Vendredi 5 mars 2021

Étudiants cloîtrés et isolés, les victimes oubliées de la pandémie

Par Swali Guillemant | Publié le 20/01/2021 à 12:07 | Mis à jour le 25/01/2021 à 13:02
Photo : Sasha Freemind - Unsplash
Santé mentale étudiants covid-19

La pandémie a plongé les étudiants dans une grande détresse psychologique. Ne côtoyant autrui que par écrans interposés, coincés entre quatre murs, et trop peu accompagnés, ils sont en danger.

 

La crise sanitaire a eu un impact sur la santé mentale de tous. En effet, certains ont perdu des proches, d’autres leur travail, et nous ne pouvons cesser d’y penser, le Covid-19 étant omniprésent partout autour de nous. Des chercheurs de l’Université de Glasgow ont constaté l’augmentation des pensées suicidaires lors des six premières semaines du premier confinement. Bien des choses ont été entreprises pour les écoliers, afin de pallier au décrochage scolaire, alors que dans le même temps, les étudiants à l’université sont plus isolés. Les élus ont beau déclaré comprendre les situation des étudiants, leur santé mentale n’est pas encore un problème suffisamment pris au sérieux, ni vu comme prioritaire.

 

Les raisons de ce mal-être : de multiples manques

Les étudiants de l’enseignement supérieur sont parmi les plus touchés par cette détresse psychologique due au Covid-19. Depuis le début de la pandémie, les étudiants ne peuvent suivre leur cursus qu’à distance. Le lien avec le professeur et les camarades est rompu et ils se retrouvent donc dans une situation d’isolement, qu’ils soient confinés seuls ou chez leurs parents. Le sentiment de passer à côté de l’expérience universitaire, particulièrement chez les étudiants de première année, est archi présent. Difficile de se faire de nouveaux amis et de trouver l’amour quand on ne peut pas sortit de chez soi. Seul notre petit écran peut nous transposer sentimentalement ! 

Beaucoup d’étudiants décrochent et perdent la motivation de travailler face à cette privation de distraction. La charge de travail participe à l’aggravation de cet isolement, bon nombre d’étudiants en viennent même à prendre des médicaments pour tenir.

Pour parachever le décor, beaucoup ont également perdu leur travail, et doivent donc se confronter à une grande précarité financière. Pas facile de garder le moral et de rester assidu quant à l’obtention de bonnes notes lorsque vous ne pouvez manger qu’un repas par jour. En Angleterre les étudiants payent d’ailleurs particulièrement cher leurs études. Ainsi, cette crise psychologique émane et s’ajoute à une crise financière grave.

 

Les étudiants en France

Les étudiants sont donc plus que jamais dans une situation psychologique très dangereuse : 23 % des étudiants ont eu des pensées suicidaires lors du premier confinement selon une enquête de la Fage, premier syndicat étudiant de France, publiée en juillet 2020. Les ressources en matière de santé mentale des étudiants, telles que les conseillers, ont été submergées par le nombre de personnes cherchant de l'aide.

Deux étudiants ont tenté de se suicider à Lyon ces deux dernières semaines. Depuis le deuxième confinement en France, les universités françaises font face à une vague de suicides.

Dommages collatéraux d’une pandémie mondiale, les étudiants sont les grands oubliés de la crise sanitaire, le gouvernement français les ignore et ne prend aucune mesure pour leur venir en aide. Plusieurs rassemblements étudiants ont d’ailleurs été organisés à Paris dernièrement. En particulier après l’annonce des partiels en présentiel. Une série de manifestations est organisée par les étudiants de la France entière aujourd’hui, mercredi 20 janvier 2021.

Christophe André, psychiatre et psychothérapeute a déclaré concernant les étudiants : « Finalement c’est eux qui prennent le plus cher, alors que ce sont eux les plus fragiles. […] Nous sommes en train de briser toute la confiance en l’avenir et toute la construction d’une génération. » Les étudiants français comme anglais n'ont donc plus de perspective, ils ne parviennent plus à se projeter sur l’avenir.

 

La situation en Angleterre

En Angleterre, la situation est tout aussi critique, un jeune de moins de 25 ans sur quatre se sent incapable de faire face à la vie à l’heure du Covid-19 selon un sondage de l’association Prince’s Trust.

En Septembre 2020, lorsque les écoles avaient rouvert leurs portes, l’association pour la santé mentale des enfants et des jeunes Youngminds avait réalisé une enquête auprès de jeunes présentant des antécédents de troubles de santé mentale. Les résultats montrèrent un grave manque de soutien et de prise en charge des étudiants bien que les universités se prétendent facilement accessibles : 40 % ont reporté qu'il n'y avait pas de conseiller scolaire disponible pour soutenir les élèves dans leur école. Et seulement 27% ont pu s’entretenir en tête-à-tête avec un enseignant ou un autre membre du personnel d’éducation au cours duquel la question de leur bien-être a pu être abordée.

Comme en France, le gouvernement n’affronte pas la difficulté. Lors des conférences de presse concernant le confinement, Boris Johnson ne s’est pas du tout adressé aux étudiants, nombreux sont ceux qui dénoncent ce manque de préoccupation.

Il est par conséquent fondamental de sensibiliser sérieusement à l’égard de ces multiples difficultés rencontrées par les jeunes, démultipliées par la crise sanitaire, comme par exemple à l’occasion du Blue Monday. La santé mentale des étudiants devrait être une priorité pour les élus et le gouvernement, et non pas uniquement la responsabilité des établissements. Impossible de ne pas plus s’attarder sur le sujet, surtout avec l’instauration de ce dernier confinement.

 

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Swali Guillemant - Journaliste

Swali Guillemant

Étudiante en journalisme culturel, curieuse et impliquée. Passionnée par la culture et les arts.
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