans l’espace, et celle de Strange Gravity pourrait en être la suite narrative, présentant un Major Tom se demandant comment on se souviendra de lui, pendant qu’il dérive dans l’espace, sans aucune échappatoire.

Les deux chansons parlent donc de la mort, ce à quoi Williem répond qu’il y a effectivement « beaucoup de place concédée à la mort dans [leur] album, mais pas de façon négative ».

Musicalement, « l’album a un parti pris très électronique », nous dit Grant. Ils ont utilisé une « combinaison de vrais synthétiseurs et de synthétiseurs virtuels ». De leur propre aveu, ils cherchaient à faire un album « électronique et cinématique ». « La première chose que nous avons essayée d’accomplir était de faire de la bonne musique, des chansons dont nous pourrions être fiers. Ensuite, nous avons réfléchi à sa potentielle destination finale. Dans un film ou un gros projet Netflix, par exemple », explique Williem. Au-delà de ça, eux-mêmes ne savent pas vraiment dans quelle catégorie classer leur album.

« Je ne dirais pas que c’est de la pop mais au final je ne sais pas vraiment ce qu’est la pop de nos jours. Il y a des références évidentes, nous avons croisé trois ou quatre artistes que nous aimions tous les deux et que nous pensions pouvoir être un bon point de départ », résume Grant.

Une compilation intelligente

D’après Williem, « il est facile de mettre au point un album qui soit essentiellement une liste de chansons ». « L’album de Strange Gravity se compose d’un ensemble d’éléments élaborés spécifiquement pour sa réalisation, afin que l’expérience puisse être appréciée dans son intégralité ».

L’album semble par conséquent suivre un certain schéma. La première partie s’articule autour de chansons calmes et envoutantes, tandis que la seconde monte progressivement dans les tours en proposant des musiques au rythme plus soutenu. Un ressenti que le duo confirme, décrivant eux-mêmes leur oeuvre “comme une vague”.

On en viendrait presque à penser que le nom des studios « Silver Shark » ne serait pas tout à fait innocent…

 

Grant Strang dans les studios Silver Sharks
Grant Strang dans les studios Silver Shark ©Strange Gravity

 

Le confinement a-t-il stimulé leur créativité ?

Ils s’accordent tous les deux à dire qu’ils n’auraient jamais produit cet album sans le confinement, alors même qu’il s’agissait de la raison de leur rencontre cinq ans auparavant. Cependant, est-il vrai de dire que l’obligation de rester chez soi les a rendus plus créatifs ? Ce n’est pas l’avis de Williem.

Il ne pense pas que le confinement en lui-même ait eu un impact sur leur créativité mais seulement sur leur vitesse de travail. « Je pense qu’en cela il y a eu un côté positif », acquiesce Grant. Les premiers pas dans la création de l’album sont survenus au tout début du confinement. Tous deux s’occupaient avec des activités simples favorisant la réflexion. Grant s’asseyait simplement chez lui, à tête reposée, pendant que Williem allait se promener.

« Le confinement nous a donné l’opportunité d’être créatif, ce que nous avons mis à profit », nous dit ce dernier. « Je me suis servi de ces promenades pour écouter les instrumentales que Grant m’envoyait. J’essayais d’imaginer si des chansons pouvaient être créées à partir de ça ». Une fois cette étape passée, Williem écrivait les chansons et les enregistrait dans sa chambre avec l’équipement qu’il avait sous la main. 90% des vocaux enregistrés de cette façon ont terminé sur l’album. Ils n’ont eu besoin de ne reprendre qu’une partie, c’est la raison pour laquelle Williem l’appelle un « album de confinement ».

 

« Nous étions plutôt fiers d’avoir réussi à produire quelque chose qui soit aussi valable sur le plan de la créativité que Strange Gravity en une si courte période. Du moins c’est notre sentiment».

L’avantage majeur pour eux était l’absence de distractions. Grant n’avait pas à prendre les appels de personnes désirant louer son studio d’enregistrement. Il avait l’esprit libre. Pareillement pour Williem pour qui « c’est exactement comme ça que devrait fonctionner un groupe, sans distraction ».

D’après Williem, la motivation est d’abord venue du temps passé sur Facebook et de la frustration engendrée par le fait de voir tant de personnes être créatives et le partager pendant le confinement. « Je ne faisais rien, mais en même temps je ne voulais pas juste faire des concerts en direct sur Facebook comme tout le monde. » Tout le processus à la genèse de leur créativité s’est donc enclenché à la suite de cela, permettant d’aboutir à l’exceptionnel résultat résonnant si agréablement dans nos oreilles aujourd’hui.

L’album est un étendard de créativité qui aura su s’affranchir du contexte dans lequel il sera né.

Il est disponible sur toutes les plateformes en ligne, dont Spotify. Vous pouvez également suivre Strange Gravity sur leurs réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Youtube).

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Étudiant en journalisme à Londres, précédemment en erasmus à Athènes. Baigner chaque jour dans une autre culture est ce qu'il y a de plus enrichissant à mes yeux. Un rien m'intéresse.
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