Parlons tech, numérique et pédagogie avec le Lycée International Winston Churchill

Par Marie Benhalassa-Bury | Publié le 20/01/2022 à 11:02 | Mis à jour le 20/01/2022 à 11:20
Elèves utilisation iPad en classe lycée winston churchill londres

Salles suréquipées, ressources dématérialisées, éducation au web et iPads… Le lycée international Winston Churchill ne lésine pas quant à sa quête de modernité. Mais ces apports presque futuristes doivent s’accompagner d’une grande sécurité ainsi que d’une véritable philosophie pédagogique, détaillée ici par Yann Houry, à la fois enseignant de français et directeur de la recherche académique et de l’innovation.

 

Comment intégrer la modernité technologique à la pédagogie du Lycée International Winston Churchill ?

La technologie ne se substitue pas à la pédagogie. Il faut réfléchir aux usages que l’on fait de l’équipement. Rien qu’en France, en 2016, une mesure avait eu pour but d’équiper les écoles de tablettes, tandis que la question de l’usage et de la formation des enseignants avait été reléguée au deuxième plan. Aujourd’hui, notre rapport aux technologies traite d’empouvoirement, d’homme augmenté… Ces questions ont été tournées dans tous les sens et la conclusion la plus pertinente que l’on en a tirée est que l’homme doit jouer avec la machine et non pas l’affronter.

Mireille Rabaté, Proviseur de notre établissement, prend souvent comme analogie le robot de cuisine qu’elle a acheté à son arrivée au Royaume-Uni. Le robot en question ne fait jamais rien tout seul ! Il en va de même ici. La machine peut faire des merveilles sous notre impulsion. Ceci dit, avec l’apparition des « nouvelles nouvelles technologies », du machine Learning et de l’intelligence artificielle, la donne peut changer. Toujours est-il que la place du numérique est devenue centrale, y compris dans un établissement pédagogique comme le nôtre. Il n’y a pas de raison qu’une salle de classe soit moins équipée qu’une cuisine, après tout.

Il faut plutôt se de demander quelle logique pédagogique et quelles formations doivent accompagner ces outils.

 

L’accès de vos élèves au numérique se fait-il tout de même progressivement ?

Oui, voire très graduellement : on commence avec des chariots d’iPads distribués en primaire. Les enfants peuvent commencer à les utiliser petit à petit dès le CP, selon l’enseignement proposé, jusqu’ au moment où ils peuvent avoir le leur, prêté à l'année par l’établissement. Cela leur sert alors d’outil de travail. Ils peuvent le ramener chez eux et ont accès à une multitude de ressources dessus. Néanmoins, ils ne sont pas forcés d’opter pour ce cartable numérique, il en va de leur volonté et de leur rythme. Cela dépend donc plutôt de la nature de la tâche et de la préférence personnelle des élèves. Pour ma part, je laisse toujours le choix, tant en qualité d’enseignant qu’en tant que directeur de la recherche académique et de l’innovation.

Et puis l’iPad conféré par l’école comporte bien évidemment un certain nombre de restrictions, grâce à des logiciels de filtrage du web. Par exemple, nous épurons le choix de vidéos disponibles et restreignons YouTube, dans le souci d’éviter la pollution parasite des commentaires et des contenus indésirables ou publicitaires… Le tout s’accompagnant d’un travail de sensibilisation auprès des élèves, des professeurs et des parents, à l’aide de tutoriels ou d’outils de facilitation numérique. L’enjeu est de cultiver une hygiène de vie numérique plus saine.

 

Les élèves du Lycée international de Londres Winston Churchill utilisent tous un iPad

 

Comment pouvez-vous vérifier la bonne application de ces principes par les jeunes ?

Les élèves doivent passer leur certification PIX, dans un cadre d’apprentissage de digital competences, régi par la réglementation de l’Union Européenne. Il est désormais obligatoire de vérifier les compétences acquises par les élèves et nous les y accompagnons tout au long de l’année grâce à la plateforme. Celle-ci comporte différents parcours que l’on crée sur des champs de savoir-faire divers, autour de la navigation, la sécurité, le repérage de la désinformation etc…

Mais nous constatons que les jeunes apprennent aussi beaucoup par leur propre biais. Certains ont bâti leurs propres projets numériques très jeunes. Je suis en train de pérenniser un projet d’ouverture d’une salle très moderne et équipée pour ce faire. Je connais même un élève de sixième en train de construire sa propre application dans la salle, ou encore un autre qui apprend à réparer des téléphones en autodidacte avant de les donner à des œuvres de charité pour les migrants.

Au fond, il suffit d’ouvrir la porte, de les accompagner sans surtout trop intervenir. L’autonomie favorise la création, et en tant qu’accompagnant c’est ainsi que nous découvrons vraiment nos élèves. Nous croyons beaucoup aux « 4 C » : communication, collaboration, création et pensée critique. Ces principes sont au cœur de notre pédagogie !

 

Pourriez-vous nous parler de la web Library ?

Effectivement, nous avons une bibliothèque web proposant une quantité exponentielle de ressources dématérialisées. Nous avons des livres numériques, nous proposons entre autres un accès à Europresse ou LireLactu qui offrent des milliers de journaux. Et bien sûr, nous avons de nombreux livres papiers.

Nul ne peut ignorer que le numérique ouvre les portes d’un véritable paradis littéraire et académique. Lorsque l’imprimerie est arrivée comme une révolution, les gens étaient pourtant réfractaires! C’est pareil avec le numérique qui trouve maintenant sa place dans les esprits et les librairies.

Personnellement, j’utilise désormais une liseuse, un outil révolutionnaire. Je ne serais donc pas contre l’idée d’en équiper les élèves. Mais il faut admettre que, pour le moment, nous demeurons dans un monde hybride intéressant et équilibré. Car à l’inverse, nous ne saurions proposer uniquement du contenu papier !

 

Numérique et pédagogie font bon ménage au Lycée International de Londres Winston Churchill
Yann Houry, directeur de la recherche académique et de l’innovation au Lycée International de Londres Winston Churchill

 

Encore une fois, tout est une question d’équilibre et de bonnes pratiques. Le site sur lequel nous nous appuyons, Common sense education, regorge de conseils aux enseignants pour former à une citoyenneté numérique, à un usage sain et respectueux du web. Nous avons rendu ce curriculum obligatoire, apprenant ainsi aux élèves à créer un CV, à sécuriser leur profil, à éviter le cyber harcèlement ou les arnaques…

En bref, le numérique n’est certainement pas une matière à part, mais il s’étend sur l’ensemble des apprentissages, tout en favorisant la communication inter-élèves. Il n’y a qu’à voir les possibilités permises par les outils collaboratifs de la Google Workspace… On peut ainsi communiquer et proposer un feedback progressif sur une dissertation, au fur et à mesure de sa construction plutôt que de corriger un devoir raté à la fin. On utilise aussi les adresses emails de groupe : lorsque quelqu’un à une question, la réponse peut être procurée aussi bien par moi-même que par un autre élève qui me devancerait, et dans les deux cas elle bénéficiera à tout le monde!

Et bien entendu, nous sensibilisons aussi les parents à ces outils afin qu’ils soient impliqués dans tout le processus pédagogique et qu’ils comprennent les méthodes de travail auxquelles nous habituons leurs enfants.

 

Venez découvrir cet établissement unique en participant à la prochaine soirée portes ouvertes virtuelles, présentée par les élèves de l'école, le jeudi 27 Janvier 2022 (18h-19h UK time). Pour cela, inscrivez-vous sur le site.

 

Propos recueillis par Luther Beaumont

 

Marie Benhalassa - Journaliste Londres

Marie Benhalassa-Bury

Etudiante à Sciences Po Aix, curieuse de tout, ancienne expatriée à Brighton avant de rejoindre l'équipe de rédaction de Londres
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